06.02.2010
QU'EST-CE QUI SAIT EN MOI ?
Laissons parler le philosophe Michel HENRY (« Auto-donation – Entretiens et conférences – Ed. Beauchesne. 2004) :
« Ce savoir provient de l’auto-révélation de ma subjectivité, de ma propre vie, et par là de Dieu, car cette auto-révélation n’est possible que dans l’auto-révélation de Dieu qui me révèle à moi-même. A tout moment, il y a forcément un procès d’auto-donation qui est celui de la Vie absolue. Il est impossible de faire quelque chose sans avoir quelqu’un qui est, comme dirait Augustin, plus intérieur à vous que vous-même. (…) Ce qui voit ainsi en moi, ce n’est pas la « cogitatio » de Descartes qui se rapporte intérieurement à elle-même sans distance, sans moi possible, sans monde possible. L’œil qui voit en moi est la Vie absolue : la vie dans le vivant. Elle sait par auto-révélation. C’est un procès extraordinaire, parce qu’en injectant la Vie absolue dans ce monde extérieur, objectiviste, positiviste, complétement absurde et superficiel qui est le nôtre, le Christianisme apporte un tel démenti qu’il ne s’agit pas seulement de vérités lointaines, mais de phénoménologie radicale, de phénoménologie pure. (…) La démocratie est un régime qui est nécessaire dans des sociétés dites pluriculturelles, mais le principe démocratique ne peut pas instituer les droits de l’homme. La Constitution de la France, par exemple, est précédée d’une Déclaration des droits de l’homme. Du point de vue politique, le principe démocratique est le principe majoritaire. Il est cependant absolument impossible de fonder une valeur, comme telle indestructible, par un vote. C’est une absurdité. La déclaration qui précède la Constituton de 1791 énonce que « les hommes naissent libres et égaux ». Elle ne dit pas « nous votons que les hommes sont libres et égaux ». La théorie politique doit par conséquent admettre un « avant-soi » qui est absolument fondamental. L’avant-soi de la théorie politique ce sont des valeurs que l’on peut qualifier de métaphysiques ou de religieuses. (…) La seule fondation de l’égalité que je connaisse doit être qualifiée de métaphysique ou de religieuse. Elle consiste à dire : « l’homme est fils de Dieu », ce qui implique, de fait, que tous les hommes sont égaux. Il n’y a pas d’autre fondation que celle-là Il ne faut donc pas dire hâtivement qu’il existe, au delà des contenus religieux, un horizon démocratique plus vaste, qui embrasserait le monde entier. Le principe démocratique ne fonde aucune valeur, il les présuppose, ce qui limite terriblement sa portée. Dès lors, un principe politique ne peut fonder une valeur absolue puisque ce qu’a exprimé un vote, un autre pourra le défaire. On peut par exemple, par un vote majoritaire, décider « démocratiquement » de liquider une ethnie voisine ou une catégorie de gens. Tous les régimes totalitaires peuvent parfaitement trouver une assise démocratique. (…) Si dans les années qui ont précédé la guerre, il y avait eu un référendum en Allemagne sur la légitimité du régime hitlérien, il y aurait eu une énorme majorité pour le plébisciter. Si, sous le régime de Staline, il y avait eu un référendum démocratique, sans trucages, pendant, avant et après la guerre, il y aurait eu également une formidable majorité pour lui. Par conséquent, ce n’est pas la majorité qui peut fonder ou défendre des valeurs. (…) Seules des valeurs différentes peuvent rendre ce monde vivable et elles supposent soit une métaphysique, soit des croyances d’un autre ordre ».
Michel HENRY
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01.10.2009
ERREURS INSTRUCTIVES & DELIVRANCE D'AMOUR
Si vis-à-vis de l'éducation (favoriser l'éveil des potentialités intérieures), l'enseignement (inculquer péremptoirement des notions extérieures) est une erreur, l' ERREUR, d'une façon plus ordinaire, est INSTRUCTIVE. L'acceptation de l'erreur (très peu en vigueur dans la façon de voir les choses la plus courante) participe de l'unicité, conjoignant en nous d'une façon organique intelligente et éclairante, les deux notions apparemment contradictoires d' éducation et d'enseignement.
