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09/10/2008

LE JEUNE CANADIEN

LE JEUNE CANADIEN L'entretien qui suit s'est déroulé entre Maharaj et un garçon canadien d'une vingtaine d'années. Vous êtes tellement jeune! Depuis quand vous intéressez-vous à la quête spirituelle ? - Aussi loin que je puisse me souvenir, je retrouve en moi un profond intérêt pour l'Amour et Dieu. J'ai toujours été intimement convaincu de leur indissociabilité. quand je suis assis en méditation, j'ai souvent... - Attendez! Qu'entendez-vous au juste par méditation ? - A vrai dire, je ne sais pas. Je m'assieds jambes croisées, ferme les yeux et reste absolument immobile. Mon corps se détend, se dissous pour ainsi dire, tandis que mon mental, ou être, ou quoi que cela soit, se confond avec l'espace et que le processus de la pensée s'arrête peu à peu. - Très bien. Continuez, je vous prie. - Très souvent, durant la méditation, un puissant sentiment d'amour extatique se lève dans mon coeur, m'emplissant de bien-être. Je ne sais pas ce que c'est. C'est au cours de tels instants merveilleux que l'idée m'est venue de faire le voyage en Inde. - Combien de temps resterez-vous à Bombay ? - Je ne sais pas vraiment. Je fais rarement des projets. L'argent que j'ai suffit pour deux semaines de vie frugale, et j'ai mon billet de retour. - Maintenant, dites-moi : que voulez-vous savoir très exactement ? Avez-vous des questions particulières à me poser ? - En arrivant à Bombay, j'étais dans un grand trouble. Au bord de perdre la tête. Je ne sais vraiment pas ce qui m'a incité à entrer dans une librairie, car il m'arrive rarement de lire. Quand je pris en main le premier tome de "Je Suis", le sentiment que j'ai dans mes méditations s'est levé en moi. Au fur et à mesure que j'avançais dans ma lecture, mon être intérieur était comme soulagé d'un poids ; et maintenant que je suis devant vous, j'ai l'impression de parler à moi-même. Et les paroles que je prononce me paraissent blasphématoires. Jusqu'ici je croyais que l'amour est Dieu. Mais maintenant je m'aperçois que l'amour ne peut être qu'un concept. Or, si l'amour est un concept, Dieu est lui aussi un concept. - Qu'y a-t-il de mal à cela ? - (Riant) Ah! si vous le prenez ainsi, je n'éprouve pas de sentiment de culpabilité à transformer Dieu en concept. - Vous avez dit que l'amour est Dieu. Qu'entendez-vous par le mot "amour" ? Ce mot évoque-t-il pour vous l'opposé de la haine ? Ou bien autre chose, encore qu'aucun mot ne puisse décrire "Dieu". - Non, par le mot "amour" je n'entends sûrement pas l'opposé de la haine. Mais plutôt l'amour qui s'abstient de discriminer "moi" et "l'autre". - Autrement dit, l'unité de l'être ? - C'est cela. Par conséquent, qu'est-ce que "Dieu" que je suis censé invoquer dans la prière ? - Nous parlerons de la prière plus tard. Pour l'instant, dites-moi ce qu'est exactement ce "Dieu" dont vous parlez. N'est-il pas la conscience même, notre sens d' "être", qui vous permet de vous poser des questions ? "Je suis" en soi est Dieu. En cherchant, vous découvrez que "vous" êtes indépendant du complexe corps/mental. Si vous n'étiez pas conscient, le monde existerait-il pour vous ? Pourriez-vous concevoir l'idée de Dieu ? La conscience en vous et la conscience en moi sont-elles différentes ? Ne sont-elles pas uniquement séparées par des concepts, recherchant l'unité non conçue ? Et cette unité, n'est-ce pas l'amour ? - Je comprends maintenant ce que signifient ces mots : "Dieu est plus proche de moi que je ne le suis de moi-même." - Rappelez-vous également ceci : On ne peut pas prouver la Réalité, on ne peut que l'être. En fait, vous êtes la Réalité, et vous l'avez toujours été. La conscience disparaît à la mort du corps (elle est donc liée au temps), et avec elle disparaît la dualité, le fondement de la conscience et de la manifestation. - Qu'est-ce, par conséquent, que la prière ? Et à quoi sert elle ? - La prière, en son sens courant, n'est que mendicité. En réalité, la prière signifie communion, unir, yoga. - Tout est si clair maintenant ! Comme si un tas de choses inutiles se trouvaient subitement jetées hors de mon organisme, qu'elles étaient soudain mortes en moi. - Voulez-vous dire que tout semble s'être éclairci ? - Non, pas semble ! Cela est clair, tellement clair que je m'étonne que les choses n'aient pas toujours été ainsi. Diverses assertions de la Bible, qui me paraissaient importantes mais vagues, sont devenues pour moi claires comme de l'eau de roche - des assertions comme : "Avant qu'Abraham fût, je suis" ; " Mon père et moi sommes un" ; "je suis celui qui suis". - Bon, Maintenant que vous avez tout compris, quelle sorte de sadhana allez-vous faire pour vous libérer de vos "liens" ? - Ah, Maharaj ! Vous ne pouvez que vous moquer de moi ! ou alors vous me testez. Maintenant j'ai compris, je sais vraiment que je suis cela - je suis ce que j'ai toujours été et que je serais à jamais. Aussi, reste-t-il quelque chose à faire ? Ou à défaire ? Par qui ? Et dans quel but ? - Parfait. Soyez, sans plus. - Je serai, vous pouvez en être assuré. Après avoir prononcé ces paroles, le jeune homme canadien se prosterna devant Maharaj, les yeux brillants de larmes de gratitude et de joie. Maharaj lui demanda s'il reviendrait, mais le jeune homme lui fit cette réponse : "Franchement, je ne sais pas." Il se leva et quitta la pièce. Maharaj avait les yeux fermés, un sourire très doux aux lèvres. Quelques minutes s'étant écoulées, il murmura : "Un être rare." Le jeune canadien ne revint jamais plus. Extrait de la Revue "ETRE", 1983, n°3 - Traduit de l'anglais par Béatrice Jehl.

20:00 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (10)

Commentaires

Bonjour Phil,

J'ai lu cet autre dialogue (que tu m'avais offert en avant-première hier soir, dans un commentaire à la note précédente. Je vois que tu es quand même arrivé à en faire un post, malgré... ton navigateur périmé).

Il est magnifique, ce dialogue. Oui, ce jeune canadien est un "être rare". Il doit avoir plus de 40 ans aujourd'hui ; je me demande ce qu'il est devenu. A n'en pas douter, "un grand monsieur". Evidemment, inutile de parler de Maharaj... Même si je ne connais rien de lui, il suffit de lire ceci pour savoir que c'était un grand sage, une belle âme.

J'ai du mal à comprendre ceci : "On ne peut pas prouver la Réalité, on ne peut que l'être. En fait, vous êtes la Réalité, et vous l'avez toujours été." Qu'on soit la réalité, d'accord, mais pourquoi ne peut-on pas la prouver ? Notre présence, nos actes, nos dires, n'en sont-ils pas des preuves ?

Bises !

