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13/06/2007

Voyage à la fabrique (5)

Il se pourrait même que ça se déguste cru, encore frétillant !. Je me replie dans l'ombre de la place arrière de la limousine, sur le point de vomir, en les voyant reprendre place à l'avant, émoustillés par le spectacle. Ils me déposent au motel-saloon et je vais m'étendre d'une masse sur le lit trop petit. Les autochtones ont les membres courts et potelés. Je me rappelle que la veille, j'ai du me coucher et dormir en travers. Mais je me demande ou est le sommeil ? N'est-il pas plutôt dans ces déambulations somnambuliques auxquelles mes activités professionnelles me convient ?...
Je vais retrouver la cour de TumTum, dont les "Figures du Sable" agissent comme une cassette auto-nettoyante sur les têtes de lectures maculées par ces journées d'endurance. Cette fois-ci, je m'entretiendrais longuement avec Rholof L'Explicite, l'un de ses auditeurs et futur disciple, qui tout comme moi accomplit sur cette Terre une sorte de voyage astral. Son nom s'écrit "Khlf" et du fait de ses nombreux déplacements, certains l'appellent "Al Berberi", l'itinérant. C'est par lui que j'apprends que la position de Vénus dans la Neuvième Maison de ma carte du Ciel est tenue en haute estime parmi les géomanciens. Comme je lui parle de mes démèlées de la journée passée, il prend pour thème la distinction des Figures dites: du Dedans (Darlat') et du Dehors (Rardjat'... que j'entends tout d'abord singulièrement: cul-de-jatte). Il me dit que l'entendement clair se produit dans les intervalles, lorsque la pensée est perçue à distance, pareille à une brume. L'attention glisse alors quelques pas en arrière.
"Les influx et les transformations que subissent les corps relevant de la nature élémentaire, imprimés par la Lune, ne t'informeront jamais de la puissante magie intercalée entre le sensible et l'imaginal. Seule une intuition provenant des demeures supérieures peut te guider par sa présence. La faculté de pressentir les lois et proportions qui gouvernent les enchantements ne t'est communiquée qu'à titre de Rappel. Les anciens Kahènes recevaient des sentences inspirées des "zamzams" (murmures) qui leur conférait le statut de devins, médecins, et poètes . Les temps s'y prêtaient et leur efficience n'était pas mise en doute. Ils se tenaient recueillis, vigilants en amour, et ces prodiges ne les affectaient pas. Je conviens qu'en ton époque tumultueuse où la convoitise et l'avidité ont fait des ravages, les noeuds sont bien serrés, mais plongeant en toi-même comme tu viens de la faire, tu t'aperçois de la différence sensible et intelligible qui émane de la sollicitation. Dès lors que tu l'invoques, cette assistance secrète de l'âme ne te manque pas. Ces choses échappent aux raisonnements syllogistiques qui altèrent par leurs modes la compréhension des
gens qui se penchent sur notre art. Seule la grâce divine permet d'en approcher les merveilles".
Au matin du troisième jour, après le petit-déjeûner, je décide de me rendre à pieds à la fabrique. Je n'attends pas que l'on vienne me chercher. Longeant la route, à la suite de plusieurs freinages crissants, des portières s'entr'ouvrent, m'invitant à monter. J'ai refusé, m'excusant, bredouillant,
passant une fois de plus pour un insensé, et foncé dans les buissons du bas-côté.
Ah ! cette virée dans le petit bois de peupliers gelés, enjambant les blocs de glace et les troncs enneigés, l'écharpe autour du cou, découvrant enfin là une proximité, une complicité à ma clandestinité. Au chronomètre ça ne dure sans doute qu' un quart d'heure, mais ce sera d'une grande efficience. Voilà maintenant le foutu parking, le terminus de la route flêchée où les automobilistes vétus comme des trappeurs s'agitent de façon grotesque, émergeant de leurs véhicules rangés en ligne. Voilà l'escalier de béton, quel monument !... Les standardistes s'aperçoivent immédiatement de l'émotion que mon détour par le petit bois a laissé sur mes traits contraste avec la précipitation affairée qui règne, une fois la porte franchie. N'importe quelle gesticulation pour montrer que l'on s'active, que l'on gagne durement sa croûte; en fin de compte, il y a là une épidémie avancée de stress permanent, qui ne permet plus aucune sorte de relation humaine. On fuit ce qui observe un peu trop posément; c'est une terrible trouille qui manoeuvre la dynamo, une spasmophilie caractéristique dans laquelle se multiplient les erreurs et les vociférations pétaradantes.
Les standardistes, un peu à l'écart des "condamnés" se montrent curieusement aimables, presque hystériques, avec un coursier frimeur enrôlé d'emblée comme paravent au malaise que mon attitude béate semble communiquer. C'est certain, la sympathie est exclue dans ce genre d'endroit. Des représentants à têtes de chiens s'appliquent d'une façon maniaque à remettre en ordre les pans de leurs vestes, prenant des allures de maffiosi. Un peu plus loin, les pachydermes, les éléphants de mer, renaclant à l'exercice de leur besogne, s'en prenant au premier venu, rameurs aux têtes d'outils ornées de défenses, groins, museaux fouineurs, yeux en billes de loto, usinés dans le salariat des "Temps Modernes" de Charlot, animés par les flashes d'information, contrôlés par d'autres brutes aux plaisanteries grasses, beuglant sous les horloges, pompant sang et souffle avec la bénédiction de la superstructure, reculant toujours plus les limites de l'asphyxie et du coma par le biais de nouvelles formules d'amortissement ressuscitant l'ambiguité de la solidarité dans la prostitution. --- (à suivre)

19:25 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0)

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