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02/06/2016

LE DÉSINTÉRESSEMENT

LE DÉSINTÉRESSEMENT

Il y a une pertinence avérée et une légitimité de jmenfoutisme vis-à-vis des pensées qui me traversent l'esprit, vis-à-vis de la galerie psychique, comme il y a une poétique de l'irrévérence qui casse les vitrines mentales, les monuments idéologiques, rompt les attachements, coupe le cordon...

Le "ça ne m'intéresse pas" n'est pas exclusivement cantonné dans la mufflerie et les oeillères, mais peut provenir d'une discrimination parfaitement saine et salutaire.

"Se tenir", la droiture, ne consiste pas en une raideur figée, bardée d'une carapace protectrice, enveloppée dans un autisme, une position qui est op-position, crispation défensive. L'expression "se tenir droit dans ses bottes" est une caricature du "se tenir". Elle est bottée, enrôlée dans le rapport de forces, forcée dans sa nature.

Bottée, mais pas comme le Chat du conte qui est mobile, capable de franchir d'un élan les sept lieues.

Le repos et la "stase" ne vont pas sans le mouvement qui fonctionne avec la vie, exhaussant la nature spirituelle de celle-ci. La vacance ou vacuité qui nous ramènent à l'avant-naître, à la gestation utérine, à la plénitude du vide, sont en vis-à-vis permanent avec le milieu vivant, bien que soumis à une impermanence. Celle d'un va-et-vient, le respir, médiation qui va d'un dedans à un dehors et inversement, par laquelle la conscience, en naissant dans un être vital, va émerger progressivement. C'est d'une relation avec la vie que survient notre poésie.

Naturellement, l'enfant n'a pas envie de se battre. L'exposition à la violence crée en lui des réflexes mimétiques. Les dangers de la résistance réactive sont de créer de l'adversité là où il n'y en a pas, de justifier par réflexe un état fictif, comme "vu à la télévision", qui pourrait venir cautionner la représentation mentale d'une situation conflictuelle.
L'absence de résistance, ou force de la faiblesse, est le refus d'entrer dans la combine, qui ne se laisse pas impressionner, qui stratégiquement parlant, permet d'observer avec finesse la force adverse, l'emprise qui menace, ce peut être aussi l'enclos où l'on se trouve prisonnier.

Dans une situation conflictuelle d'agression, les limites de l'absence de résistance apparaissent la plupart du temps lorsque l'on nous renvoie une image vile de soi, dégradante, dans la mesure où celle-ci est reconnue comme nous portant réellement atteinte, ce qui n'est pas toujours le cas puisqu'il peut s'agir d'un simple artifice provocateur, ne décrivant par projection qu'une parade de l'instigateur de la provocation. Parade qui ne fait que le décrire, lui, et le monde dans lequel il croit vivre.
Ce pouvoir de sidération peut être annihilé par le mouvement même par lequel la vie vient en soi, dans la lumière qui précède les images, car finalement il ne s'agit qu'un jeu d'images : un "cinéma".

La tranquillité inconditionnelle évoque le moyeu de la roue, se tenant hors des situations. L'espace-temps est généré par le point central, symbole de la conscience cosmique, habité par le témoin de l'éphémère. Le centre est considéré comme une énergie agissante, en repos et en mouvement. Indicible absolu et existence naturelle d'un simple passant.
"Le témoin naît et disparaît avec son objet, aussi n'est-il pas tout à fait réel. Quel que soit son objet, il est toujours le même, il est donc aussi réel. Il participe à la fois du réel et de l'irréel. Il constitue par conséquent un point d'être entre les deux". / Nisargadatta Maharaj ("Je Suis")

"Il faut considérer le temps comme un grand dynamisme immobile, dont le ressort intime se situe toujours dans le moyeu invariable de la roue, générateur de tout ce qui se passe. La mémoire dans ce cas est le gardien de la vérité de soi égal à soi, non le dépositaire d’impressions mensongères où je me figure comme une petite chose chaotante au gré d’un flux absurde d’évènements produits d’eux-mêmes dans un monde étranger et hostile qui me dévore sans cesse". / Stephen Jourdain

Revenons à l'axe de notre thème : le désintéressement. Il concerne les prescriptions générales, morales d'obligation perpétuant l'assujettissement à l'absurde : obligation d'être ce que nous ne sommes pas, fiertés identitaires qui divisent les êtres humains et qui ne sont que vanités, vêtements de contrainte, de reniement de soi-même.