Ginou

Écrit par : Ginou | 10/10/2008

Au sens strict où la raison établit une preuve, non, tout ce que tu énumères là n'est pas suffisant. C'est là toute l'ambiguité du rationnalisme. L'éveil peut toujours être mis en doute. Si Jésus avait pu prouver sa véritable identité, il n'aurait certainement pas été crucifié. Idem pour Halladj, chez les musulmans, qui l'auraient reconnu comme eux-mêmes dans leur vraie nature au lieu de le considérer comme un blasphémmateur. Nisargadatta Maharaj dont je te conseille vivement le gros pavé "Je Suis" (tiré de ses entretiens) qui a marqué l'Occident durant ces dernières décennies, déclairait: "vous pouvez me torturer, je ne démentirais pas ce que vous dis". La vérité de l' "Illumination" est étrangère aux esprits obtus, qui ont cadenassé l'ouverture du coeur en eux-mêmes, et qui ont cédé à la tentation des pouvoirs; ils ne trouvent plus cette résonance qualitative qu'il ont banni de leur univers perceptif limité, assermentés aux dogmes qui servent leurs intérêts. Les sages-voyants de l'Inde n'ignorent pas que le monde est sous la domination des puissances malignes, nées de ces ténèbres. Même ceux dont les médias n'ont jamais reflété l'existence, les "héros", les "hommes véritables" selon les Tseus (Tchouang Tseu, Lao Tseu, Lie Tseu), les maîtres du T'chan. et chez nous, quiconque a entendu pareillement le message de Jésus. De la même façon que Dan s'esr rendu en Chine à la recherche de l'esprit du Tao,
je me suis rendu au Maroc, ayant à l'esprit les écrits d'Ibn Arabi, et des Soufis, comme Serge Sautreau est allé en Iran. Chacun dans son périple a fait des rencontres éclairantes. Il y a une unicité qui déborde
les religions, dans la perspective non-duelle. Comment voudrais-tu "prouver" tout ça à l'homme de la rue ?. Il faut demeurer simple, simple d'esprit, et comme tu disais au début de notre dialogue, "se mettre à la portée". Il n'y a rien à "prouver". Cela ne peut se faire qu'en chacun, dans sa propre expérience, qui doit éclore, se révéler à chacun, comme dans l'exemple de la rencontre de Nisargadatta et du jeune canadien (qui aurait pu parfaitement lui succéder en tant que jnani, sat-guru). C'est uniquement la révélation de notre vraie nature, rien d'autre. C'est une éclosion, le sens de la vie qui est révélation, et qui lorsque que celle-ci sera actualisée collectivement peut révolutionner entièrement le destin du monde.

Écrit par : phil | 10/10/2008

Bonjour Phil,
C’est vrai, ma question d’hier était idiote quand j’y réfléchis, et après avoir lu ta réponse. Comment prouver ce qui est invisible à l’œil ? Surtout lorsque l’on doit donner des preuves à ce que tu appelles des « esprits obtus ». Ces mêmes esprits qui peuvent aussi refuser volontairement de voir ce qui est bien visible, tangible, dans le seul but d’assouvir leur envie de pouvoir, leurs pulsions violentes, et ce sont les plus faibles, les plus pacifistes qui sont leurs cibles privilégiées.
Halladj et Ibn Arabi, tu en parles souvent, aussi je suis allée prendre quelques renseignements sur le net. Je n’ai pas lu grand-chose sur eux, mais le peu que je connais, maintenant, de la vie d’Halladj est assez étonnant. Il se sentait « possédé » par Dieu et semblait en souffrir terriblement puisqu’il est allé jusqu’à demander qu’on le tue. On l’a tué, c’est vrai, mais de quelle façon ?!! Quelle barbarie !
Ibn Arabi n’a pas subi le même sort, pourtant il semble que ses écrits étaient assez révolutionnaires dans le monde musulman. Mais le soufisme me paraît assez rigoriste par certains côtés : interdire des choses agréables, comme la consommation de vin, de haschich par exemple (je ne fume pas et ne bois pas non plus, mais je comprends que d’autres puissent y trouver du plaisir), cela me paraît un peu rigide. On peut avoir une vie spirituelle intense et aimer la bonne chère, non ?
Je comprends que, autant Halladj que Jésus, tout comme l’aurait fait Nisargadatta Maharaj ou d’autres sans doute, aucun n’ait voulu renier ses propos, ses affirmations. Je présume qu’on se sait tellement dans le vrai, et qu’on voit tant la fausse route que prennent les autres, qu’il est impossible, quoi que l’on nous fasse subir, de ne pas continuer à proclamer haut et fort ce que l’on sait, même quand on ne peut pas apporter de preuves, quand on n’est cru de personne (ou très peu).
En écoutant l’émission de Steve Jourdain, j’ai été étonnée par une chose. Il disait être obligé de parcourir des années lumières chaque fois qu’il devait téléphoner à l’un de ses clients, à l’époque où il travaillait dans l’immobilier. Et qu’il devait donc le faire plusieurs fois par jour, ce qui était épuisant (je le comprends !). C’est triste de devoir redescendre aussi bas quand on a la chance d’avoir pu atteindre des sommets. C’est un peu ce que tu disais une fois. Il serait mieux que « le commun des mortels » cherche à grimper. Encore faut-il qu’il sache, non seulement que les cimes sont accessibles à tous, mais aussi qu’il y a un trésor à y trouver. Et pour le savoir, ne faut-il pas vouloir ouvrir son cœur d’abord ? C’est de ce trésor dont tu parles dans ta dernière phrase. Même si tu l’as déjà dit, et si je le sais, c’est toujours émouvant de savoir qu’il y a un véritable espoir pour l’humanité. Mais désolant de constater qu’il est à portée de main et qu’on ne le voit pas.
Bises !
Ginou

Écrit par : Ginou | 11/10/2008

C' est grâce à Henry Corbin (1903-1978) que l'on a pu prendre connaissance des oeuvres d'Ibn Arabi. Il a a transmis à l'Occident une somme exceptionnelle de documents commentés sur le Soufisme. On lui doit le terme d' "imaginal". l’Imagination dans l'approche d'Henry Corbin n’est soumise ni à la dictature de la Raison, ni au devenir messianique; elle est organe d’ appréhension du "monde imaginal", créatrice de ce monde participant de l’ Imagination transcendante divine : elle est "Imagination Imaginée". Cette illumination qui procède de l' "Orient
de nous-même" (la "Terre Occidentale", en terme de géographie spirituelle étant le "lieu de l'exil") n'a donc rien à voir avec les «Lumières » européennes mais doit s'entendre par - et concerne - l' illumination de l’âme humaine.
La méthode adoptée par Corbin ressemble à la méditation sur l’image de son "Shaykh", telle que l’accomplit le soufi, et s'apparente en cela à celle du "Guru-en-soi", ou encore à l'"audition ou illumination par l’Ange" telle qu'on la découvre dans la mystique islamique. Selon l'auteur, le mystère auquel aboutit toute approche spirituelle est le face-à-face avec le divin particularisé dans une forme tout à fait unique "puisqu’il n’est autre que le Soi transcendant du mystique lui-même : l’Image la plus profonde de son âme". Il nous incite à nous éveiller à cet état de choses : la possibilité symbolique dans le monde matériel. L'imagination créatrice est considérée comme l’organe de l’âme contemplative. C'est par elle que les choses et les situations, le soi et son monde se révèlent dans leur symbolicité et laissent transpirer la vision d'une dimension transcendantale. La relation entre l’Absolu et le monde phénoménal est appréhendée en tant que "coincidentia oppositorum" de l’Unité et de la Multiplicité ; nous y retrouvons notre Conjunctio de la géomancie.
Henry Corbin qui enseignait que le discours conceptuel n’est apte ni à dévoiler l’âme à elle-même, ni à révéler les sens cachés du monde phénoménal des existants, nous a laissé une approche véritablement alchimique de ce qui relie l'Orient et l'Occident dans l'approche intérieure de l'Unicité.
"Tu n'es pas un seul toi, ô mon ami, dit Mevlânâ Rûmî dans le "Mathnawî", en vérité, tu es le ciel et la mer profonde. Ce Toi puissant est mille fois plus grand que l'océan où se noient une centaine de toi."
Henry Corbin est l'auteur de " L'imagination créatrice dans le soufisme d'Ibn Arabi", qui était mon "livre de chevet" lors de ce périple en Andalousie, lorsque je terminais mon livre sur la Géomancie.
Le japonais Toshihiko Izutsu se prête aussi à une "métaphilosophie" qui compare le Taoïsme, le Vedânta et le Zen dans son ouvrage "Unicité de l'Existence et Création Perpétuelle en Mystique Islamique" . Ces livres sont inépuisables. J'ai souvent évoqué Ibn Arabi lors de mes rencontres au Maroc. Il y a eu des rencontres assez extraordinaires mais aussi des portes fermées sous le prétexte de ma non-appartenance à la "confrérie religieuse",
notamment lorsque je m'intéressais à une séance publique de géomancie qui n'était censée concerner exclusivement que les musulmans.
Quant à la question de l'ascèse ou de la rigueur, elle n'est pas compréhensible du point de vue "extérieur" de l'opinion, où elle peut être jugée selon une vision dualiste opposant libéralisme et dogmatisme. Les disciplines, je n'y crois pas; je n'y ai jamais cru. On sait très bien ce qui est bon et sain pour nourrir son organisme de sorte à demeurer vigilant. La dernière fois que je suis allé rendre visite à Dan, j'étais au régime, à cause d'un surcroît de triglycérides dans le sang - c'est héréditaire - hé bien ça le faisait rire et il me proposa un repas pas tout-à-fait conforme au régime que j'étais censé observer, en s'empiffrant devant moi de beurre, de mayonnaise et de crème et en jubilant que le chemin des excès menait comme l'a dit William Blake, à la sagesse. Finalement j'ai fait une petite entorse à mon régime, sans en tomber malade, et je mets cela sur le compte de l'amitié, qui permet de telles exceptions d'ordre psychosomatique. Il ne faut pas rester dans le langage ; on peut y stagner, s'y égarer en se fixant insensiblement dans la dualité. Il arrive un moment où il faut laisser la pensée s'éteindre d'elle-même. J'écrivais ce matin qu'avant et au lieu de s'occuper des autres, de ce qu'ils vivent et de ce qu'ils pensent, n'est-il pas plus urgent d'être là, totalement, et de voir ? . La présence vraie c'est la communion silencieuse avec ce qui est, en observant également ce qui se passe en soi-même, en surprenant les images réfléxives, les tensions. lorsque l'on évoque ce mot : contemplation, il ne s'agit pas d'un état figé, sans vie, qui ressemblerait à de l'hypnose, comme le mental peut-être a pris l'habitude de considérer l'acte contemplatif qui le dépasse, lui qui est toujours mouvant. Ce qu'il imagine, c'est son contraire, en caricaturé, et finalement on ne sort pas du même cercle vicieux. He bien, être là et voir, tous nos comportements laissent à penser que cela est très loin d'être dans nos habitudes. L'information ne peut émerger que lorsque le mental se tait. La plupart du temps, ce qu'elle nous révèle en premier, c'est ce que nous sommes pas, c'est cette dérivation que nous ne voyons pas, à cause d'une espèce d'habitude projective, une mécanique réflexive. Nous ne voyons pas cette machine, ce mobilier, car il est installé comme un ameublement, sauter systématiquement sur la moindre perception et usurper le regard, qui est vierge à l'état premier de la pure perception. En nous apercevant de ces mouvements, c'est à dire en ne se prêtant plus à leur automatisme usurpateur et captateur, la vision s'affine, et l'on est de moins en moins pris dans le processus - qui est réducteur, obscurcissant - et faussement identificateur. Nous discernons les pièges, les ruses et les distractions. Je ne sais pas si tout ce que je raconte ici est d'un grand intérêt. Je n'ai même pas trouvé le temps de répondre à ton précédent commentaire (du 29.09). Parfois j'envie Gérard-Abelfaygore qui fait à l'économie.
Bises,
Phil

