Avertir le modérateur

30/10/2008

GEOMANCIE et marchands de sable

L' internet étant devenu pour un grand nombre d'entre nous une source accélérée d'information, proposant même ses dictionnaires, Tumtum est allé consulter les trente premières pages de "Google" après avoir tapé le mot : Géomancie. Celles-ci reflètent le panorama édifiant de la gabegie dans laquelle se complaît la désinvolture mercantile et la désinformation informatisée qui relève du "règne de la quantité" dénoncé par Guénon ("Le règne de la quantité et les signes des temps"). Ces pages sont envahies d'offres de services de "voyants", de publicités pour des logiciels préformatés (pour "tirer la géomancie"), dénotant une approche avilie par la société de consommation et les errements de la psyché. Les définitions succintes qui sont données de la Géomancie se contentant de se recopier l'une sur l'autre sont dépourvues d'une ouverture réellement vivante, spirituellement et métaphysiquemen ; elles n'incitent guère le lecteur à une curiosité plus approfondie, ne figurant en fin de compte que comme argumentaires commerciaux. Chez Wikipedia, le "je-sais-tout" du web se trouve même reproduit à la fin de sa définition une erreur que quiconque a un peu d'expérience en Géomancie n'aura pas été sans relever. Il s'agit de l'inversion commise par Don Neroman dans son ouvrage "La Géomancie Retrouvée", ouvrage impressionnant par sa taille et sa présentation, et dont le concept littéraire s'inspire de la traduction des "Mille et Une Nuits" du Dr.Mardrus, et surtout de "L'Histoire de l'adolescente Sucre d'Amour" (du même auteur). Doté d'un esprit pédagogique indéniable et animé par une imagination fertile, Don Néroman a pris certaines libertés par rapport à ce qu'il est possible de trouver dans de nombreux ouvrages antérieurs, et notamment les traités arabes et ceux traduits en latin. Il "restitue" ainsi les noms attribués à deux figures, que son système d'interprétation très personnel considère comme interverties, croyant dénoncer une "erreur de copie" dont il est facilement vérifiable de constater le démenti en se référant à des sources unanimes plus anciennes. Et c'est cette source de confusion (dûe à la fantaisie de Don Néroman) qui apparaissant mentionnée dans ce dictionnaire est proposée sur le net, révélant par là un traitement de l'information peu soucieux d'exactitude. Laissons ces commentaires formalistes et parlons un peu du fond, qui n'est évoqué nulle part, et dont il semble encore une fois indispensable de préciser l'approche. En quoi la dialectique des figures géomantiques (de même : celle des "planètes" de l'Astrologie) mérite-t'elle que nous y prêtions attention ?... Car il ressort que les préjugés les plus courants s'appuient sur une carence, une ignorance entretenue vis-à-vis de ce dont il s'agit, notamment lorsqu'ils dénoncent la "fausseté" de ces "sciences" ou font entrer la superstition et les croyances naïves à propos (Astrologie) d'un "possible rayonnement cosmique de ces astres lointains"... C'est le raisonnement limitatif d'un champ intérieur cloisonné par les identifications sommaires et arbitraires qui voile tout un pan vivant d'observations sensibles, infra ou suprasensibles, quant aux dynamismes du monde phénoménal organique, dont il serait intéressant de témoigner, d'exprimer, en crevant cette toile publicitaire qui stationne dans l'exploitation des crédulités. Géo - Mancie. Géo : la Terre, le "terrain" qui se rend sensible à la psyché et qui pourrait être défini comme le conditionnement transitoire dans les configurations psychiques accolées à l'impermanence des formes et à l'usure temporelle, appréhension mentale ordinaire qui acquiert d'une façon arbitraire superficielle, relative et empirique, disons concommitente d'un point de vue horizontal restreint et réducteur, occupé par la notion d'un "moi", le statut erroné des "réalités" ; Mancie : fonction conjonctionelle de la Mens, de l'intelligence reliante, unifiante, de l'intuition démystifiante, révolutionnaire