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02/06/2007

CAVALLO: BOPPIN'BILLY. 2

Avec Billy, on a fait quelques concerts en région parisienne dans les 60's. Bon, c'était pas si au point que les vedettes de disques, mais c'était pas loin. On vivait du kinos "Rock'n'Roll" presque qu'à temps complet. P't'êt' qu'on était trop "wild" pour le goût des yés-yés; on adulait Vince et Gene, et même Johnny (Hallyday) à ses débuts, quand il se roulait par terre sur le plateau des émissions de télé, avec sa Ohio et sa chemise à rayures brillantes, alors que les autres chanteurs portaient des smokings. Un jour, le tonton de Billy est venu nous voir; c'était à la Kermesse de Clamart où chantait aussi ma tata qui se prenait pour Ella Fitzgerald. En fin de compte, j'lui ai jamais dit, mais sa voix me faisait plutôt penser à celle d'Anny Cordy, du bon-franchouillard quoi!. Et le tonton de Billy qui préférait la clarinette de Claude Luter à notre "musique de voyous" lui trouva malgré tout un certain talent puisqu'il lui proposa de venir goualer à Saint-Germain-des-Prés. Pour nous, c'était râpé, le bide !. On se demanda même s'il n'allait pas reprendre la contrebasse si malmenée par son neveu. Heureusement non!. Un autre pote qui venait de passer son permis nous emmena à Deauville, dans sa camionette, nous assurant qu' on allait "faire un malheur", que le gratin du showbiz avait pris l'habitude d'aller s'y baguenauder tous les weekends, et qu'on y rencontrerait des pin-ups à tous les carrefours. Bref, un peu serrés, assis sur le cul, dans le fourgon, parmi les instruments, on prend la route un samedi, sans être programmés nulle part. Arrivés là-bas, on s' installe sur les planches, face à la mer, au bout d'une demie-heure de palabres avec le patron d'un bistrot. Le seul truc auquel on n'avait pas pensé c'était le jus!. Pas la moindre sono disponible, ni câbles, ni quoi que ce soit. Alors Billy s'est mis à guincher avec sa foutue contrebasse qui elle, n'avait pas besoin de courant, et on a chanté en choeur un machin wap-doo-wap. P'tit JO a juste sorti ses balais et sa caisse claire. "Qu'est-ce que c'est que ce raffût !?" est venu nous dire une hirondelle qui s'était perdue au pays des mouettes, "circulez! C'est Interdit! On est sur la Voie Publique !". Et le patron du troquet ne l'empêcha pas de nous faire dégager. Mais comme on avait quelques jours de vacances devant nous, on a décidé de remonter les plages du Débarque- ment. On trouverait bien un endroit pour jouer, et p't'êt' que des amerloques serait là pour nous écouter. Et tout ça nous nous a entraîné jusqu'à Cherbourg, où en fait d'amerloque, on apprend que Gene Vincent donne un concert!... "Say Mama", "I'm Goin'Home", il a chanté tous ses morceaux qui nous bottaient à l'époque!. Au moins on n'avait pas fait la route pour des prunes. Quel moment divin !. Nous on était plutôt "bop" que "twist", et Gene allait changer son légendaire "Be-Bop A lula" en une version "twist" qui nous parut bien affadie. "C'est la faute à Richard Anthony!" qu'i' disait le Billy. Le twist, le hula-hoop, les scoubidous, c'était des trucs de blaireaux par rapport au pur Rock'n'Roll quie nous défendions. Pas question de jouer le moindre "twist"!. Et voilà qu'à Granville, le premier concert qui nous est proposé, on nous réclame du "twist", et en insistant bien. Ils ne juraient que par le "twist", qui se guinchait dans les boîtes à la mode, faisant se trémousser autant les minettes que les rombières et les pires beaufs !. Chacune des vedettes de ces variétoches qui nous faisaient roupiller s'était mise à faire son "twist"!... et ce Chubby Checker avait vraiment l'air d'un cave, d'un empoté, à côté de nos idoles!. on leur a dit O.K !, mais on a joué du rock'n'roll. Un petit merdeux est venu nous insulter parce que nous à la traîne de plusieurs longueurs sur le parfum du "twist". Billy a bien failli lui rentrer dans le lard. On aurait p't' êt' mieux fait d'aller faire une virée de l'autre côté de la Manche, là où y'avait encore des teds, des Cliff Richard, des Terry Dene... p'têt d'autres Vince aussi ?... Non ! y'en avait qu'un comme celui-là!. Après ça, les Boppin'Cats se sont retrouvés chacun de leur côté chez les bidasses ; pas la joie !... De ces têtes-de-cons d'arrièrés qui fleurissaient là-bas !... Far away from Rock'n'Roll !. Et Billy, je l'ai retrouvé un sacré bail après, casé, deux mômes; c'était loin tout ça, l'Agathe Veublouze, la contrebasse, qu'est-ce qu'elles étaient devenues ?... Billy était devenu plombier à temps complet . J'lui imitai Fernand Raynaud, avec une voix de perroquet. Ça l'faisait plus marrer. Plus comme avant. Et il a fallu attendre les années 80 pour qu' on se revoie; il avait acheté un disque de Crazy Cavan, et la "Bonne Parole" lui était revenue tout-à-coup dans l' cigare. Plus question de refaire un groupe; il avait vendu la contrebasse, mais on causait Rock'n'Roll à nouveau, pardon : Rockabilly, parce que "Rock" ça ne voulait plus rien dire. Billy avait perdu sa femme, divorcé. I'm disait comme ça : "C'était tout d'même aut'chose que ce qu'on entend aujourd'hui : Jerry Lee, Gene, Eddie, Buddy, Ritchie, Charlie, Vince...!!!". J'étais d'accord avec lui. On passait des soirées entières à piccoler du Old Kentucky en écoutant du rockab 50's, le seul vrai, du blackos aussi, du jump-blues, Pee Wee Crayton et tous ces mecs-là, inconnus chez les franquillons durant les 60's. "Putain! Ça n'a pas pris une ride!" qu'i'disait, et on allait ensemble fouiller les bacs de chez "Scorpio", rue de la Vrillière, et putain qu'ça vrillait ! ...de la cime aux arpions, sécoués par la zizique d'enfer qu'on esgourdait là en permanence, qu'on le veuille ou non, et on ne ratait sous aucun prétexte la "50's Rock'n'Roll Party" de Big Joe, à la radio. "Y'a encore des mecs et des nanas branchés là-d'sus" qu'i'm'faisait, "c'est pas croyable!... C'est bien la preuve, hein ?". Et un jour, il en a eu ras-le-bol, il s'est fait la malle en Australie (où qu'y'a toujours eu aussi du Rockabilly !). Parfois je revois Billy à cheval sur sa grosse contrebasse, en train d' hurler: "Bop, Cat! Bop!", et l' Agathe qui se bidonne à nous voir nous trémousser ; et le p'tit Jo, cinglant sa caisse claire comme un malade ; ça reste des images comme ça !.

13:07 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0)

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