Écrit par : phil | 12/10/2008

Bonjour Phil,

Tu parles d’une séance de géomancie dont l’accès t’a été refusé parce qu’elle était sensée être réservée aux musulmans. Comme cela aurait pu se passer partout, c’était un signe évident d’intolérance et de rejet de qui est différent. L’autre jour, en repensant aux greffes et au phénomène de rejet : lorsque l’organe greffé est attaqué et détruit par les défenses immunitaires qui réagissent contre toute intrusion dans l’organisme, je me suis demandé si l’exclusion ne serait pas un phénomène « naturel » de tout être vivant.
Si les réactions de l’esprit sont innées (je ne suis pas sûre que le terme soit bon), ou conditionnées par les réactions internes du corps, que ce soit pour les humains ou pour le reste du monde animal, l’espoir est faible qu’un jour les hommes s’entendent. Il suffit de constater ce qui se passe depuis toujours : déjà le besoin de se regrouper en tribus et les guerres contre les autres groupes, puis les frontières et toutes les séparations plus ou moins artificielles que l’homme crée (l’argent, le milieu social, culturel, professionnel, la langue, etc…)
En lisant ton article sur Ferré Grignard -dans lequel tu dis qu’il ne supportait pas les percepteurs-, mais aussi d’autres propos, par exemple le poème de Serge Sautreau que tu as placé chez Gérard l’autre soir, et qui critique vivement les économistes, journalistes, politiques… je réalise que même en se disant larges d’esprit, tolérants, ouverts aux autres, nous séparons, nous créons des catégories. Critiquer un système oui, considérer les hommes qui le mettent en place comme ne pouvant pas faire partie de « notre monde » de « bien agissants » ou « bien pensants », me gêne car il y a une contradiction entre dire -et avoir conscience- que nous sommes tous unis, reliés, et cette forme de rejet. Comment dénoncer le rejet de l’autre quand on le pratique aussi, même si c’est dans une optique différente ? Et comment mettre toutes les personnes exerçant la même profession dans le même panier ? Cela aussi me dérange. D’où mon questionnement sur la nature du monde vivant qui, peut-être, exclurait « naturellement » ce qui lui est, ou lui paraît, étranger.

Ce que tu dis concernant la rigueur qui me dérange dans le soufisme, et sur la discipline, me paraît correspondre tout à fait à ma façon de penser. En effet, à quoi sert d’imposer une manière de vivre ? Chacun est capable de savoir ce qui lui convient, à tous les niveaux. Quand je lis l’anecdote sur ta visite à Dan, je pense que lui et William Blake sont de grands sages ! Quelle vie triste quand on se prive de tout ! Les sages chinois n’étaient-ils pas de bons vivants eux aussi (peut-être pas tous…) ?

La contemplation, en effet, nous avons tendance à penser que c’est du temps perdu puisque c’est inutile en apparence, il n’y a pas d’action. Comme je l’ai déjà dit au début de nos entretiens, l’inutile n’est-ce pas justement ce qui a le plus de valeur et d’utilité ? Quand tu écris, au sujet de la contemplation : « ce qu’il (le mental) imagine, c’est son contraire, en caricaturé », c’est la preuve que nous avons trop souvent une façon binaire de penser, oubliant les nuances. Et on en revient à ce que je disais plus haut : on catégorise, on sépare : le bien d’un côté, le mal de l’autre, l’action et l’inaction, le blanc, le noir… Mais peut-être est-ce plus une vision occidentale. La pensée orientale, que je ne connais que très peu, me paraît plus nuancée, plus fine.

J’aurais besoin de quelques précisions, mais ne t’embête pas à répondre à tout ça, pas plus qu’au reste de mon commentaire si le temps te manque. Ça peut attendre, ce n’est pas important.

- « L’orient de nous-même », c’est notre vraie nature ?

- Qu’entend-on par « imaginal » ou « monde imaginal », et « imagination imaginée » ou « imagination transcendante divine » ? Veut-on dire que « le monde imaginal » désigne le monde créé par Dieu ? De quel Dieu parle-t-on ? Pour moi, Dieu/Être Suprême, Être supérieur qui a créé le monde à son image, n’existe pas. Du moins tel qu’il est représenté dans toutes les religions. La déité n’est-elle pas en chacun de nous, sans qu’elle vienne d’une entité qui nous serait supérieure ? Mais il est possible que l’ont puisse penser que l’union, l’unité essentielle des êtres forme cette entité que l’on pourrait appeler Dieu. Cette appellation me gêne, elle rappelle trop les religions et les guerres qu’elles ont produites depuis des siècles, l’obscurantisme aussi, qui maintiennent les humains dans l’ignorance et la peur (qu’on retrouve aussi en politique ! je dirais même que c’est principalement sur ça que se basent les politiques pour gouverner).

- Quand tu parles de « lieu de l’exil », c’est tout ce qui empêche notre vraie nature de se révéler à nous-mêmes ?

- L’ « âme » est-elle synonyme de vraie nature ?

- Le « Guru-en-soi », peut-on aussi l’appeler « instinct » ? Dans le fond, ce qui nous guide le mieux, n’est-ce pas notre instinct, avant que la réflexion entre en jeu ?

Bises !