Le silence, quand on ne l'investit pas, non seulement déborde les conventions, mais remet les choses en place, ce qui peut sembler contraire à l'ordre logique et à la logique de l'ordre. Le silence dés-objective, rend à la vie, suspend le scénario prégnant, désamorce les pulsions . Il rend à la présence, "sous-le-ciel" comme on dit en Chine, là où "Le Ciel prend soin d'aider" (Lao Tseu).

La vraie morale, c'est l'aptitude à discerner le faux, à le démasquer d'un regard, empêcher la confusion et la passion qu'il engendre.
En craignant de "de se faire avoir", mécanique servile, beaucoup réagissent d'une façon "qui les dépassent", entraînés par leurs pulsions.

Ce n'est pas en s'attaquant au "social" qu'on atteint le divin. L'ascension de soi-même débouche sur une perspective inverse intimant le lâcher-prise, le retour à la lumière, à la dignité humaine, à l'homme de lumière que nous sommes, dans lequel, profondément enfouie "la lumière est advenue d'elle-même" comme disait Jésus (Evangile selon Thomas).

Ainsi dans la candeur dans la venue à la vie : la gratuité dans laquelle se donne à voir l'apparaissance du monde, l'étonnement, dont il nous restera plus ou moins réminiscence passés à l'âge adulte.
La gratuité, "arme absolue" pour Raoul Vaneigem, contre la dictature et ses marchandages. Refus de l'emprunt et du crédit, stipulé dans l'Evangile de Thomas, générosité naturelle envers tous les êtres, tout ce qui nous apparaît. Donner plutôt que de prêter ou de louer avec intérêts, recommandait Jésus. Désintéressement. On ne peut que mieux s'en ressentir.
Je sais bien que tout cela peut paraître insensé à tous ceux qui n'ont pas vérifié par eux-mêmes le changement métabolique que cela procure.

La gratuité culturelle apparue sur internet, à la fois instruite de la contrepartie occulte de pillage de données personnelles à laquelle elle expose et par ailleurs dispensatrice de contenus culturels s'est heurté à la problématique de la libre diffusion des oeuvres. La juridiction s'est rangée du côté des marchands et de la plaidoirie du droit d'auteur. Il mériterait cependant de relativiser les intérêts particuliers, cesser d'entretenir l'esprit mesquin, comptable, qui ne cautionne que l'hégémonie et l'oligarchie marchandes. La création artistique ne se fonde pas sur une vision économique. Il y a une autre dimension, qui est celle de la promotion à l'existence d'une réalité nouvelle, inédite, à ce point que l'on ne puisse la référer à aucun modèle préexistant.

L'artiste véritable ne "fabrique" pas, ne reproduit pas. Il s'inspire d'un modèle invisible découvert en lui-même, qui échappe à la perception et à la conscience de l'homme ordinaire. Il n'est même pas un "intermédiaire", il est l'organe vivant qui prolonge la création divine en création humaine. De la création de l'homme dépend la création du monde. "Nous ne sommes jamais séparés de l'auto-engendrement de la vie, n'étant engendrés qu'en lui" écrit Maître Eckhart. Quelle est la place du "droit d'auteur" dans cette création ?...Sinon celle de la Vie. Ce qui ramène la propriété d'une oeuvre à une convention ou plutôt à un consentement, que son contenu idéel impersonnel du point de vue de sa diffusion potentielle puisse avoir séjourné dans l'expérience vivante d'une personne.

On est très loin du raisonnement rétréci et culturellement funeste qui considère que le désintéressement accordé à la libre diffusion puisse priver de tout bénéfice la productivité marchande. L'adhésion aveuglément "intéressée", dans le sens d'en tirer profit d'une façon immédiate ou spéculative, ne s'est pas aperçu et de la nouveauté qu'elle instaure et de l'aspect promotionnel que représente ce désintéressement vis-à-vis des richesses du passé. Obnubilée par le négoce, elle n'en a retenu qu'une valeur objective. Elle n'a su se départir de la compulson, de l'exploitation systématique et à outrance qui passe à côté de tout. On peut admettre que cette nouveauté qualifiée d'originale puisse faire l'objet de quelque subside, mais cela reste du domaine du consentement qui qualitativement se situe bien en amont des tractations nébuleuses que suppose un contrat.

En périodes de troubles, les sages de la Chine antique allaient se réfugier dans les arbres, ou dans la montagne. Ils laissaient les forcenés, les "forçats", s'entretuer. Ils préféraient la solitude, la pauvreté et le danger plutôt que de se soumettre à une autorité qu'ils tenaient pour illégitime.
"La richesse de l'homme est infiniment supérieure à ce qu'il en soupçonne. C'est une richesse que nul ne peut dérober, et dont l'onde resurgit sans cesse, de siècle en siècle, surtout lorsque la souffrance a rouvert les profondeurs". / Ernst Jünger ("Traité du rebelle ou le recours aux forêts").

