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04/06/2007

LA BEAT-GENERATION EN FRANCE.2

Claude Pélieu-Washburn, traducteur des Beats qui a rejoint Mary Beach (traductrice de Burroughs) aux States, sort son "Jukebox Mentholés" et s'intéresse par la suite aux collages. Arpentant les rues du Quartier Latin, le Square du Vert-Galant, les rues de Bucci, Dauphine, Saint-André-des-Arts et bien sûr la rue de la Huchette où se trouve le célèbre café beatnik "Popov" et "La Crémaillère", les Beat parisiens vont se retrouver au café "Le Seine", rue de Seine, en 1967. Il y a déjà un "grand frère" en Théo Lesoualc'h qui a publié: "La Vie Vite" chez Denoël, une sorte de "Sur la Route" hexagonal, et qui attiré lui aussi par l'Orient, le Japon, le Théâtre Nö, va y voyager durablement. Dan Giraud, Paul Roland, Jean-Michel Varenne, Gérard Santi, Harry Fagot, Claude Tournai, et quelques autres (dont l'auteur de cet article) vont former la bande des poètes Beat parisiens, échangeant leurs idées dans ce minuscule café : "Le Seine", y siègeant des heures, ou sillonant les Quais de la Seine, ou des attroupements de plus en plus nombreux de beatniks venus de toutes les villes d'Europe commencent à inquiéter les pouvoirs publics. Ils sont fervents lecteurs des Beats américains, et, carnets en poches, écrivent à tout moment bribes de poêmes, notes de futurs récits. Dan arbore "L'Unique et sa propriété" de Max Stirner, écrivant et autopubliant son pamphlet : " L'Etat et la religion"; viendront ensuite: "Primauté et liberté de l'individu", puis: "La négation fait l'homme"; Paul, vêtu de cuir noir, qui vient de passer plusieurs mois parmi les hordes de motards qui sillonent les Côtes anglaises, dormant sur les plages, a entamé le roman: "Ou est Steve Rock?", inspiré par cette mouvance héritée du "Wild One" de Brando et des Hell's Angels, tout en griffonant de courts "flash-poems" durant ses longues marches à travers la cité; il effraie les éditeurs en les prenant à partie. Jean-Michel Varenne voit publier ses "Poètes du Rock" chez Albin Michel, Claude multiplie les happenings sauvages au cours de ses déambulations, se postant devant les automobilistes au volant, mains bien à plat sur le capot, fixant les conducteurs dans les yeux selon la méthode du "tratâk" indien lorsqu'il traverse une rue; tous partiront pour la route des Indes. Harry, formé à la Pataphysique est un remarquable peintre mininiaturiste faisant songer à Bresdin, Bosch, hanté par la mythologie tibétaine; il est écoeuré des milieux artistiques français et de la mafia des galeries, et finira par fuir la "vieille Europe" pour s'exiler à Tepotzlan (Mexique), parmi indiens, pistoleros, et autres artistes de tous les pays du monde, émigrés comme lui dans ce cratère de volcan hanté parle souvenir d' Emiliano Zapata et de Malcolm Lowry. Gérard dit "Kaufman"compose des protest-songs et des blues. Nous allions voir ensemble les films "Underground" de Kenneth Anger, Ed Emshwiller... ce qui donnera à Dan l'idée de réaliser des films dans la mouvance de Godard,Bunuel, et de ceux-ci. Le Blues et le Protest-Folksong nous réunissaient souvent pour jammer au détour d'une rue ou chez l'un ou l'autre. Le 20 février 68, nous participons à l'assaut de la scène du Théâtre de l'Odéon (voir photo dans l'album), où Jean-Louis Barrault qui donnait un spectacle consacré à la Beat Generation (l'acteur Jean Desailly s'apprêtant à lire les poêmes de Gregory Corso qui à ce moment-là séjournait en prison aux States!) effrayé, nous laisse finalement nous exprimer, avec la complicité du poète américain George Andrews, qui du reste, se retrouvera à la prison de Fresnes quelques jours plus tard, pour consommation de marijuana. Un "Faire Part" pondu par Lebel fut distribué, reprenant le constat de Ginsberg dans son poême:"Howl". En voici un extrait : "Beat Generation vaincue par la sale gestapo illetrée qui a assassiné Che Guevara avant de lui couper la main car dans ce moyen âge électronique, on coupe encore la main des 'criminels' c.a.d. des maquisards. Les contrôleurs de la culture ont cru pouvoir brandir les couilles des poètes de la génération de la mescaline et en faire de la littérature (...) cette fois-ci c'est au tour de la Beat Generation d'être jugée assez 'respectable' c.a.d. 'rentable' pour être admise dans la fosse septique des 'valeurs reconnues'. Les poètes de la B.G. ont payés suffisamment cher dans les prisons du Mac Carthysme et du Johnsonisme pour que les nécrophiles leur foutent la paix!. (...) Les forces vives de la poésie ne sont pas institutionalisables, elles vous échappent, vous n'en ferez que des produits de consommation. La poésie n'est ni loisir, ni divertissement, ni écran de fumée, elle est manière d'agir et de vivre, elle est L'EXPRESSION DE LA CONSCIENCE, elle est DEPASSEMENT DES LIMITES DE L'ETRE ET DE LA SOCIETE. Elle EST. Envers et contre vous. VENCEREMOS ! / Ce tract a été distribué pour dénoncer l'enterrement des Poètes de la Beat Generation par les pompes funèbres gaullistes". Ferlinghetti séjourne au Quartier Latin, puis Ginsberg (qui sera bien des années plus tard "décoré de l'ordre du mérite des Arts & Lettres par Toubon, Ministre de la Culture !...") qui vient prendre la température ambiante se fait éjecter du café "Le Mazet" (dont le patron était un "indic") sous prétexte qu'il ne "consomme pas assez rapidement". Nous avions l'habitude de recevoir ce genre de menaces sur fond raciste, de la part de nombreux serveurs de bistrots, où nous ne remîmes jamais les pieds. A ce titre, le patron du "Seine", une sorte de "rocker", et son épouse (qu'il engueulait en permanence!) se montraient coopérants, bien que les descentes de police pour vérifications d'identités étaient fréquentes. "Les Beats n'étaient ni des rebelles ni des révoltés, dira Claude Pélieu dans son texte dédié à son ami Dan Giraud, "Beat pur jus", c'était au départ une bande de copains qui ont compris qu'il valait mieux apprendre de leur confrérie que de l' Université où ils ne trouvaient pas la poésie sauvage et les grands textes mystiques qui allaient les électriser et les conduire à la Vision. Ils découvrirent Rimbaud, Lautréamont, Artaud, Le Livre des Morts Tibétain. Le matérialisme de l'après-guerre, le culte de Mammon et de Frigidaire , le nationalisme d'un pays qui se croit toujours élu de Dieu, la promesse d'une carrière encravatée dans les études de marché, tout cela leur était complètement étranger - voir "Visions de Duluoz" -. Ils ont tournés le dos aux dogmes et aux normes et ont pris la route - "Dean" ou "Cody" dans les livres de Kerouac. Il n'y a aucune dissociation entre leur mode de vie, leur être spirituel, et la forme de leurs textes. C'est là qu'est leur force, c'est de là qu'émane l'impression d'authenticité totale qui a séduit bientôt trois générations".

12:00 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0)

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