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04/06/2007

LA BEAT-GENERATION EN FRANCE (1967)

HISTOIRE OCCULTEE : LA BEAT GENERATION EN FRANCE (1967) Les poètes "Beat", loin d'être "béats", écrivaient leurs poêmes sur la route, "au vif de l'instant", accompagnant parfois leurs lectures de musiques jazz-bebop qu'ils aimaient. Le contenu de leurs sac-à-dos comportait toujours un carnet, voire une machine à écrire. Ecriture libérée de tout académisme, de toute auto-censure, à cent à l'heure!. Ils voyagent à l'aventure, comme le faisait Henry Miller, parfois en stop,quête de soi dans un monde moderne qui ne reflète que la barbarie et l'artefact. "Les premières perceptions que nous avions, les premières, c'était que nous étions séparés de la vision officielle de l'histoire et du réel; cela commenca autour de 1945, 46, 47. Nous réalisâmes qu'il y avait une différence énorme entre notre façon de parler ordinaire et celle qui avait cours ...tout ce que nous entendions à la radio, de la part d'un président, d'un conférencier ...et même les littéraires se mettaient à parler ce langage "officiel"!..." Un nouveau style de vie est à réinventer dans ce territoire que l'Amérique a volé aux Indiens. Ils sont solidaires des revendications afro-américaines. Le swing des syllabes "bopées" inspire la pulsion, le "beat" de leurs poêmes et récits. "Personne ne s'était exprimé aussi franchement en poésie. Nous avions atteint un point de non-retour. Aucun d'entre nous ne souhaitait retourner au silence gris, glacé, militariste, au vide intellectuel,au territoire sans poésie, à la spiritualité terne" dira Michael McClure. "Sur la Route" de Kerouac, le poême: "Howl" de Ginsberg ("J'ai vu les plus grands esprits de ma génération détruits par la folie, affamés hystériques nus...") et "Naked lunch" de Burroughs seront les manifestes de la Beat Generation. Ferlinghetti, poète, éditeur et libraire fonde la "City Light Books", lieu de réunion. Il sera assigné en justice en 57 pour avoir imprimé et affiché le "Howl" de Ginsberg qui déchaîne la censure puritaine et maccarthyste. Bob Kaufman renchérit en 59 avec son "Manifeste aborigène-communiste" qualifié par Alain Dister de "sarcastique, jazzistique et pataphysique". Michael McClure, Philip Whalen,Gary Snyder s'intéressent au Zen, aux sages du Tao. Snyder part au Japon, comme le fera Alan Watts, Ginsberg part pour l'Inde avec Orlovsky, rencontrant les sadhous, écrivant "Indian Journals". Burroughs et Brion Gysin inventent le "cut-up"(déplacement des mots dans un texte), dynamitage du langage. Ils se retrouvent à Tanger, ainsi qu'à Paris, avec Corso, Ginsberg... où les Beatniks vont aussi faire leur apparition. Exhumant le "Traité de Désobéissance Civile" de Thoreau, les beatniks se radicalisent après l'assassinat de Kennedy, alors que monte la violence ségrégationniste, la menace de la Guerre du Vietnam. Ginsberg chantant ses mantras, Joan Baez, Dylan, prennent la tête de vastes manifs. Diane Di Prima, poétesse et compagne de LeRoi Jones, s'engage dans la sub- version. Toutes les formes de libération se trouvent désormais envisagées dans "un assaut TOTAL contre la culture" (Ed Sanders). Les Beats s'insurgent contre les étiquettes qu'on leur prête. Ils se veulent simplement: esprits libres, tantôt poètes, tantôt peintres, écrivains, dessinateurs, photographes... Ce qui importe, c'est la spontanéité de l'instant, le premier jet. Certains détruisent leurs oeuvres dès qu'on commence autour d'eux, à parler d'un genre, à tenter de les définir... Kerouac, le "clodo céleste", qui écrivit une ode à "Bird" (Charlie Parker) meurt d'une hémorragie abdominale à l'âge de 47 ans, en 1969. Quand on demandait à Gregory Corso quels étaient ses poètes préférés, il répondait: " James Dean, Ricky Nelson, Monty Clift !" qui représentaient pour lui: un art de vivre. Ginsberg, quant à lui, entraîna ses compagnons à découvrir le génie de William Blake, poète, écrivain, peintre,musicien, visionnaire, imprimeur, en Angleterre à l'époque de la Révolution Française, qui fut l'un des