Ginou

PS : hier soir encore une « expérience » nouvelle. Je me posais cette question : « où est mon âme ? » qui en a entraîné une autre : si nous ne sommes pas nés, si notre âme est là de toujours et si elle sera là encore après la mort du corps, pour toujours, où a-t-elle pris sa source ? En tout cas, une grande émotion, débordante d’amour et de tendresse, s’est emparée de moi en pensant à tous les humains qui sont mes contemporains. Je me suis sentie si proche d’eux ! comme s’ils faisaient partie de moi, un peu comme s’ils étaient mes enfants, comme si chacun méritait de ma part une très grande attention, et une affection sans limite. J’en ai pleuré…

Écrit par : Ginou | 14/10/2008

Bonjour Ginou,

Ton commentaire est encore très touffu, et bourré de questions. Ce n'est pas un reproche, mais cela donne l'impression, surtout à la fin, que ce qu'il exprime c'est une certaine confusion, l'emballement du mental, et surtout une émotivité excessive. Tu mêles aussi mes réponses sur le blog de Gérard et mon article sur Ferré Grignard!...S'il y a des lecteurs de notre dialogue, ils risquent de perdre le fil de notre discussion, qui déjà leur paraît (mes propos) "incompréhensible".
Nous n'avons pas à nous dire "larges d'esprit, tolérants", etc... C'est l'exemple même de la représentation mentale qu'il vaut mieux éviter, ce bavardage mental qui ne peut pas s'empêcher de définir, de qualifier...Il n'y a pas de "notre monde" et de "bien" ou de mauvais "pensants". Lorsque s'aperçoit un "rejet" comme tu dis, un rejet catégorique, he bien on ne peut faire autrement que de vivre avec, sans le cautionner bien sûr. Quant aux poèmes ils sont des expressions. Toutes les expressions se manifestent dans un "être accueil" englobant, sans contour, sans jugement. Ecoutées, elles finissent par se calmer, s'affiner, s'humaniser. L'écoute, c'est la seule voie possible. L' "étranger" ça n'existe pas, c'est un concept, une fabrication mentale. Tous les concepts sont problématiques car ils amènent la fragmentation dans la vision des choses. "Bon vivant" en est un, car il n'existe qu'en comparaison avec "mal vivant", et même sans comparer, il va y avoir une multitude d'acceptations différentes de ce que l'on entend par là. Des oeillères!. Qui pense que "la contemplation, c'est du temps perdu" ? que se représente-t'il par ce mot: "contemplation" ? De quoi parle-t'il ?...
Il n'y a rien à comparer car nous avons tous l'unicité en nous-même, lorsqu'on ne se perd pas dans les concepts, dans les images, dans les distinctions entre "occidentalité" ou "orientalité". L' Orient, c'est le point cardinal où, sur terre, on voit le Soleil "se lever", apparaître, et l'Occident, là où on le voit "se coucher", disparaître, mais en fait, c'est relatif à un observateur situé à tel endroit du globe. Un autre, aux antipodes, va le voir "se lever". Et le Soleil reste immobile dans l'histoire!... Bien sûr on se sert du Lever et du Coucher comme symbole. Les images en tant que telles n'ont aucune existence; c'est ce qu'elles éveillent en nous qui importe, cette présence-conscience qui prend conscience d'elle-même, en tant que miroir.
Tout est imaginaire, imaginé. La confusion réside dans l'identification avec les reflets, qui crée une division au sein même de ce qui voit, une ex-istence. A l'état "naturel" (oui je mets en parenthèses parce que comme nous allons le voir plus loin, cet état naturel n'a rien de naturel au sens où on l'entend d'ordinaire) il n’y a aucun “moi-je” en train de regarder. L'imaginal, c'est toute la richesse de ce qui est donné à regarder sans distinction d'intérieur et d'extérieur; tout est déjà "en place" pour permettre de reconnaître une évidence qui ne peut se penser. Les concepts de transcendance et d'immanence qui ont générés des conflits peuvent être laissés de côté. L'âme c'est notre essence spirituelle. Tout ce que nous faisons procède d'elle. Elle nous guide, en amont "de tous les remuements et piaillements de notre vie mentale" dit Steve, qu'il faut encore citer, tellement il précise bien les choses : "Mais tout se passe comme si ce "un" pur de mon âme provenait de la fusion en force de deux principes : Dieu et la créature (si l'on préfère, le Soi et le moi). Cela nous passe par-dessus l'âme, mais à chaque instant, dans l'instantanéité de l'instant, nous agissons par notre âme, nous agissons à partir d'elle; nous oeuvrons en prenant appui directement sur notre âme. nous ne cessons d'oeuvrer spirituellement !.
Notre oeuvre spirituelle est double. Agissant par mon âme, je puis prendre appui sur la part divine de mon âme, soit sur la part créaturielle (personnelle) de mon âme. Agissant en tant que Dieu, je CREE. Oui tout se passe alors comme si le pouvoir créateur qu'on prête à Dieu entrait en fonction... Et ce qui s'épanche, dans ce cas, de mon moi, de ce moi ultimement profond qui est plus moi-même que moi-même, doit être impérativement tenu pour réel - tout doute issu de ma raison, méprisé et balayé. Je suis face à la Création, la vraie Création, et cette chose-là ne relève simplement pas de la juridiction de l'humaine raison.
Agissant en tant que Dieu, je fais le Réel. Comment peut-il se faire que nous ne nous étonnions jamais que nous portons en nous un mystère, un miracle, celui de la conscience s'appréhendant elle-même ? Comment se fait-il que tout le monde s'en fout ? et que même quand ce miraculeux "je me sais" est pris en compte, on prend la chose comme allant de soi, coulant de source, en se disant : "c'est normal", "c'est naturel". Mais NON !, cela n'a rien de naturel !!!!. C'est à jamais inexplicable, injustifiable. Ce mystère profond transperce toutes nos bases; ce n'est pas une légende, c'est MOI, c'est mon essence spirituelle à moi. Qu'on l'appelle 'dedans" ou "ultime amour de soi" ou simplement "l'Ultime", c'est ce que je suis. JE SUIS. JE SUIS est par essence un, un et indivisible". Le risque, puis la défaillance, c'est la confusion des deux oeuvres spirituelles. Agissant comme créature, je vais me mettre (simple faute d'attention, accident ? faute morale majeure, orgueil ?) à agir comme si j'étais Dieu. Se prendre pour Dieu le Père, ça va beaucoup plus loin qu'on ne le croit.
Falsifiant cet ineffable "rien", cet ineffable zéphir qu'est l'oeuvre créaturielle, nous allons prétendre constituer cette dernière en une deuxième Création, mensongère, comparable à une bulle sub-jective distendue. Pratiquement de la naissance au trépas, nous vivons ENTIEREMENT DANS UNE BULLE : dans une proportion qu'il me paraît charitable de ne pas préciser, toutes nos perceptions, tant externes qu'internes, sont fausses. Nous sommes enfermés dans le leurre comme dans un sac, et ne commerçons jamais qu'avec la toile du sac. Dieu soit loué, cette allégation fait partie de la toile du sac !.
- L'issue, c'est le trou dans le sac ?
Eh oui ! ".
Ne parlons donc pas d'"entité supérieure" puisque tout ce que nous pouvons imaginer en lieu et place de nous savoir "rien" et créateur d'irréel, n'est que du tapissage intérieur d'une bulle.
Non, le Guru-en-soi n'a rien à voir avec l'instinct qui est lié à la mémoire. Les comportements instinctifs sont dépourvus de conscience; l'obscurantisme, c'est précisément de les vénérer parce qu'ils flattent notre complaisance dans l'aveuglement, le "consensus". "Libérer les instincts", "se défouler", c'est de la psychologie de bas-étage!...Ça ne mène nulle part; d'ailleurs l'état actuel de la folie dans le monde, de la multiplication des actes de violence le prouve. Entre voir avec le coeur et "se défouler" il y a une approche de la matière sans commune mesure. Mais lorsqu'il ne reste rien de la "culture" que cette exploitation systématique du défoulement, tout relève de la crise.
Ne cherche pas "ou est ton âme" ? Elle ne te quinte jamais quels que soient les lieux, elle traverse le temps et l'espace. Elle veille et elle te demande de veiller. Elle est en toi, immatérielle, inséparable de toi. Laisse là te guider intérieurement, sans mots, directement. C'est le mental qui pense à la mort, qui divague dans le temps. Elle est dans la Vie; elle ne se soucie que de te voir vivre en intégrité avec toi-même, et non selon les sujets de conversations du mental qui t'égarent du moment présent, là, vivant. Elle a le mérite d'avoir cette ascendance sur le mental qui ne lui fait pas illusion, quelles que soient ses ruses. Notre âme, c'est notre plus grande amie. Elle est ce qui "se sait" en nous, ce qui a "de l'âme", très sensible à la musique des choses et surtout : en étroite relation avec la découverte de notre Vraie Nature, dépassant toute explication.
Je t'embrasse,
Phil.

