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04/06/2007

LA BEAT-GENERATION EN FRANCE. 5

Poète Beat, Théo le fut avant les autres. Après avoir connu en 1946 un collège de secondaire qui impose le port de la cravate, en 1950: "kaki-léopard algérien, souks, palmiers, oranges, une longue plage de sable blanc, djebel de sarriette, je sais profondément que je ne reprendrai plus jamais l'horaire répressif de l'adulte responsable soumis. je sais. je sais". En 1953 : route de l'Inde, yoga, théâtre. De 53 à 54, "deux années de miracles; c'est la rupture définitive". Il rencontre le mime Marceau à Stokholm, revient à Paris pour entrer au cours Decroux et pense théâtre, danse, comme "lieu d'une poésie totale". En 55, il écrit des pièces, "sur mon genou", dans le Sud, monte deux pièces avec des acteurs marocains, donnant des cours de mime à Fès, puis se dirige à nouveau vers l'Inde en traversant Turquie, Iran. Il poursuit son voyage vers la Thaïlande, Hong-Kong, le Japon où il va s'installer. Là, pour la première fois, il entend parler de Kerouac, de Ginsberg, de Gary Snyder... Il monte cinq spectacles à Tokyo ,Osaka, Kyoto. "Descente aux origines du théâtre japonais". Revient en France en 65 où il publie "Histoire de la Peinture japonaise"(Ed.Rencontre, 1968), "Erotique du Japon"(Ed.J.J.Pauvert, 1970), "La Vie Vite", récit de voyage (Ed.Lettres Nouvelles,1972), puis descend vivre dans le Gard, écrit: "Phosphènes"(Ed.Lettres Nouvelles,72), "Marayat", "Oui,Poisson-Lune" (1975), retourne trois mois au Japon pour le compte de la télévision japonaise, et revient s'installer au Mas-Brûlé qu'il remet en état, charriant d'énormes blocs de pierres qu'il cimentera à son goût. Plusieurs récits suivront: "Les rizières duThéâtre japonais", "Anata Daré", "Les Portes de Papier"... "Le spectateur doit retrouver son IDENTITE TOTALE. Etre envahi. C'est ce que je ressens" (...) C'est un présent-délire que Rimbaud éclaire de son dérèglement de tous les sens. Le présent est pour moi la seule réalité. Contre cette civilisation utopique du béton et de l'électronique. Contre l'homme colonisateur né avec l'impérialisme romain, il y a deux-mille ans. Contre une planification muette vouée à la lâcheté humaine et contre-Nature". La Beat Generation en France, a été occultée, écrasée, enterrée, par le puissant mécanisme politico-culturel-médiatique, qui non seulement a supplanté son expression à l'aide de postiches-paravents du genre de J.J.Lebel, opportunistes tardifs, mais s'est vite empressé d'apporter une image réductrice ("hippies", "babas-cool"...) de la véritable intelligentsia beat dont la devise était: "Vécu de l'Instant, sans annexion, sans référence, ni avant, ni après", et qui faisait corps-esprit avec ses homologues américains, à commencer par la substitution "populiste" de 68, prise en mains par des meneurs politiques arrivistes, qui n'avaient plus rien en commun avec l'art de vivre, l'ouverture poétique, zen, taoïste, la prise-de-conscience fondamentale des poètes beat. Même l'"Underground" d'une contre-culture vivante, passée entre les mains de journalistes, devint une mode établie, lénifiante. Le cri de Ginsberg ("Howl") s'appliqua d'autant plus à une génération de poètes qui en France furent étouffés, conduits tôt ou tard au suicide. Les exemples ne manquent pas : après Giauque, Alain Callier, Gherasim Luca, Dominique Labarrière, Alain Gibertie... Ceux qui survécurent méprisèrent cette société d'après De Gaulle qui à très peu de différences près allait reproduire sinon agraver les schémas oppresseurs du passé, bardés de cette hypocrisie d' "après-68" ... RIEN n'avait changé!. Entre ses voyages, en stop, à pieds, empruntant les moyens de transports locaux, en Inde où il rencontrera Nisagardatta Maharaj, "gnani" de la non-dualité, en Chine, dans les pas des taoïstes, en Afrique, auprès de Paul Bowles à Tanger ou jamant avec les gnaouas d'Essaouira ou un orchestre à Saint-Louis du Sénégal, Dan Giraud organise des Happenings, lectures de Poésie Beat, exposition de ses collages avec ses amis poètes : Serge Pey, Alain Gibertie, Claude Pélieu, Yves Le Pellec (traducteur de Ginsberg). Après "Révolution Intérieure", revue qui réunit témoignages, textes métaphysiques, poésie beat, Il reprend le fanzine: "Le Mille Feuilles", créé en Ariège par Bobol Glloq, parti vivre en Thaïlande, organe d'information "underground" de l'asso: "Le Mille Pattes" dont Cathou, chercheuse d'or en Ariège et porte-parole des néo-ruraux est la présidente. Léo Ferré, Higelin,Charlélie Couture viendront soutenir ce collectif. Avec Dan, ce "Mille Feuilles" (format demi-A4 à l'italienne) s'étoffe considérablement . On y trouve des textes de Stirner, Louis Armand, citations multiples, poésie, témoignages, B.D, et surtout les "Infos de l'En Dehors", collectation de coupures de presse qui ne sont pas sans rappeler ce que faisait l'anarchiste Jimmy Gladiator dans les années 80 avec son "Hotel Ouistiti". Les écrits de Simone Rasoarilalao y réapparaissent en épisodes, parmi les compte-rendus de happenings, manifs, et "brêves" du comptoir de "La Note Bleue", café de Saint-Girons que les riverains cherchaient à faire fermer. On y trouve aussi, outre les poètes beats précités: Marcel Moreau (auteur de "La Pensée Mongole") qui habite la région, supports à Eric Pététin emprisonné, intervention de Me. Francis Caballero (auteur du "Droit de la drogue"), Jean Claude Ajas, Bukowski, Alain Jégou, Délia, Marie Baker, Michelle Benoit, Lésoualc'h, Biga... en un concours permanent de poésie "hai'ku". Le dessinateur humoriste Siné est devenu, loin de l'Ariège, parmi d'autres, un "fidèle" du "Mille Feuilles" repris par Dan. Prévert, Nietszche, William Blake, Thoreau, Rimbaud, Artaud, Coluche, L.F.Céline sont souvent à l'honneur pour sauver une actualité en permanence "consternante". "J'ai découvert Céline grâce au livre de poche. J'ai eu beaucoup de mal à me défaire du style de Céline dont j'ai lu toute l'oeuvre, dira Dan à Thierry Guichard qui l'interviewe pour "Le Matricule des Anges", je n'ai jamais beaucoup aimé le genre romanesque. Les seuls romans qui ne me tombent pas des mains sont ceux qui touchent à l'autobiographie, à l'expérience vécue d'un individu. J'ai dévoré Miller (Henry, bien sûr), Kerouac, Cendrars". TumTum est retourné voir Ginsberg au "Polyphonix" de Beaubourg dans les années 80. Celui-ci était devenu "un spectacle" et "une légende". Claude Tournai comme à l'habitude, a voulu faire scandale, et ce putain de Lebel était encore là!.... "traversant les villes-pancartes, sous les regard de chiens-boutiquiers, j'en suis venu tout naturellement à jeter la montre et le ticket d'identité obligatoire délivré par l'usine-à-états avec la bénédiction de mes parents,à réfléchir sur le rapport entre la lumière et la configuration cosmique". Voici ce que TumTum écrivait en 1967 sur un bout de papier.

12:07 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0)

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