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01/06/2007

Du Champ Vivant. (1)

Ce fut un choc dans la vie de TumTum de réaliser que l'arbre qui apparaissait à l'oeil était lui aussi pourvu d'un oeil qui le regardait et partageait avec lui ce champ silencieux dans lequel formes, sons, couleurs, mouvements, parfums, se manifestent. En réalité la vision qui contenait l'arbre et l'oeil était également contenue dans l'arbre et dans l'oeil, sans qu'il fut possible de la situer d'une manière objectiviste. C'est ainsi qu'émergea le Champ, le champ réel, insituable, inappropriable, le champ de la présence observante. Un champ unitaire, dans lequel apparaissent et disparaissent quantité de formes et d'expressions, multiplicité renvoyant toujours à une identité hors-jeu, à l'arrière-plan, à une présence ou une demeure si vous préférez, qui ne fait jamais défaut, mais qui ne peut s'identifier à aucune forme parcellaire plus ou moins conflictuelle et revendicatrice, une identité sans âge, jouant à renouveler sans cesse ses attributs, dans une énigme posée à la verticalité de l'instant qui transcende les modalités du temps et de l'espace, pointant vers sa liberté fondamentale de toute implication cérébrale. Un champ impensable, tout à fait inconcevable à l'aide de la psyché encarcassée dans les réductions, les projections, les représentations, un champ infiniment plus proche du maintenant vécu, de notre intimité profonde, que n'importe laquelle de ces manifestations phénoménales. Dès lors il n'y eut plus d'"autre", plus aucune place pour un quelconque "moi". La confusion qui s'était établie sur un plan conventionnel plus ou moins adopté, suggéré de quantité de secondes mains, répétée de manière à imposer l'illusion d'une condition irrémédiable, d'une hypothèse consensuelle, fondit en bloc. Il n'y eut plus deux : l'arbre et la vision de l'arbre dans l'oeil, mais un courant d'énergie vive, entraînant avec la rapidité de l'éclair cette joyeuse dissolution/révélation du kaléidoscope. L'univers tout entier apparut comme un immense éclat de rire. La nature participait à cette joie qui n'était pas une blague comme celles qui avaient cours sur le ton le plus sérieux; elle invitait constamment à participer à cette musique de background, ignorée de l'agitation ambiante. Cette déflagration qui venait de mettre un terme à toutes les affirmations ordinaires, reposant sur les habitudes, les pseudo-certitudes, fit entrevoir en un clin-d'oeil foudroyant les racines de l'arbre puisant leur énergie dans le ciel, et sa cime, ses branches et son feuillage, se développant en terre, en pleine obscurité, en matérialité phénoménale, dans le tout cosmos nocturne. Le Jour provenait de la Nuit comme l'énergie vivante du rêve nommé "état de veille" du sommeil profond. Réalité incommensurable, affectant le microscopique, l'invisible à l'oeil, jusqu'à à la vastitude, l'immensité insondable. Tumum le géomêtre de la Nuit des Temps s'était fondu, happé dans une dimension infiniment plus réelle que celle dans laquelle se morfondaient ses voisins les bipèdes cérébralisant en quasi-permanence, attardés dans la distraction propre à cette obnubilation de l'entité fractionnée, au mécanisme mental inflationné. Il ne faisait désormais plus aucun doute que l'instruction provient de la vie elle-même, qu'elle est en quelque sorte : "programmée" dans l'observation, dans l'attention, moyennant une certaine qualié d'accueil, et n'a besoin de s'embarasser d'aucune mémoire. Sur le modèle de l'éclosion florale. La géométrie était d'ailleurs née de cette obnubilation, de cette mise-en-scène cérébrale, manipulatoire. Il suffisait seulement de couper court à ce bavardage en boucle, revendiquant son label, lié à cette prétetion d'existence, cette représentation factice et restrictive d'un moi existant, pensant. Concepts comparatifs et jugements issus de cette manie de mesure, d'accaparement, avaient émoussé au long des siècles et même de millénaires, la réceptivité êtrique naturelle à ce qui émane en permanence dans la simple présence à ce qui