Écrit par : Phil | 14/10/2008

Bonjour Phil,

Tout d’abord, merci d’avoir répondu à toutes mes questions.

Cette confusion dont tu parles, c’est un gros souci quotidien pour moi. Je la combats depuis quelques années, parfois à chaque instant de la journée. Est-ce dû aux fortes doses de médicaments pris pendant près de 20 ans ? Je n’en sais rien, mais je préfère penser que ça vient de là.

J’en viens à ton commentaire. Vivre avec un rejet dont nous sommes victimes, oui, il me semble qu’on peut l’accepter, aussi difficile que cela puisse être. Mais pour moi il est plus difficile d’accepter le rejet de l’autre quand j’en suis le témoin. Dans ce cas-là, mon attitude a toujours été de me placer du côté de celui que l’on rejette, qui subit les brimades, les agressions, sans prendre ouvertement sa défense en me disputant, ou simplement en essayant de convaincre « l’agresseur » qu’il a tort (même s’il m’arrive de le faire quand je pense pouvoir le faire changer d’avis). Et je m'en prends toujours plein la figure puisqu'on me met dans le même sac ! Tant pis, ou tant mieux ! Mais je pense qu’il faut surtout être vigilant –et c’est là que je voulais en venir dans mon précédent commentaire- prendre garde de ne pas mettre à l’écart, même quand on s’exprime en tant qu’artiste, à travers sa poésie, la littérature (ou toute autre forme d’art). Tu dis que ce sont des expressions, je suis d’accord. Seulement les mots sont des armes redoutables qui peuvent blesser autant que les autres. Et là je parle en général, sans faire référence à quoi que ce soit, ni à qui que ce soit.

« L’étranger n’existe pas ». Tout à fait de ton avis. Je m’étonne toujours d’entendre des propos xénophobes ou racistes. Ces dernières semaines j’ai eu à me déplacer en taxis à plusieurs reprises. On ne peut pas trouver meilleur endroit pour connaître la pensée, les opinions, d’une population. Et bien je peux t’assurer que ce que j’aie entendu de la bouche des chauffeurs de taxis m’a fait dresser les cheveux sur la tête, et donné la chair de poule. Que de bêtises dites en quelques minutes, que de haine dans leurs propos ! Comment peut-on à ce point faire autant de différences entre les êtres humains ! Il y a quelques années, il me semble que je n’entendais pas des mots aussi durs envers les immigrés. Nous venons tous du même ventre, et nous finissons tous de la même façon, alors qu’importe ce qui se passe entre ces deux moments ! Comment s’étonner, quand il y a autant de racisme et d’intolérance, de tous les problèmes de société, de ce mal être général ?! Et quand chacun se renferme dans sa petite bulle qu’il croit protectrice ?! Tu cites Steve, et la comparaison qu’il fait avec un sac, du minuscule univers que nous nous créons autour de nos petites vies. Je n’ai certainement pas saisi la totalité de ses propos, mais l’image du sac est très significative.

Concernant l’âme, l’autre jour je me suis mal exprimée. Je me demandais où était mon âme, toutes les âmes, avant la naissance du corps, d’où proviennent-elles ? J’ai beaucoup de mal à concevoir qu’en toute chose il ne puisse pas y avoir un début et une fin. Comme j’ai du mal à concevoir ce que peut être « la part divine de mon âme ».

Le Guru-en-soi, si j’ai bien compris, serait plutôt comparable à l’intuition. « Voir avec le cœur » me fait penser à ça : il n’y a pas de réflexion, mais un sentiment qui guide vers ce qu’il y a de mieux pour nous. L’intuition serait une expression de l’âme.

Pour passer à tout autre chose, dans mon commentaire de fin septembre, j’ai abordé deux sujets : la greffe et l’IAD qui, je le pense et l’ai pensé en écrivant, doivent te mettre mal à l’aise car –je ne crois pas me tromper de beaucoup- tu n’es pas d’accord avec ses pratiques. Comme tu as compris que ce sont des moments importants de ma vie, tu ne sais pas comment y répondre, n’est-ce pas ? Mais rassures-toi, tu es libre de me donner ton point de vue, et tu n’as pas à avoir peur de me choquer (j’en ai déjà tellement entendu !). Maintenant tu peux aussi oublier ce commentaire, si c’est ce que tu souhaites, ça ne me dérange pas du tout. Ce serait peut-être plus simple non ?

Je t’embrasse Phil !