en essence c'est-à-dire animée par la vie de l'esprit, l'éveil de la conscience, qui après avoir objectivé le champ articulé des circonstances passagères dans lesquelles se manifestent et fonctionnent ces apparences, en opèrent la synthèse et ouvrent des brèches par ou peut s'éveiller une prise de conscience. Opération qui n'est pas seulement d'ordre déductif - psycho-logique - , intellectuel, bien que l'intellect puisse en favoriser l'approche, mais qui se résume en écoute, en ouverture. Mais cette éthique ne s'entrevoit que dans le lâcher-prise de toute manie, de tout concept structuraliste et de toute intention de saisie. C'est dans la pure perception que peut émerger la vision, à laquelle la pensée, l'ordinateur cérébral, et les yeux de chair n'ont pas accès. Le relevé géomantique se situe sur le terrain même du Songe spatio-temporel de notre existence, se référant à notre vécu personnel. Chacun est capable avec un peu d'expérience de se familiariser avec ces symboles de la Géomancie et de décrypter directement, sans besoin d'intermédiaire, ce relevé, selon son niveau de conscience et ses capacités intuitives. Le circuit des qualités d'énergie qui s'éprouvent, organiquement y est reconnaissable. Certaines de ces qualités d'énergie étant retenues, retiennent, paralysent, arrêtent, et obscurcissent l'esprit, et d'autres au contraire s'accordent au rythme vivant du renouvellement incessant. Leur constellation psychique (objectivée sous formes de figures) coïncide avec des effets immédiats sur les cellules de l'organisme. L'exploration géomantique nous renvoie à nous-même, à notre intériorité silencieuse, à l'arrière-plan de toute projection psychique, en en éclairant les mécanismes. Cette observation à distance éveille une qualité de conscience contemplative qui va transformer l'implication en la reconduisant sous son éclairage spirituel immanent. Spiritualité sans religion, née du discernement, contenue dans l'attention elle-même, dont l'affinement conduit à se passer de la pratique géomantique, toujours relative à un consultant, pour goûter la plénitude du moment présent, toujours en avance sur la psyché projective et figurante. Donc la Géomancie n'est pas vraiment une dépendance. L'oracle s'étend à l'infini dans l'univers sous formes vivantes et colorées. La vie sur Terre est une instruction ; tout ce que l'on perçoit est d'une certaine manière oraculaire et initiatique. Rien n'y échappe. En Géomancie, chaque figure comporte deux aspects complémentaires : un aspect manifesté et un aspect non-manifesté. Le champ dans lequel les qualités d'énergie se "figurent" est représenté par le canevas de douze points (4 fois 3 trois points superposés correspondant aux quatre éléments et à l'échelle organique : tête, coeur, ventre, pieds). Chaque figure n'occupe dans sa convexité manifestée, dans les quatre étages, qu'une partie du canevas. A chaque étage, s'exprime le point (l'impair) ou le bipoint (le pair) ce qui laisse toujours un espace non-occupé qui est lui-même de polarité inverse. La concavité révèle cette figure sous-jacente indissociablement liée, comme tout ce qui se manifeste dans le monde des apparences possède une contrepartie cachée qui n'est pas double, ni dualiste, mais interne ou externe. Inversion qui n'est pas non plus négativité par rapport à ce qui pourrait s'affirmer "positif". Prenons l'exemple du gain, de ce qui s'accroît , la figure "Acquisitio"; elle signifie aussi une perte comme le sens du profit, de la richesse, du gain, s'établit ici sur la diminution d'un là, et inversement "Amissio" la perte, possède un sens salutaire de lâcher-prise, de dépouillement du superflu. La figure "Conjunctio" qui relie le haut et le bas et pourrait se rapporter à l'imagination créatrice, à la faculté inventive, à la communication, se détache sur "Carcer", qui apparaît contraire enfermante, maturante, ce qui veut dire aussi que dans le plus obscur, il y a une ouverture, un germe de lumière, et que la communication peut être aliénante. La