29/05/2016

DE L'INTÉRÊT ET DES INTÉRÊTS

QU'EST-CE QUE L'INTÉRÊT ?

De quoi parle-t-on ?... S'agit-il de l'intérêt particulier, d'un intérêt général, d'un intérêt singulier, d'un intérêt collectif ?...
S'intéresser, c'est d'abord éprouver un sentiment de curiosité envers quelque chose. Le désintérêt est-il synonyme d'indifférence ? il y a de fortes chances !.
Et cependant, paradoxalement, la vertu désintéressée s'exerce depuis l!indifférencié.

L'étymologie du mot "intérêt" est latine: interest (ce qui est jugé important dans l'esprit de quelqu'un, qui capte son attention). Inter-esse, il y a de l'"entre", il y a de l'"autre" et de la "stase" (se tenir) entre. Conscience de se tenir entre un sujet : moi, et un objet. Qui suis-je en telle situation d' "inter" ? Que fais-je entre ce deux ?... Je suis et il y a de l'autre, pas seulement une personne, mais l'altérité des choses qui m'environnent. Je vis, j'existe, je demeure, je me trouve, je suis témoin de, mon regard est sollicité par... Qu'est-ce que je vois ? dans cet "inter", entre, dans quelle mesure y-a-t-il une distance ?...

Interest signifie en latin : "Il importe". Qui est cet "il" ? ... qui propulse l'attention à se porter "entre" ?... L'autre ?... pas forcément puisqu'il y a mouvement de moi, transport animé de curiosité. Que cherché-je donc à im-porter (à porter en moi)? Serai-je en manque de quelque chose ?... Il s'agit d'une valeur, qualitative ou quantitative. Mais la valeur première ne se trouve-t-elle pas déjà en moi ?... L'estime de soi, l'amour de soi. Il ne s'agit nullement de me glorifier mais d'élucider en toute humilité le miracle de l'apparaître, car c'en est un !. A ce moment-là, cet autre, quel qu'il soit, n'est-il pas, si mon discernement fonctionne correctement, le reflet d'un même, d'une valeur que j'ignorais probablement ou que j'avais oubliée, et qui se révèle comme en miroir ?... Miroir de la multiplicité qui m'habite mais demeure malgré tout : moi-même. C'est un enrichissement, sans fin, car il n'apparaît de finitude de moi que superficiellement, d'une façon éphémère et qui ne saurait me définir une fois pour toutes.

Ce qui m'importe, je que j'im-porte, c'est donc du moi. Cet "inter" c'est non seulement de l'entre, mais de l'intériorité. Cette situation de se tenir entre n'est autre qu'un intermède, qu'un rapport de réciprocité entre moi et moi, rapport d'un in-fini en essor, qui me fait "passant" dans un monde contenu en moi dans lequel essentiellement, tout communique tout en conservant sa propre originalité. Mon rôle dans cet "inter" se résume, en fin de compte, à res-tituer la valeur, à la rendre tangible.

Voilà l'intérêt premier, le seul qui m'intéresse. Tout le reste, ce sont des histoires d'usuriers, d'avidité caractérielle, de fascination, des imaginations autant dévoyées que stériles, des choses qui tournent en boucle et qui finissent par s'épuiser.

 

DES INTÉRÊTS

Les intérêts très largement médiatisés, ceux qui s'adonnent à une véritable submersion de notre environnement sensoriel, par les moyens de la presse, de la télé, de la radio, dans toute information d'actualité, sont de la nature de la propagande, exercice de l'appareil des pouvoirs dotés de puissance de diffusion à grande échelle.
Ils reflètent le "bourrage de crâne", la manipulation des masses, l'endoctrinement, l'imposition de valeurs, d'idées, de croyances, par des moyens portant atteinte à l'expérience subjective, à la conscience individuelle.

Il va sans dire que ces procédés relèvent de l'imposture, d'une imposture démiurgique, issue d'une création seconde, qui se croit autonome, voire exclue de la création originelle qui anime le monde, dont elle n'a su voir ni le bien-fondé ni les ressources providentielles. Convaincue d'une absurdité de l'existence, elle se fait donc rebelle, fabricatrice de l'Histoire et du même coup falsificatrice, prétendant avec orgueil s'être "faite elle-même" (perversion conceptuelle de la métanoïa) et présenter ostensiblement ce modèle caricatural au public sous le nom glorieux de l'Homme. C'est une manipulation de l'esprit, une usurpation notoire. La créature n'est plus agente de l'intention du créateur. Ne se "sentant plus" (inféodée à ce matérialisme qui va jusqu'à revendiquer son inculture et la dépendance de sa jouissance aux produits du Marché), elle prend l'initiative d'une fabrication d'images à laquelle elle va confier le règne unique d'une exclusive réalité, d'un dogme.