Ginou

Écrit par : Ginou | 17/10/2008

Bonjour Ginou,
Le témoin (hors scène) est dans l'espace de l'acceptation; il n'est que témoin, impersonnel, non-impliqué. Lorsque l'on fait intervenir le "moi", on s'insinue dans la scène, quittant le rôle de témoin. On ne peut pas être en même temps la vision-témoin et la pensée-"moi" qui fracture cette vision en se mettant en scène et en s'identifiant, en prenant parti suite à un jugement, dans ce qui est observé. Il n'y a donc pas à "se placer" d'un côté ou de l'autre; le témoin doit demeurer impartial, faute de quoi son observation n'est pas honnête. Le témoin doit rester libre d'a-priori. il n'est pas nécessaire de s'identifier à ce personnage "moi", ce qui ne signifie pas le refuser. Le témoin voit le personnage, expression de soi-même, mais c'est tout. Il ne lui accorde pas le statut d'un "moi". Il ne "s'oublie" pas. Le personnage ne saurait être en aucune manière ce qui permet au témoin de le voir. Le témoin est perception pure. La pensée est ce qui s'élabore à partir de la perception. Lorsque l'attention perceptive reste soutenue, aucune pensée conceptuelle n'a de place pour s'élaborer, et à plus forte raison la projection d'un "moi". C'est cela la vigilance.
Méfie-toi des pensées "en général" qui ne sont qu'une parure, un déguisement, ruse insidieuse visant à ce glissement qui conduit à l'oubli de ce qui regarde.
Ce qui se tient dans le silence est toujours beaucoup plus "averti" que ce qui élabore, développe, conceptualise... On se noie facilement aux abords de la surface des choses perçues. Je pense à ton expérience face au bavardage des chauffeurs de taxis. Si tu étais demeurée vigilante, par rapport à toi-même aussi, à tes propres réactions, au ressenti qui se manifestait en toi. tu ne te serais pas arrêtée aux concepts, à ce qui se disait, mais en demeurant dans le percept silencieux, tu aurais ressenti des choses plus subtiles, d'ordre énergétique. Le scénario que tu m'exposes est une interprétation personnelle; il a une coloration de la même manière que dans le discours de ces chauffeurs de taxis, et cela s'accompagne inévitablement d'émotions surgissantes qui dénotent des conditionnements, ceux d'un "moi", surimposition à la perception, qui la triture, la remanie, la distord... Il est nécessaire de prendre conscience de cet espace entre la réceptivité pure et la défense réactive qui n'est que la création fictive d'un personnage non moins fictif, s'interposant.
Les choses qui "ont un début et une fin" ce sont toutes celles qui apparaissent en tant que concept, qui s'identifient dans une forme passagère. Tout ce que le percept peut rencontrer, ce sont des changements, une transformation incessante, mais ce qui perçoit ne change pas, et ne peut être conçu. Mystère insondable.
J'ai bien pris note que les deux thèmes de réflexion: "la greffe et l'IAD" te tracassent. Il n'est nullement envisageable d'éluder la question. A tes yeux, compte tenu de ton vécu personnel, le recours à ces procédés issus de l'expérimentation médico-scientifique a répondu, a remédié, à tes désirs. Nous pourrions en rester là, sans en tirer conclusion, dans cette joie partagée qui ne demande peut-être aucune élucidation. Pour ma part, je ne peux m'autoriser aucune forme de jugement moral ni même d'appréciation là-dessus. La poursuite de telles expérimentations répond sûrement à des aspirations, mais le concept individuel en vigueur, dans le monde actuel, me paraît reposer néanmoins sur une falsification, une manipulation grossière qui ne tient pas compte de l'être, par méconnaissance de soi. Ton témoignage peut-il cautionner les expériences aventureuses de la science?. Je n'en sais rien; je ne vois ici que de la subjectivité. Chacun apprécie en soi-même selon sa conscience. L'interrogation qui peut émerger est néanmoins celle-ci : vers quoi allons-nous dans cette direction ?... Mais surtout: nous connaissons-nous ? Sur quoi reposent les aspirations qui nous sont suggérées comme garantes d'épanouissement dans l'espace limité de l'existence? Les conditions apparentes d'existence telles que nous les appréhendons nous conduisent-elles au bonheur durable, à la paix ?... Ce que nous sommes profondément est-il en émergence, manifestée, vivante ? N'y a-t'il pas un fond de non-dit, de non-connu, de non-révélé, susceptible de transformer radicalement l'approche vivante du monde dans lequel nous vivons ? ...qui serait suffisamment évident pour rayonner partout, et ne nous mettrait plus dans ce que j'appelle: "compensations", qui sont des alibis, de mal-vie, des fardeaux personnels, tellement pesants qu'ils nous font oublier l'essentiel, je veux dire par là: derrière les aspirations, qui ne sont bien souvent rien d'autre que de la vieille mémoire, de la répétition, dont s'empare et se satisfait la personne, un "semblant d'existence", une programmation qui incline à ce qui ressemble à de la fatalité et de petites satisfactions ponctuelles à défaut d'enthousiasme. Le risque encouru par la manipulation génétique ne pointe-t'il pas déjà vers le spectre d'une re-création artificielle de l'anthrope (le terme d'"être humain" ne peut s'appliquer ici, dans cette réduction dans laquelle se conforteet qu'impose le postulat scientifique matérialiste) susceptible d'accroître son conditionnement, jusqu'à ses fonctions cérébrales motrices et imaginales, et de le réduire à une existence robotique, reflet d' une idéologie technocratique totalitaire qui éliminerait les "imperfections de la nature" ?...
Tu m'as demandé aussi "à quel âge", l'Eveil ?. Et si je te répondais : "hors du temps"?...
Non, ça ne suffirait certainement pas. Situer l'éveil dans le temps me paraît absurde; c'est glisser dans l'anecdotique, dans le ragot horizontal qui n'est d'aucun secours. J'ai évoqué brièvement dans "La Dimension Artistique" des "saisissements" au cours de l'enfance, mais objectiver dans un temps et un espace ce qui appartient avant tout à l'Instant et à l'absorption du lieu et du non-lieu m'apparaît sans pertinence, l'âme - répétons-le - ne donnant que sur elle-même. Je viens de relire ce que Dan écrit dans "L'Immaculée perception" et qui s'est déroulé également aux entretiens de Jean Klein, où le dernier "saisissement" me laisse aussi un parfum. Il ne fait pas de doute que cela s'est produit aussi en lui, mais il en parle comme un "coup de massue" et lui donne une durée d' "une demi-heure". Tout ce qu'il décrit à propos du retournement des sens (ouïe et vue) et que "le plus évident est sans nul doute qu'il n'y a pas de séparation entre soi et les autres", que "l' instant entre deux moments ne s'interrompt pas", "la voix de l'éveilleur pénètre l'ensemble du corps et des sensations, comme si on était trop à l'étroit en soi-même", tout cela je le reconnais pour l'avoir vécu aussi, exactement à l'identique. "Un espace pénétré sans que personne ne le pénètre; le local se fond dans le global, à l'infini", oui, cette non-situation m'est même devenue familière. Dan en fait une description clinique et en témoigne comme d'un "séisme intérieur", d'où résulte un "contre-coup" ressenti comme pénible. (Ebranlement aussi, de mon côté, mais vécue sans "contre-coup"). Il conclue son témoignage en parlant de désenchantement, d'amertume, de "deuil de l'immaculée perception" qui équivaudrait à un "long apprentissage" n'effaçant pas la "nostalgie profonde". C'est sa manière d'en parler; ce qu'il dit est sensé; cela se comprend dans cette vigilance qui nous interdit de prendre des vessies pour des lanternes. Se devine assez bien l'esquisse interprétative psychanalitique qui pourrait en être tirée, malencontreusement, et qui s'inscrirait en faux comme tout commentaire empirique s'autorisant à fourrer son nez dans la révélation du Soi au Soi.
Par conséquent, défions-nous de ces représentations de l'esprit, qui sont des poisons, des aberrations, et tout particulièrement celle de se prendre pour un "éveillé".
"Notre Nature-de-Bouddha originelle est, dans la vérité sublime, dépourvue d'un quelconque atome d'objectivité. Elle est vide, omniprésente, silencieuse et pure : c'est une glorieuse et mystérieuse joie paisible - et C'EST TOUT !".
Huang-Po.
Si l' Eveillé (impersonnel, Non-entité) est le Soi, l'Eveillé est nous. Ses paroles sont les nôtres ; en l'écoutant nous nous apercevons que c'est nous-mêmes qui parlons. il semble être en dehors (distant dans l'espace et dans le temps) mais il est également au-dedans; il est Non-entité. Je suis Non-entité. Nous sommes Non-entité : nous sommes Non-soi. Il y a seulement un - et nous le sommes, chacun d'entre nous Est tous et tous sont un. Il n'est qu'un Soi, et nous sommes tous (chacun de nous) cela. Tout objet de perception apparaît en tant que réalité dans le Temps, mais il y avait un avant où cela n'existait pas et il y aura un après où cela n'existera plus, donc cela ne peut être une "réalité"; tout ce qui apparaît comme réel dans le Temps est irréel dans l' Intemporalité.
Lorsque nous dormons, pensons-nous au fait sque nous serons réveillés le matin ? en rêvons-nous ? Le matin, nous considérons comme allant de soi le fait que nous sommes "éveillés" - puisque c'est le terme utilisé pour décrire l'état dans lequel nous sommes. Nous avons quelque souvenir de nos rêves de la même façon que l'Eveil en a du rêve de la vie. Regardant à l'extérieur, se voit ce que nous voyons, avec une différence, qui découle de l'établissement dans la Vraie Nature de soi. Regardant vers l'intérieur ne se voit rien, car c'est le Vide. Et quand le regard cesse, ce qui est EST, de toute éternité, au-delà de l'être et du non-être.
Considérer l'éveil comme un objet qui puisse être atteint est insensé. Le Bouddha lui-même a établi qu'il n'avait rien atteint du tout, et les éveillés nous répètent qu'il n'est rien qui puisse être atteint.
Ce qui n'est absolument pas, Absence Absolue, brille comme le soleil, est à jamais rayonnement pur, Présence Absolue, vérité inconcevable.
Tout ce que nous connaissons dépend de nous. A part nous, il n'est rien qui puisse être "quelque chose", car "quelque chose" n'est telle que parce qu'elle est telle à nos yeux.

Tu ne me donnes jamais vraiment de "fil à retordre" pour répondre à tes commentaires; la réponse apparaît spontanément. Ce qui demande un peu de temps et de réflexion, c'est de trouver la formulation la mieux adaptée.
Enfin, au sujet de l'abbé dont je t'ai parlé : oui, sûrement ! Il ne s'est pas trouvé sur mon chemin par hasard, et je pourrais en dire autant de toute rencontre, bonne ou mauvaise.
Et ce que tu me cites de ton livre à propos du "Gouvernement Parfait", m'apparaît comme des axiomes. En géomancie, ils s'apparenteraient à la "Fortune Mineure". Il y a aussi la "Fortune Majeure" dont Lao Tseu (et d'autres) reflètent les "axiomes": "L'être de la Voie ne s'occupe pas des armes" (Tao Te King, ch.31), "le peuple se transforme de lui-même" (ch.57), "C'est en n'agissant pas pour vivre que l'on apprécie le sens de la vie" (ch.75)... et Dan de commenter: "Le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins".

Je pense avoir donné réponses à tes questions, et t'invite à laisser mûrir celles-ci, en toi, en accompagnant silencieusement le ressenti, comme tu l'as très bien fait avec cette amie qui est venue t'exposer ses problèmes avec le lycée de sa fille. Tout s'éclaire et se dédramatise lorsque
nous accordons notre être à la Présence toute efficiente.