L'erreur est inattention, engagement illusoire dans ce qui n' EST PAS. C'est le "matériau" même de la Connaissance. Tant qu'on se prend pour « quelqu'un », le penseur, l'acteur, le contributeur, on se trompe ; et la projection en miroir nous renvoie l'image de cette usurpation. Nul n'est à l'abri de l'erreur (« L'erreur est humaine »). La prise en note de tous ces faux-pas amène naturellement à l'élimination de tout ce qui n' EST PAS. L'expérience de l'erreur est ainsi EDUCATIVE. Il y a dans le Yi-King une très belle formule à la fin de chaque sentence qui laisserait supposer une situation répréhensible : « Il n'y a pas de blâme ». Réprimer, punir, humilier, culpabiliser, sont des réactions stupides qui n'expriment que le rejet, la peur de ce qui se trouve immédiatement jugé insupportable, intolérable. Tout ce que nous faisons, c'est qu'au lieu de voir ce qui est, nous justifions par réflexe un état fictif, une croyance. Il faut savoir se remettre en cause. Le présent se renouvelle en permanence, changeant la donne, ne retenant pas tout ce qui se fige en états. L'intelligence de la vie existe !.
Je n'oublie pas que l'inauguration de ce blog s'est soldée par une erreur. J'avais présenté ce blog comme un blog "pas ordinaire" (j'ai travaillé dans la pub, ayant été formé à créer des slogans, et cet automatisme résiduel m'a sans doute joué un tour !), et il y a eu tout de suite une réaction, une remarque de la part d'une interlocutrice répondant sous le pseudo de "Chat Perché" (pas un hasard ! - un chat perché est en position d'altitude, de surveillance du champ environnant). Réaction qui a donné lieu à une réflexion, une expertise. Il se peut que dans l'esprit de cette dame, le sens de son pseudo n'ait pas eu en vue le symbolisme spirituel que je lui accordai, mais ça sonnait juste !. Et je me suis trouvé comme Oedipe devant le Sphinx. Il s'agissait de présenter mon blog d'une manière plus convenable, plus appropriée. Alors est apparu soudain l'adjectif : "révélateur". Le « TumtumBlog » naissant proposait de devenir le reflet d'une REVELATION, ouverte à toutes les instances de l' "ordinaire", en fait : de la condition humaine que nous partageons. Proposition accordée. Oh ! ne vous méprenez pas : révélation portée par l'intuition féconde d'une expérience vivante, révolutionnaire en essence, d'une prise de conscience, faisant communiquer amour et connaissance, révélation/révolution intérieure révélant : L'UN SOUS LE MULTIPLE. Révélation d'une réalité organique ignorée mais tangible, concrète, seulement masquée par l'ignorance. Dimension incréée volatilisant les dimensions, les mesures de la pensée, dimension vivante néanmoins : ici, maintenant, et qui plus est : attestée depuis l'aube des temps par des témoignages.