premiers en Europe à prendre connaissance de la "Baghavad-Gîta". Si Alan Watts fréquentait Susuki, maître zen aux USA, c'est Chogyam Trungpa, maître tibétain qui enseigna la méditation à Gary Snyder. Trungpa mourût prématurément, comme Kerouac, à cause de l'alcool. "Comme j'avais reçu une éducation totalement athée, j'ai mis un moment à comprendre que mes sentiments envers la nature étaient de l'ordre du religieux. J'ai découvert ensuite la spiritualité des Indiens d'Amérique, puis le Zen et les Taoïstes, et je me suis senti très attiré par leur langage dégagé de toute théologie, immédiatement perceptible. C'est de moi-même que je tire mon sentiment religieux. Il me vient de cette profonde intimité, de ce lien étroit que j'ai toujours ressenti vis-à-vis du monde naturel. Mon expérience est celle d'un mysticisme naturel et non intellectuel. Je me sens chez moi sur cette planète, et il m'a fallu apprendre à me sentir aussi à l'aise dans le monde des humains. Là était pour moi l'effort, alors que je me suis toujours senti bien dans la nature" dira Snyder. Et lorsque Gilles Farcet* lui demande le pourquoi de l'ivrognerie de Chogyam Trungpa, il répond : "Il est devenu un étudiant menant la vie des étudiants, s'est mis à boire, a bousillé sa voiture , rencontré sa femme, etc... puis, est venu le moment où il a repris conscience de son éducation bouddhiste traditionnelle et de son rôle en tant que lama. (...) Pour Alan Watts, c'est un peu la même chose. Il avait une vie sentimentale très compliquée, et il buvait vraiment trop. Mais ce que sa biographie ne restitue pas, c'est la grâce avec laquelle il passait à travers tout cela. Alan était toujours joyeux, il ne se plaignait jamais, faisait en toutes circonstances preuve d'une grande générosité. Il n'était ni dur ni agressif envers les autres. Il n'y avait en lui aucune mesquinerie. Il s'efforçait d'être un père responsable pour ses enfants, prenait soin de sa femme... Mais sa vie était très complexe. "Etre illuminé, c'est être un véritable être humain, avoir atteint sa pleine dimension humaine. Il ne s'agit pas d'une perfection abstraite, désincarnée". Alan était un être intérieurement très libre, mais qui devait faire face à un problème sexuel profond. Vous savez, ce qu'il nommait : "Beat Zen", cela n'a pas duré très longtemps. Aujourd'hui, l'Amérique est envahie par le "square Zen", rigoriste, formel... ce zen-là n'est pas drôle du tout !". Pour Gregory Corso, "c'est un bon exercice pour les poètes de suivre la démarche des Tibétains : si tu es conscient sur ton lit de mort, essaie de te rappeler le ventre de ta mère d'où tu es sorti". Gregory étudia les hiéroglyphes égyptiens, à l'Hotel "Stella", rue Monsieur-Le-Prince, où vécut Rimbaud. " M'sieur LaFrance!... je fumais du shit Arabe en ouvrant ce livre qui provenait de l'Université de Cambridge, et j'ai passé tout l'hiver, durant six mois". En France, la Beat Generation littéraire américaine, fut présentée régulièrement publiquement par Jean-Jacques Lebel, sorte de dandy-traducteur anglicisant, auteur d'une "Anthologie de la Beat Generation"(Denoël, 1966) que Corso ira jusqu' à traiter d' :"espèce de putain de Marquis de Sade". Après avoir édité Henry Miller, Maurice Girodias sort en 1959 la version originale du "Festin Nu" de Burroughs. Dans l'hôtel du 9, rue Gît -le-Coeur où Corso et Ginsberg avaient résidé avant de rejoindre le Maroc en 57, Burroughs se livre à ses premiers cut-ups, découpant les journaux, en compagnie de Brion Gysin. Kerouac viendra en France, et tout spécialement en Bretagne, à la recherche de ses ancêtres bretons. Le récit épique de ce voyage est relaté dans son:"Satori à Paris"(Gallimard, 1971). Errant saoul dans les rues nocturnes, craignant de se faire attaquer par des bandes de sauvages finistériens ("un tas de pédoques ou de poètes à cent sous"), il abandonnera son projet qui devait le conduire ensuite en Cornouailles, en Irlande et en Ecosse.

11:58 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0)

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