Je t'embrasse,
Philippe

Écrit par : Phil | 19/10/2008

Bonjour Phil,

C’est gentil de me dire que je ne te donne pas trop de fil à retordre, avec mes commentaires. Ce qui est assez amusant, c’est qu’il m’arrive de plus en plus fréquemment de savoir à peu près ce que tu vas me dire. Pas toujours, hélas ! Tu risques encore d’être « de corvée » pendant quelques temps ; si tu le veux bien, évidemment.

Je te remercie pour les réponses que tu as apportées à toutes mes questions. Tu as même répondu à une question que je ne t’avais pas posée (mais je m’apprêtais à le faire, bien que j’avais déjà la réponse en moi, sans en être sûre) : venant de la même source, l’âme de chacun de nous est-t-elle identique à celle des autres ? Et bien, oui, dirait-on, en lisant : « Il n'est qu'un Soi, et nous sommes tous (chacun de nous) cela ».

Petit à petit il me semble que tout est plus clair. Je crois avoir bien intégré ce qu’est l’âme, le témoin, le Soi, Cela… plusieurs appellations pour une seule et même chose : la Présence, qui est en nous et dans l’Un où nous sommes. Mais pour la ressentir ce n’est pas toujours facile, même si par moments je peux me concentrer ou faire le vide ; les mauvaises habitudes du mental sont difficiles à perdre. Il a trop souvent tendance à prendre le dessus, à tout diriger sans vouloir se taire, ni rester à sa place !

Je te remercie aussi d’avoir répondu avec franchise au sujet de l’IAD et des greffes. Sans connaître ta réponse, je savais déjà, grosso modo, ce que tu allais dire. D’ailleurs, à l’heure actuelle et si je n’étais pas passée par-là, je pense que je pourrais avoir la même opinion que toi. Aujourd’hui, quand je vois ce que la science fait de la manipulation génétique (à ne pas confondre, toutefois, avec les pratiques auxquelles j’ai été confrontée. Là, aucun gène n’est manipulé ni même touché), je me demande aussi jusqu’où nous risquons d’aller. Et on peut effectivement redouter la création de ce que tu appelles des anthropes qui n’auraient plus rien d’humain, avec tout ce que cela entraîne de dépendance de l’homme aux dictatures, à la folie croissante et destructrice. Si les greffes et les procréations assistées existent maintenant, ce n’est que pour repousser les limites de la mort, parce que la mort fait peur. La connaissance de soi, si un jour elle est la réalité de chacun, fera-t-elle disparaître cette peur, et tout ce que nous faisons en son nom ?...

Dans ton commentaire, j’ai grandement apprécié ce que tu décris de l’Eveil, à travers, également, les propos de Dan. Cela permet de mieux comprendre ce que vous avez vécu, et vivez encore. Il semblerait, d’ailleurs, que lui et toi ne le viviez pas de la même façon aujourd’hui, même si ce que vous avez ressenti au moment de l’Eveil a été identique. En quelque sorte, il y a eu « un atterrissage » pour lui, et pas pour toi. Je présume que chacun vit l’Eveil différemment, malgré de nombreuses similitudes. « L’Immaculée Perception » fait partie de ses dernières publications, je présume, puisqu’il me l’a envoyé avec les autres. Comme je l’ai reçu la semaine dernière, j’ai pu le lire dans son intégralité, après ton commentaire. Il décrit très clairement ce qui se passe. La seule chose que j’ai du mal à concevoir, c’est : « l’instant entre deux moments ne s’interrompt pas ». La continuité de temps me paraît évidente entre une action et une autre. Mais sans doute n’ai-je pas saisi ce que vous entendez par-là, ou par « instant » et « moment ».

Toujours à propos de l’Eveil, tu parles d’un de tes écrits : « La Dimension Artistique ». A la première lecture, j’ai cru qu’il s’agissait d’une des note figurant ici (je n’ai pas tous les titres en tête), mais non. Est-ce un livre que tu as écrit, ou es en train d’écrire, à ce sujet ?

Pour continuer dans la lecture de ton commentaire, plus loin tu dis : « tout objet de perception apparaît dans le temps, mais il y avait un avant où cela n’existait pas, et il y aura un après où cela n’existera plus ». Il me vient à l’esprit, depuis que j’ai lu cette phrase - et pour mieux cerner ce dont tu parles quand tu évoques ce que nous prenons pour réalité et qui n’est que rêve, ces formes qui apparaissent, se transforment et disparaissent - des images de certains films de science-fiction, de voyages dans le temps où le personnage voyageant semble rester immobile, et où il voit défiler des objets devant ses yeux. Ils apparaissent, se dégradent puis disparaissent. Et tout cela dans un temps très court. En fait, c’est ce personnage - donc nous, le Soi, le témoin - qui est dans la réalité ; réalité immuable. Le reste n’est qu’images projetées comme sur un écran, périssables et « brèves » dans le temps. C’est cette image de science-fiction qui m’a permis de comprendre ce que tu voulais dire, alors que je n’y arrivais pas jusque là, malgré tes explications. Comme quoi le cinéma peut aussi, sans en avoir l’air ni même le soupçonner, parler métaphysique.

A la fin de ton commentaire, au sujet du « gouvernement parfait » que j’avais trouvé dans mon livre sur Lanza Del Vasto, tu parles de géomancie. C’est également le sujet de ta dernière note : « La Géomancie par Philippe Dubois ». A travers cet écrit je comprends qu’effectivement, lorsque l’on en a une approche métaphysique, il est tout à fait possible qu’elle soit un « support » à la réalisation du Soi, comme d’autres supports sont possibles.

Quelques remarques, concernant la géomancie. Il est très étonnant de constater à quel point les figures que l’on trouve dans un thème reflètent avec autant d’exactitude l’état d’esprit dans lequel on se trouve au moment du jet de points. Pour l’instant je n’ai pas cherché à analyser, mais simplement à connaître le caractère des figures, puis ce qu’elles signifient selon les maisons dans lesquelles on les trouve, et également en fonction des passages dans d’autres maisons. Si elles décrivent parfaitement la disposition d’esprit, j’ai aussi pu constater une réalité divinatoire. Ce qu’elles avaient « prédit » est arrivé. Alors hasard ou pas ?... je n’en sais rien, mais ça marche ! En faisant un thème, ce qui est intéressant, c’est qu’il permet de montrer l’image de la psyché à un moment donné. On peut parfaitement savoir que l’on se trouve dans tel ou tel état d’esprit au moment du jet de point, il est toujours bon de se le voir rappeler, comme si l’on regardait son image dans un miroir. Ce qui permet d’y voir plus clair et de réagir (ou pas), en fonction de ce que le thème démontre.

Je t’embrasse !

Ginou

PS : tu cites cette phrase de Dan : « Le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins », c’est très juste. Je dirais même que le meilleur gouvernement est celui qui n’existe pas. Ils finiront bien par disparaître aussi, ces gouvernements ! Par devenir inutiles le jour où chacun saura qui il est et où est sa véritable place.