L'examen attentif du champ du perçu, se manifestant « au dehors » et « au-dedans » de nous-même (images, gestes, résonnance...) - en réalité, dans la Conscience, cette séparation n'existe pas - permet d'être informé très exactement sur l'authenticité, la qualité de ce qui se donne en expression. Qui voit tout cela ? C'est la Conscience elle-même, qui invite et nous incite constamment à affiner l'attention, à éclairer, et finalement à éclore, à se révéler en nous-même. On ne peut en prendre à son aise, négocier avec soi-même, s'autoriser la moindre incartade par rapport à cette injonction. C'est une question de vigilance de tout instant. C'est le jeu mis en scène par la Conscience. On n'y échappe pas ; la tricherie si minime soit-elle, par omission ou désinvolture, provoque automatiquement la sanction. Mais ce qui est merveilleux avec la Conscience, c'est qu'elle accepte l'erreur et redonne toujours une chance. C'est une façon de parler car en réalité elle est libre de toute mémoire, de toute comptabilité ; inconditionnée, elle se tient derrière cette mascarade faite d'ignorance. Les expressions, les images, ne sont pas la lumière qui leur donne vie. La remise en cause de la nature de ce qui voit, de ce qui perçoit éveille le sens d'une Présence-conscience antérieure à toute forme d'existence, d'expérience transitoire, à l'arrière-plan de tout changement. Une fois que ceci a bien été intégré, toutes ces tracasseries qui « collaient au fond de la casserole » n'apparaissent plus que comme anecdotiques et disparaissent. Ce que nous sommes fondamentalement, se sait ETRE, à l'origine de toute chose, sans forme, invisible, hors de la pensée, en deça du spectacle de la création. Rien n'est une chose ; il n'y a que la Vie qui est l'Esprit et Cela étant, je suis « créateur-créé ».
Maintenant, il se fait cette constatation, que malgré « l'ère de la communication », il y a peu de dispositions réellement ouvertes à la communication, à la mise en jeu, à la confrontation, à la mise en fusion dans une perspective de Connaissance susceptible de mettre fin aux illusions qui font prendre pour réel ce qui ne l'est pas. Il n'est pas question de mettre en forme l'expérience spirituelle, d'organiser quoi que ce soit ; il n'y a pas besoin d'idées justes ; il n'y en a pas. L'obsession de la manipulation est devenue obnubilation. On voit sévir la crainte des "polémiques", la frigidité de nos représentations bunkerisées, qui ont perdu toute disponibilité à approcher l'Ouverture, et à se prêter à l'aspect LUDIQUE de l'esprit, de l'esprit d'enfance, capable de s'émerveiller. Quand on s'émerveille, il peut arriver qu'on tienne des propos "illuminés" ; on peut se sentir infiniment heureux de vivre, joyeux, transporté par un enthousiasme, par cette gratuité, la poésie pure, la beauté, la dignité de toute vie ; c'est une délivrance d'amour. On n'est pas enfermé dans des compartiments solides, dans ces catalogues d'images réductrices, paralysantes. On n'a pas besoin de ces fabrications, de cette bondieuserie du stress, de ces constipations conceptuelles, de ces camps de travaux forcés.
On peut se rencontrer dans cette lumière originelle de laquelle il nous reste une saveur chaque matin en nous réveillant, et plus souvent si nous l'épousons. On peut célébrer ce Miracle. On peut déjouer la mystification qui le nie, rendre grâce, oui, nous libérer de la structure mortifère, ou plutôt de cet imposture qui l'habite. Vous savez : prendre conscience, ça peut amener très loin : au plus proche, à la concrétude sacrée, à l'Impensable, à la Présence, partout, en tout.
Phil . 1er octobre 2009
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28.09.2009
CONFUSION, IMAGERIE, ET CROYANCES
Confondre indifférence et équanimité, c'est suspecter très facilement autrui d'être un salaud, peut-être parce ce germe s'est incrusté quelque part en nous-même. Rendez-vous compte : « germe de salaud » inoculé en moi, sans que m'en aperçoive, prêt à l'emploi !...
Et comment ça arrive ?... Rejet, ressentiment, refus, non-accueil des perceptions. Voilà tout !. Il suffit de s'en apercevoir. Lorsque je laisse mon esprit fomenter de semblables suspicions, lorsque je juge : j'hallucine !. Halluciner, c'est trafiquer la lumière, la falsifier dans une indigente rêvasserie, plaquer sur elle une interprétation , à ma charge, s'appuyant souvent traîtreusement sur des généralités de seconde main, ce qui permet - ah ! « la belle affaire » ! - de noyer ma responsabilité. C'est méconnaître l'intelligence d'une vision sans pensée. Il est grand temps de s'éveiller !...