est. TumTum l'explorateur n'avait pas retenu cette géométrie apprise, il la laissa disparaître comme elle était venue, ce qui ne fit pas d'un coup de cuiller à peau, car il restait des traces, des résidus, mais maintenant, ils ne seraient plus alimentés. L'évidence du caractère superficiel, artificiel, de cette géométrie apparut dans toute sa latitude et sa longitude. Un axiome fondamental dont la nature toute entière était l'expression était à l'oeuvre, sans agir, tout ce qui venait au monde, poussait, se manifestait puis se dissolvait, tout renvoyait à cette présence verticale de l'arbre, à cette reliance êtrique universelle que les géomètres homminiens n'avaient pas compris, du fait de leurs croyances, de leurs concepts, de leur condescendance. C'était là, illustré en plein jour, et nul n'avait rien vu, à part quelques poètes, illuminés, etc... Cela supprima en lui toute notion d'objet. Il accorda ainsi aux choses environnantes comme par exemple les arbres, de l'aider dans la découverte de cet axiome, qui était intemporel, hors de la pensée, qui s'ébattait librement dans l'harmonie et la beauté, la contemplation de la diversité de ses ramures, de son feuillage, de ses reflets multiples. L'existence passagère était ce clin d'oeil, fait de ce rêve sans intermédiaire, émerveillement dans laquelle tout apparaît et se résorbe. Cet arbre-oeil en nous écoute, voit, bien avant que nous nous mouvions ; il nous attend. En fait, il n'a pas de forme d'arbre ni d'oeil, comme il n'a ni passé ni d'avenir puisqu'il éclot dans le maintenant. Il n'appartient à personne, ne peut avoir d'opinion ni de territoire de prédilection ; il est simplement présent ; il est ce qui accueille au coeur du plus profond de nous-même, quel que soit le ram-dam cinématographique médiatisé, informatisé, virtualisé, mis en oeuvre pour nous faire prendre des vessies pour des lanternes. A chaque printemps, les feuilles réapparaissent, donnant de la tête, de l'étoffe; c'est la végétation, qui n'a rien de végétatif, mais le mental voudrait exister pour lui-même, c'est pourquoi il a donné un nom aux arbres, et répertorié les espèces, sans même s'apercevoir "de quoi il retournait". L'arbre voit tout cela, en tant qu'axe entre l'au-dessus, l'amont, la source, et l'en-dessous, l'aval, la vallée. La sève circule comme l'eau du ciel. Elle semble "monter", s'épanouir en feuilles, en bourgeons florissants, en fruits, mais cette féérie ne fait qu'obéir au cycle des saisons; elle semble "descendre" vers la terre, irriguer la graine qui inclut cette forme d'arbre qui est apparue et disparaîtra. L'oeil n'a affaiure qu'à des apparitions qui s'attardent un moment et finissent par disparaître. Rien ne se reproduit jamais à l'identique. Ce qui se tient en amont s'abaisse pour offrir ; ce qui se tient en aval se hausse pour recevoir. Il y a cette offrande. Ce qui est gratifié devient à son tour gratitude. Qui accepte le monde en lui peut vivre dans le monde. Lorsque l'accueil est, les noeuds se dénouent, tout s'ordonne naturellement. Les arbres ont beau être disposés dans des jardins, taillés régulièrement par la main homminienne, ils n'appartiennent à personne, comme l'amour qui est le courant créateur des apparitions, qui se tient derrière l'oeil et derrière ce qu'il voit. Les arbres assistent à l'émotion ou à l'insensibilité de cette espèce prétendue supérieure qui les manipule psychiquement ou physiquement ; ils sont les témoins/reflets de la qualité perceptive accordée au monde à l'entour. Ils ont toujours été les confidents, les frères de l'intériorité humaine, les boussoles de la verticalité. Leur présence, leur expression, s'est toujours révélé pleinement dans le silence. Il y a une amitié, une émotion, une excellence en leur proximité et en leur compagnie qui supplée à celle des homminiens lorsque cette-dernière s'avère impossible, ce qui de nos jours arrive couramment, notamment à l'ombre des structures de développement économique. On peut se demander de quoi fait-on l'économie.

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