Écrit par : Ginou | 26/10/2008

Bonjour Ginou,

Il est une personne de mon entourage avec qui a lieu le même entretien qu'avec toi sur la spiritualité, avec qui il y a eu une correspondance suivie, par courrier (et plus rarement par téléphone), depuis plusieurs années, et qui me faisait les mêmes remarques que les tiennes au sujet de ces difficultés rencontrées face au mental (qui "reprend le dessus", etc...); hé bien cette personne ne m'écrit plus du tout ce genre de choses aujourd'hui. Elle donne ùême des cours, des séances de rencontre avec notre espace intérieur, qu'elle appelle "rendez-vous" (avec le Soi). Elle a compris. Cette observation témoin (de l'agitation mentale dans laquelle les problèmes se constatent et les questions se posent) a fini par mûrir et éclore.
J'ai souligné quelques mots en te lisant :
- "la mort fait peur". C'est l'idée de la mort qui fait peur, une représentation mentale, une projection. Avant toute chose, il y a : la vie, ici-maintenant. On ne pense pas qu'on est en train de mourir, et pourtant c'est ce qui passe pour le corps; on n'y peut rien, c'est ainsi. La pensée du corps n'est pas non plus omniprésente. L'instinct de conservation existe chez tous les animaux; c'est une réaction naturelle, mais l'être humain est doté de la pensée (et peut-être les animaux aussi, dans une certaine proportion qui leur est leur) et cette pensée humaine est capable de réflexion, de conscience réflexive, et d'intuition, elle-même capable de se désengager des mécanismes rélexes instinctifs, des réactions;
Elle est capable de lâcher-prise, de recul et de prise de conscience. Cette idée "moi" est une construction de la société, une entité fictive. Quand l'ego voit ce fait clairement, tous ses problèmes disparaissent. Une vision claire, spontanée, dissout les schémas créés par les états, qui nous montre que le non-état est sans cause, qu'il existe en lui-même par lui-même, moments de surprise, d'étonnement qui sont vides de pensée. La représentation que l'on a de soi-même n'a rien à voir avec la réalité vivante. La mort ne concerne pas la vie. La question de la mort ne se pose plus lorsque l'idée, la croyance, d'être "quelqu'un" identifié à un corps physique, à un nom, est reconnue comme telle: pesanteur d'une idée. A la question "qui suis-je ?" ne répond que le silence, dans lequel tout "soi-même" est absent. Ensuite survient l'absence de cette absence de "soi-même". C'est dans cette double absence que réside la réponse qui devient un vécu. Tôt ou tard, cet égo épuré est réintégré dans son essence qui est présence lucide. Il n'apparaît que lorsqu'il est convié et il ne s'approprie plus jamais la lumière pour lui seul.
Ce qui a peur c'est ce qui craint à juste titre de disparaître, et ce qui craint de disparaître n'est pas ce que nous sommes : toutes ces images que l'on prend pour être soi, qui nous sont rendues familières, auxquelles on s'est attaché; il y a en nous quelque chose qui ne passe pas, qui ne s'use pas, qui ne change pas, que l'on ne peut percevoir objectivement, en image, en "réalité objective": c'est ce que nous sommes foncièrement. Le corps, le mental, et tout ce qui peuple l'univers ne sont que des extensions.
- "La connaissance de soi, si un jour elle est la réalité de chacun, fera-t'elle disparaître cette peur, et tout ce que nous faisons en son nom ?" - Sûrement !
Tu supposes qu'il y a eu un "atterrissage" pour Dan et non pour moi. Qu'entends-tu par là ? Nous sommes tous différents en tant que personne; c'est très beau qu'il en soit ainsi. Nous avons tous une spécificité dans la manière de voir les choses, de les percevoir. Cela ne pose en soi aucun problème. Chacun le vit à sa manière. C'est uniquement le mental qui amène la tracasserie de la similitude, de la comparaison, de la distinction, là où la mulyiplicité est harmonie, rayonnement de l'Un.
- "La Dimension artistique", j'ai dù en mettre des bribes dans mes notes, par-ci par-là, sans publier le texte en entier. Je n'en ai plus d'exemplaire papier. Je n'en ai pas non plus retrouvé le texte original qui doit être sur un disque. J'en ai offert plusieurs copies à des personnes concernées par l'art. Je vais le rechercher.
- Oui, la vision que tu associes à "de la science-fiction", d'un témoin immobile voyant apparaître et disparaître des formes en mouvement est assez "réaliste" par rapport à la vision de la dimension onirique de la "matière" qui est pourtant enfantée sous la forme dont nous la voyons par notre esprit - ça fait beaucoup de mises-entre-parenthèses, je te prie de m'excuser ! - mais le témoin n'a même pas le droit de s'attribuer le statut de "personnage"; c'est le regard-témoin. Il n'a aucun pouvoir d'autorité. Il est encore trop proche de la mémoire susceptible de la pervertir. Le Soi n'a besoin d'aucun agent de cette sorte; on pourrait dire avec humour qu'il n'a pas besoin de lunettes; donc le témoin lui-même finit par se dissoudre dans Cela qui voit, et c'est une grâce. Le témoin silencieux permet à la Conscience de s'actualiser en Présence.
- Tu me fais part de ton étonnement à propos de tes premières expériences avec la géomancie. Oui, c'est tout à fait étonnant, j'en conviens, assurément. Je ne suis donc pas seul à m'en étonner.
- "...l'image de la psyché à un moment donné", oui, c'est exactement ça ! mais la psyché n'est pas notre Totalité consciente. Elle n'en est au mieux qu'un soupçon, qu'une pâle évocation. Un danger terrible rôde en permanence autour de la psyché qui est justement le terrain de chasse de prédilection de ses manoeuvres séductrices, et c'est la raison pour laquelle ces "arts divinatoires" émoustillent l'imagination et en même temps font peur. On ne peut les aborder qu'avec un esprit "scientifique", avec une prudence réservée, et l'on va s'apercevoir que la toile de fond de cette "coïncidence" tout-à-fait étonnante est bien plus (et bien moins aussi) que ce dont elle avait l'air. Elle est celle de l'instruction spirituelle. Je ne veux pas entrer dans l'angéophilie, mais on conçoit assez aisément qu'il y en ait qui se complaisent à voir ça sous cet angle... psychique - attention !. C'est comme si la finalité n'était pas le semblant de définition topographique de la psyché qui s'entrevoit dans l'interprétation, mais de nous ramener à la conscience observante. Hé oui !...qui elle seule, et indépendamment de l'intuition déductive qui se fait par associations d'idées dans la psyché, où peut aussi entrer une part de "bricolage" plus ou moins conscient, est capable de nous révéler sous son véritable éclairage et avec justesse, ce qui est le fruit contenu dans le miroir et qui, ne l'oublions jamais, est d'ordre transitoire. Alors plutôt que de s'intéresser aux aventures de la personne consultante et du monde avec lequel elle est en rapport, on va finir par accorder son attention et tout son coeur à cette source, qui semble au courant de tout, bien avant "nous", et qui est en nous, et qui est NOUS : unique Présence. Celle qui ne cesse de nous appeler de multiples manières à être ce que nous sommes, ne pouvant entrer dans aucune définition formulée par la psyché. Alors il y a cette ouverture à ce que j'appelle le "Guru-en-soi" - ce n'est pas du tout une fantaisie - et la coïncidence très très étonnante peut être accueillie et peut se manifester dans l'espace "extérieur" - il n'y a plus de frontières !. Le Soi est partout et nulle part. Il n'y a plus de part, d' "à-part". Il n'y a plus non plus de "hasard". Dans cette Totalité observante, tout ce qui se produit et apparaît dans le miroir est Sa façon de se faire connaître. Tout ce qu'il m'est possible de croire réel ne se détermine qu'en ineptie, en faux, puisqu' Elle (me) précède. Alors (je) n'intercède plus. Cette notion d'un "moi" perd consistance. Elle (me) regarde à tout moment, en tout lieu, sous toutes les coutures, c'est Elle qui Est. Il ne reste plus en moi qu'un grand vide à l'écoute, rien rendu à l' Immensité. Et ce rien n'a d'autres ressources en tant que rien, que de voir ce qu' Elle n'est pas car c'est ainsi que le Soi (oublions les attributs féminin/masculin) se fait connaître. Rien de ce qui semble être n'est réel. La Réalité Ultime est hors de tout ce qui peut être perçu. Nous participons à la fois de la nature du percipient et de celle de l'objet perçu. Lorsque l'énergie canalisée et concentrée sur l'objet se porte vers ce qui est non objectif, spontanément, le silence se fait, et le témoin se fond dans la conscience unitive; ensuite cette conscience se réalise comme divine, créatrice de son objet et tout est en ordre et ne peut plus être affecté par le mouvement du monde, des êtres et des choses. Ceux-ci prennent leur véritable signification. Tout ce qui doit être accompli se fait et toutes les circonstances qui se présentent sont accueillies. Il se passe alors quelque chose de miraculeux au niveau organique qui sera peut-être découvert un jour, ou qui l'est peut-être déjà mais qui n'est pas médiatisé, par le fait de cet établissement à l'arrière-plan. Le corps subtil, c'est-à-dire la façon que l' "on" a (la conscience qu'on laisse oeuvrer) d'habiter le corps, lorsque l'ego-pilote est dissous, a une efficacité certaine. Mais tout ceci ne peut être discuté mentalement, il faut le vivre pour s'en apercevoir.
Arrêtons-nous là pour le moment, afin de laisser ce qui s'est énoncé de part et d'autre se goûter en vécu.
Je t'embrasse,
Phil

Écrit par : Phil | 31/10/2008

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