Cette manipulation expose à la fascination d'une troisième personne, ou d'un concept majusculé, d'une idôle. "Il" y a, ou "Il" n'y a pas, "il" pleut, ""il fait beau" appartient au domaine du sentiment interne ou de la sensation tandis que la troisième personne est un leurre ; l'odieux grand personnage, l'ignoble "grande idée" représentée, donnée en spectacle que Jésus abhorait.

"Où il y a trois dieux, ce sont des dieux ; où il y a deux ou un, moi, je suis avec lui" (Evangile de Thomas - logion 30).

"Ils", les dieux, mystification. Il y a besoin de deux, de la dualité, de la gemellité, pour se connaître en unité. Les "ils": vapeurs humaines, embrouillantes, truqueuses. Ce sont des voleurs ; c'est de l'intelligence créatrice dérobée, exploitée en sous-main. D'où l'injonction de procéder en soi-même à cette impérative rectification, le "rectificando" de l'Alchimie, qui permet de trouver la "pierre cachée", et chez Jésus, de rétablir la présentation initiale du monde.

Restauration transfiguratrice. "Quand vous ferez (...) une image à la place d'une image" (logion 22), clé de la compréhension libératrice.

Je ne suis pas déterminé par l'espace-temps, livré à l'esclavage des événements et des contingences. Je suis responsable de cette découverte qui me révèle, moi, créateur de spatialité et de temporalité. Transmutation, transfiguration qui "sépare l'épais du subtil". Je me tiens au commencement.
Et cependant, je ne crée rien qui ne soit déjà en création initiale, mais je ne peux nier ce sentiment d'avoir affaire à du faux, du trafiqué, lorsque j'en rencontre, que ma condition à la fois humaine et divine laisse transparaître dans la matérialité même des images (ou la lumière se cache). La lumière est toujours cachée par l'opacité des conditions de sa propre manifestation.

Transfigurer le réel en réalité, l'essence du réel et l'existence de la réalité, passe par ce geste dans lequel la donation s'accorde à elle-même en totale légitimité. Si ce sentiment profond ne nous effleurait pas, la manifestation d'une lumière cachée demeurerait à jamais dans l'invisible, et ne pourrait même pas se concevoir.

La multiplicité décryptée, transfigurée, par cette métanoïa évoquée dans la dissertation précédente, se trouve transformée en arborescence d'unité, infinie. Les "figures" deviennent potentiellement "apparaissances", mot inventé par Raymond Oillet, "de l'Idée d'Un Seul appliqué à sa réflection : sans raison ni prix".

 

Les véritables enjeux de l'actualité :

- D'un côté, la menace obscurantiste grandissante, satanique, des forces obscurcissantes qui nient la conscience, ou la détournent en la réduisant à un mécanisme neurologique. Révolution "technologique", impérialisme du Marché, qui veulent imposer une image déshumanisée de l'être humain. et de l'autre :

- La révélation/révolution de la lumière, qui s'effectue intérieurement en soi.


Deux côtés qui s'affrontent d'une façon accélérée.

Le premier ou plutôt celui qui veut passer en priorité, de force, selon sa devise de "gagner", est doté de tous les pouvoirs de l'ingénierie capables de destruction de la matière. Trafiquant d'armes, de concepts, d'être humains considérés comme interchangeables, négociateur invétéré, il se croit libéré de toute morale.
Le second qui en réalité est la première personne, extraordinairement humble et sacrée, vit l'expérience métanoïaque décrite par Jésus avec une précision inouïe dans l'Evangile de Thomas, et qui n'a jusqu'alors été comprise que d'une minorité.
D'autres témoignages lui font écho dans d'autres traditions spirituelles.

Pour la dictature du Marché, le libertaire ou plutôt : celui qui ne peut mettre en doute la vérité de l'esprit pur, en ayant vérifié par lui-même la réalité vivante et efficiente, a tôt fait d'être considéré comme un schizophrène.
La statégie dictatoriale consiste à manipuler cette "schizophrénie" décelée chez lui, à l'aide de stéréotypes très grossièrement identifiés dans le contenu apparent, la "devanture" ou la "vitrine" des "datas" récoltés. C'est bien pourquoi l'intelligence artificielle est absurde, inhumaine et auto-destructrice. Mais il n'est possible de s'en apercevoir à l' évidence que par cette aperception surgissant au creux de l'interrogation décrite dans le premier chapitre ("Qu'est-ce que l'intérêt ?).

