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24/06/2007

de la nature de la pensée - 4

"de la nature de la pensée" - 4 -

A l'arrière-plan, en dehors de tout ça, émerge parfois du silence la sensation merveilleuse d'une harmonie complètement soustraite à cette gabegie, une mélodie, un parfum, un chant, une vastitude illimitée, la sensation d'une beauté infuse. Toile de fond inviolée, disponible à tout moment, lorsque la pensée n'est plus sollicitée.
"Manquement ? Assoupissement ? Rêverie ?"... C'est qu'elle tient son monde au garde-à-vous, la pensée, dans les cercueils de modalités d'existence. Quant on a flanqué le boîtier aux ordures, on sait que toute qualification est enfermée et soumise à la conviction photographique, à cette résistance purulente. La pensée pompe son carburant dans l'existence personnelle qu'elle flatte ou dénigre mais entretient; elle a besoin de ce fantôme, de ce factotum délirant, lui donnant l'impression qu'il est nécessaire, qu'il a quelque chose à faire valoir. Rien n'est plus odieux dans le mensonge, car avant qu'elle intervienne, il y a déjà eu perception. La qualité originelle de chaque situation est détériorée par la pensée, l'ombre d'un témoin, d'une autorité qui juge.
A quoi ressemble ce penseur de Rodin, le menton posé sur son poing ?
qu'est-il en train de fomenter ? va-t'il enfin se lever ?... Non, il est figé en statue. Il se morfond. Rien ne le distingue d'un vieux gorille encagé, comme une effigie de l' Emmerdement. On sait qu'il pense parce que c'est un hominien mais à quoi peut donc penser le gorille encagé, loin de son milieu naturel ? pas si compliqué que cela à deviner. Quelle valeur l'artiste qui l'a sculpté accordait-il à la pensée, au point d'en ériger pareille statue ? .
Voyez comme l'attitude de ce "penseur" est aux antipodes de la méditation orientale qui ne se complait guère dans ce genre de crispation.
La pensée est un ajournement, une dispersion d'énergie qui nous projette dans les méandres, les motifs. Elle nous fait passer notre vie "sous l'Occupation", dans une obstination, un rétrécissement pathologique ne conduisant qu 'à des culs-de-sacs. Elle emplit le carafon de liquides frelatés. Le penseur de Rodin a le vin mauvais. Il rumine. L'eau-de-vie ruisselle partout sauf dans cette contradiction massive, préhistorique, à l'arrêt, fixée dans la pierre. Le dessus de la main sert de reposoir à cette tête, lourde d'images, de perspectives, d'arithmlétiques, transformée en marmite, devenue unique centre de cogitation.
Nous ne sommes pas tenus de penser. La psychologie tient cette activité pour "naturelle", c'est son point de vue !. Le non-pensé précède l'insémination artificielle de la pensée qui ne fait que transposer sur un plan d'objectivation latente les ingrédients non-définis. Ceux-ci "colorés" (selon l'expression de Patanjali) se prêtent à une géométrie qui ne présente qu'un simulacre d'intelligence seconde, basé sur la reproduction, la comparaison, la dissection. Ces évaluations gymniques, compétitives, ne servent qu'à diviser les êtres, à les priver de leurs facultés premières d'êtreté, dans la présence. Lorsque les apparitions sont uniquement constituées de "matière à penser", l'existence prend l'allure d'un devoir de disssertation qui peut s'étendre dans la délectation égocentrique. ralentie par ces processus, la présence d'esprit s'égare dans les poncifs, incessants commentaires débitant les leçons apprises au lieu de vivre avec l'essence, la nuance inédite, la contradiction immanente de toute formulation basée sur le connu, d'où étiolement du sensible, privation de la nature réelle du vivant.
La médiatisation des informations projette un catalogue artificiel, une configuration alimentaire, cherchant à capter l'esprit dans un ordinaire normalisé, fiction de permanence qui découle de la pensée. Cette "continuité" dans le vécu n'existe que par suggestion.
Quand on est nulle part, qu'on ne fait rien, qu'on est là simplement, et qu'on ne pense pas, la présence fait monter en elle cette disponibilité d'écoute, de communication, ce sentiment naturel de communion. On n'a pas besoin de penser l'instant présent; il n'y a qu'à l'accueillir. Les pensées qui fusent, on les perçoit tout de suite comme des guirlandes ou des "pansements" comme disait Cocteau. On peut comprendre énormément de choses en silence. Lorsque la pensée est mise de côté, l'être est ouverture, découverte, et vit une révélation.

19:25 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0)

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