L'indifférence, aucun doute là-dessus, c'est une fuite, un isolement « bien pratique » lorsque ce qui se présente « ne me convient pas ». On s'enferme, on se calfeutre... On n'en est pas quitte pour autant !. Au contraire, les ennuis ne font que commencer !.
La seule issue, la seule vraie, car bien entendu la précédente ne vaut pas un pet de lapin, c'est l'écoute attentive du corps, l'investigation, voir où peut bien se nicher cette résistance, cette irritation qui refuse, qui ne veut rien savoir , rien entendre, et lui faire face, l'observer, l'objectiver . T'es repérée ma vieille !... Il suffit de l'éclairer. Une fois le faisceau braqué sur elle, ça ne peut plus fonctionner comme avant. Le mécanisme est éventé.
Ne pas s'impliquer, s'investir, se projeter, ne signifie pas forcément : passivité, laxisme, dérobade... On peut se tromper gravement là-dessus !. On peut, sans s'en apercevoir, passer dans le camp de « ceux que l'on abhorre » et consentir par distraction à une manipulation.
Il s'agit simplement d'être accueil , accueil des énergies ; et cela ne peut s'effectuer correctement et naturellement que lorsque toute l'imagerie mentale, de « moi », des « autres », de la situation rencontrée , est absente. Cette imagerie N'A PAS SA PLACE. Elle survient toujours en imposture. Y céder, par distraction, est engendrer la confusion. Il faut comprendre qu'A TOUT INSTANT - et c'est bien là que ça se joue ! - une autre qualité de vécu se cherche, appelle à se révéler, libre de ce fatras d'images, de toute cette psychologie ordurière qui s'alimente des tensions, des dépendances, de la peur, et qui ne débouche que sur la guerre.
Lorsque vous voyez clairement ce mécanisme en passe de se profiler - et il s'agit d'être rapide comme l'éclair, VIGILANT - vous n'hésitez plus un seul dizième de seconde à le flanquer par-dessus bord. VLAN ! Je ne suis pas cela !. L'Ouverture que nous sommes, dans la première instance de sa pure eccéité, indivise, ne supporte guère le négoce, le démarchage, aucun représentant , aucun agent, aucune doublure, ressemblance, similitude...
Y'a du boulot !... De ce côté-là, le chômage viendrait plutôt de la démission de soi-même, de l'oubli, quand on se ment, qu'on se croit acteur dans un film bien contrôlé produit par la pensée, décoré d'enjolivures comme ces beaux slogans pétris de moralité, ces modes personnalistes, tous ces simulacres de spiritualité, produits de la représentation mentale .
Il existe une multitude de gens qui, terrorisés par les médias, n'aborde la question spirituelle qu'à travers cette oppression véhiculée par la peur des sectes !... En fait, ils ne l'abordent pas ; ils la nient ; il ne songent qu'à l'éviter parce qu'ils se croient vulnérables , incapables de discerner en eux-mêmes une spiritualité authentique d'une « arnaque». Croyances inculquées qu'ils préfèrent vénérer aveuglément plutôt que d'expérimenter par eux-mêmes . Ces croyances inculquées sont manifestement exploitées par une idéologie marchande ; détournement des consciences à bon compte de ce qui apparaît comme « ingérable, inexploitable », etc... Il en va ainsi de l'art, de la culture, de la poétique du Vivant.
Mais le champ d'expérience de la spiritualité est partout . Il n'est besoin de fabriquer un contexte . Il ne dépend pas d'une idéologie. Son seul souci est celui de la Conscience, de l'Eveil à notre propre silence intérieur. Lorsque ce silence, dont une majorité habituée à compenser continuellement, à fuir, avoue qu'elle a peur, se reconnaît en nous, dans notre véritable nature, source d'amour et de lumière, il est un merveilleux ami, un rayonnement sans fin.
Tumtum. 28 septembre 2009
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