09/12/2015

JÉSUS ET L'ISLAM, série d'émissions sur la chaîne ARTE

J'ai regardé une partie de cette émission "JÉSUS ET L'ISLAM" et je me suis aperçu assez rapidement, comme je le pressentais, que son discours de fond repose sur une stratégie de pouvoir. Il ne faut pas oublier que Arte est une chaîne de télévision dirigée par une communauté qui n'a cessé d'entretenir des rapports conflictuels avec l'Islam. On peut aussi en dire autant de l'autre côté, excepté à certaines époques, à Alexandrie et en Andalousie, par exemple.


L'historique de la crucifixion ne pouvait mieux se prêter à ce vautrement dans la multiplicité irreliée des hypothèses prônées par chacune des trois religions monothéistes. Argumentation chaotique autant qu'inextricable, que Jésus dénonçait comme celle des scribes et des pharisiens, escamoteurs des clés de la gnose. Escamotage, il est bien question de cela, dans cette série que l'on imagine sans peine commanditée. Occultation du domaine spirituel que l'on aurait pu trouver dans l'Evangile selon Thomas, ou chez Ibn Arabî. Opération stratégique d'embrouillement sous la faconde d'une recherche, d'un "dossier" comme on disait autrefois, à l'époque de l'ORTF, visant à élucider ce qui ne peut l'être que par une gnose personnelle. Et c'est là tout le showbiz d'une société du spectacle et de l'économie marchande repliée sur elle-même, devenue totalitaire, plus attentive que jamais à observer la censure qui quoiqu'on en dise, n'était pas aussi prégnante à l'époque où on laissa s'exprimer Krishnamurti, et le journaliste Arnaud Desjardins enquêtant sur le Soufisme, Shrî Aurobindo et Ma Ananda Moy, dans une démarche qui laissait passer un parfum de spiritualité vivante et de connaissance de soi au singulier.


Quelle balourdise que celle d'aller chercher une vérité sur Jésus dans le Coran, et surtout dans le caractère anecdotique de la Passion !... C'est vers l'Evangile selon Thomas et les apocryphes découverts à Nag-Hammadi qu'il eût fallu se tourner, Marie de Magdala, Philippe, ainsi que vers la meilleure exégèse coranique qui se trouve à ma connaissance chez Ibn Arabî, le "Shaykh Al Akbar", et ses porte-parole occidentaux Henry Corbin, Christian Jambet.

Cette mascarade à usage massif, destinée à retenir les psychiques et les hyliques dans la réalité pipée à laquelle les pouvoirs dominants et les religions de croyance s'entendent à les astreindre n'en était que trop saillante. D'un témoignage évangélique en esprit, il eût fallu bien se garder. A contrario, Ibn Arabî était un "pneumatique" c'est-à-dire un gnostique, et non pas un "psychique". Pneuma vient de Souffle. Il invite ses lecteurs à reconnaître leur Essence, qui ils sont réellement, quelle est leur relation avec l'Absolu, par quoi ils sont Dieu, et de ce fait : Jésus en tant que Fils de la Vie, Fils du Père Le Vivant ; cette reconnaissance se nomme : ipséité, par quoi ils sont "le monde" ou "l'autre", c'est-à-dire leur véritable nature, vivante. Là, on passe d'un discours mondain multiplicateur de rapports irreliés, à celui de contact pénétrant ("le Jésus de ton être" précise le Shaykh), qui interpelle et s'exprime en participation. Monde imaginal d'une "Imagination dans une imagination" en lequel la relation réalise l'unité de sens et l'interdépendance universelle; c'est le "cela en vous" dont parle Jésus, le "trésor caché" du Hadith Qudsi, le "Noûs" dont parle Marie. Il eut été infiniment plus intéressant de traiter de ces versants-là du Témoignage, libres des "religions de croyance" (selon les termes mêmes employés par Ibn Arabî).


Cette émission nous fait l'effet d'un accablement concerté, qui démérite des apports culturels antérieurs dûs à Gérard Mordillat, auteur méritoire de deux films sur Antonin Artaud ainsi que de l'émouvant "Des vivants et des morts" à caractère socialisant. Son partenariat avec Jérôme Prieur ramène à l'omerta catéchistique constantinienne, obscurantiste, alliée des "forces de l'ordre" romaines et judéo-chrétiennes. Apparaît là le leitmotiv de la conscience mise au service de sa négation.

Ainsi, je m'abstiendrai de regarder les épisodes suivants.

 

Tum-Tum

 
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