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21/06/2007

LA VERITABLE ORIGINE DU ROCK'N'ROLL / 1

Le "Jump-Blues" est un corpus de création musicale Afro-Américain à part entière,
né au sein des Big Bands, à mi-chemin entre Swing-Jazz et Rhythm And Blues
(années 30-40), influencé par le Boogie-Woogie des pianistes. Il est marqué par
le développement du saxophone et de la guitare électrique, en solos.
On y découvre des guitaristes pionniers de la guitare électrique naissante, qui transposent
en jeu note-à-note les phrasés des cuivres (saxophones, trompettes...), dans le
style inauguré par Charlie CHRISTIAN.
Ces guitaristes émergent ainsi de derrière les pupitres de l'orchestre (où ils
étaient jusqu'alors voués à un jeu constitué d'accords rythmiques), et
acquièrent ainsi un rôle dominant.
On peut citer parmi les plus représentatifs de ces Big Bands qui s'orientent vers
le Rhythm and Blues, ceux de Duke ELLINGTON, Count BASIE,
Jimmy LUNCEFORD, Cootie WILLIAMS, Lucky MILLINDER, Fletcher HENDERSON,
Ernie FIELDS, Jay Mc SHANN, Les HITE, Alphonso TRENT, Lionel HAMPTON,
Jack Mc VEA,Tiny BRADSHAW, Buddy JOHNSON...
Cependant, le Swing-Jazz autour des années 40 présente cette très singulière
situation : les Blancs avaient récupérés depuis longtemps cette musique aux Noirs
qui en furent les créateurs. En effet, dès 1920, le "Roi du Jazz": un certain
Paul Whiteman, était un Blanc ; de sorte qu'en 1940, AUCUN MUSICIEN NOIR ne
figurait au palmarès des concours organisés par les principales revues de Jazz.
Les orchestres blancs réputés dans le monde entier florissaient, reprenant à
leur compte les inventions musicales et scéniques nées chez les Noirs tandis
que la scène musicale vivante de ceux-ci était ségréguée sous l'étiquette "race"
et largement dédaignée du public Blanc .
Le mot "Jazz" lui-même créé par les Blancs, dans une éthique de dynamisme festif
estudiantin détenait une connotation infâmante que les créateurs noirs méprisaient.
Le Jump-Blues de la fin des années 40 se caractérisa sous les noms d'artistes
tels que Louis JORDAN, Wynonie HARRIS, Amos MILBURN, Big Joe TURNER,
T.Bone WALKER, Pee Wee CRAYTON, Roy BROWN, Roy MILTON, les THREE
BLAZERS des Frères Oscar et Johnny MOORE, les BLUES BLASTERS de Jimmy
McCRACKLIN, le BIG THREE TRIO de Baby Doo CASTON, Gene PHILLIPS
et Lloyd GLENN, Tiny GRIMES et ses ROCKING HIGHLANDERS, Harry
"Fats" CRAFTON, Cecil GANT, Johnny OTIS, le seul Blanc de l'histoire
(mais qui déclara: "si la société nous imposait d'être blanc ou noir, je choisirais
sans hésiter d'être noir !"). Grand admirateur de ces Big Bands, depuis son
adolescence vécue dans le ghetto noir, et musicien lui-même, il est le premier
à dénoncer que Duke Ellington, Count Basie et bien d'autres,
détestaient profondément ce mot : "Jazz" inventé par les Blancs, ségrégationnistes
en majorité, et qui pour outrepasser leur licence,"singeaient" les Noirs.
La société médiatique blanche profitait de la précarité du Noir pour le montrer
sous des aspects ridicules tout en lui volant sa musique. La soi-disante incapacité
du Noir à se conduire "normalement" était prétexte à odieux amusements.
Malgré les lois d'abolition de l'esclavage, on attribuait une certaine "puérilité"
à l'Afro-Américain , vivant dans un univers communautaire souvent proche du
lumpen-prolétariat, en ironisant sur son sort. Admis devant un auditoire blanc,
a musique était censurée et on lui demandait de faire le clown. Reste ainsi en mémoire le
contexte d'abjecte condescendance dans lequel furent présentés au public blanc
des Bluesmen tels que Leadbelly, Big Bill Broonzy, Josh White, ou Lonnie Johnson,
qui perdirent une grande part de leur authenticité pour satisfaire aux critères
et aux convenances institués par la bougeoisie blanche de ces régisseurs amateurs
de "folklore américain" teinté de ballades irlandaises, berceuses de l'antique Albion,
gospels sages, jazz de salon et musique cow-boy typiquement yankee, et qui
se flattèrent de l'exemple de Gershwin s'inscrivant dans le répertoire Classique
de la vieille Europe.
LeRoi JONES, auteur de "Blues People" (1963) montra bien que "la doctrine de
l'intégration progressive dans une société soutenue par des sociologues et
fondée sur l'idée qu'il suffisait de remplir les conditions de mérite exigées par
cette société perd toute sa valeur dès lors que la séparation persiste alors que les
conditions ont été remplies" et que "comprendre qu'on est noir dans une société
où c'est une tare, c'est une chose; mais comprendre que ce n'est pas vous qui
êtes en faute, mais CETTE SOCIETE, et qu'elle est profondément déformée par
cette faute, voilà qui vous sépare encore plus !".
Cette image faussée, tant aux USA qu'à travers le monde entier, du véritable
Patrimoine Musical Noirde la culture américaine allait fort heureusement s'atténuer
lorsque les jeunes amateurs blancs de vrai Hot Jazz, de Rhythm And Blues,
de Blues et enfin du ROCK AND ROLL qui en découle, se firent de plus en
plus nombreux. Ceux-ci adoptèrent cette musique qui coïncidait si bien avec
leur propre révolte contre un monde d'adultes dont les lois répressives,
les préjugés, et la "soupe"musicale les écoeurait.
Le Jump-Blues fut bien le ferment initial de ce qui allait se faire connaître dans
l'univers blanc des années 50 sous le nom de : ROCK AND ROLL.
On peut en effet y retrouver aisément, bien avant l'arrivée d'Elvis Presley et
même de Bill Haley, tous les ingrédients et leitmotivs du ROCK'N'ROLL,
y compris les exhibitions scéniques, chez nombres de musiciens de Jump-Blues.
On cite souvent le fameux "Rocket 88" d'Ike Turner & Jackie Brenston, de 1951
comme étant "le premier rock'n'roll"; c'est bien sûr une gageure monumentale
puisqu'il existe des centaines de rock'n'rolls noirs en tous points comparables
gravés depuis des années par ces musiciens que la "bonne société Blanche" se refuse à
entendre. "Musique de nègres !".
Sur le plan social, il est important de noter qu'à la fin des années 40, la situation
des Noirs ne s' était pas améliorée au point de rivaliser avec celle des Blancs.
Des familles entières s' entassaient encore dans de minuscules appartements
de dernière catégorie, dans des hôtels meublés ou des ghettos boueux.
Le travail dans les manufactures, les usines et les docks était éreintant
et les musiciens, ouvriers dans la journée et artistes le soir demeuraient sous-payés
alors que, comme nous l'avons signalé, certains Blancs avaient fait
fortune dans le Jazz.

17:20 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0)

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