substance matricielle de "Carcer" n'est jamais complètement isolée de l'essence de "Conjunctio" qui la traverse. Et nous avons aussi cet aperçu essentiel et d'une actualité brûlante, de la féminité du masculin signifiée par "Albus" et de masculinité du féminin signifiée par "Rubeus". Les zones vides représentent la complémentarité cachée, sous-jacente, "l'autre" concerné par la figure en éminence. Il est essentiel de tenir compte de ces deux aspects qui interpellent la vision bipolaire de l"unicité ; réaliser l'unicité de ces deux aspects c'est habiter sciemment les deux hémisphères du cerveau, et même bien plus, puisqu'à ce moment-là, la conscience observante se tient en arrière. Ce champ du corps de Terre qui s'étend bien au-delà de la peau et des facultés sensorielles limitées est apparu dans la projection soumise au jour et à la nuit, que nous appelons le Songe. Dans la lumière de la conscience, naît et meurt la psyché. Ne subsiste que la Présence qui est cette qualité vigile que nous devons découvrir, car elle est la seule "chose" réellement présente et vivante en-dehors de toute cette mascarade fantasmagorique qui se cherche aveuglément ; elle est la réalité ultime de notre identité. Il nous appartient en propre et en priorité de nous connaître. La géomancie n'est qu'un accessoire de voyage et les constellations qui nous sont prêtées "à titre personnel" ne constituent pas notre véritable identité. Elles ne sont qu'une constellation spécifique d'engrammes synchronistique du moment de notre venue au monde. Tout cela n'est finalement qu'instrumental, que support d'expression. Il nous faut reconnaître l'expression première, originelle, fondamentale, celle qui vient de l'essence même de la Vie, qui a donné naissance à cette existence, à l'univers entier. Tout cela nous l'ignorons parce que nous nous tournons dans le mauvais sens, celui qui ne respecte pas la vie en présence qui l'environne, celui qui s'arrête, s'égare en conjectures, se crée des obstacles en s'identifiant à des formes éphémères, en se parant, en séparant, en se séparant de ce qui est et de qu'il est. La Géomancie n'est pas "asociale", seulement la conscience unitive dépasse l'entendement. "Via" n'est pas autiste ni dangereusement vouée à la tentation prophétique/totalitaire comme le voudrait l'esprit pragmatique. Elle est la voie de l'homme simple qui marche. " La voie qui peut être tracée n'est pas la Voie" (Lao Tseu). "Populus" n'est pas forcément la Djama'a, le concept dogmatique socio-religieux de l'Assemblée tel que défini par l'islam et soumis à la charia, c'est tout simplement le peuple, l'environnement naturel, la multiplicité, mais cette "foule" c'est aussi intérieurement le psychique, le processus bavard du mental, la dualité illusoire engendrant les similitudes, les distinctions ("Populus" : deux colonnes autour de "Via", quatre fois le bipoint) ; et c'est finalement pour "Via" en tant que Solitude essentielle : le Néant. "Via", le Monakhos (Evangile de Thomas) ou le pneumatique, le gnostique, dont la "peregrinatio" débouche au-delà du perceptible et du conceptuel, au-delà des catégories du temps et de l'espace ; et là, la Géomancie de même que la personne qui l'interroge (ou qui s'interroge), et tout ce qui est du monde manifesté, le Songe, est démystifié, "vain" comme le dit Kohélet (dit "L'Ecclésiste"), vain car vide. Nous rangeons les choses et les êtres par catégories mais en tant que personne humaine, nous sommes tous différents. C'est une richesse, une miséricorde. Chacun est doté d'une spécificité qui lui est propre, sans pareille, unique, qui lui concède une manière originale de voir les choses. Dans ces conditions, aucune comparaison, évaluation, possibilité de jugement, en se référant à soi-même ou à autrui, ou à des notions catégoriques sommaires, empruntées, des propagandes, n'est justifiable. La personne n'est pas un refuge. Cette multiplicité de l'unique est un mystère qui ne peut être abordé qu'intérieurement, par l'esprit, libre de structures et de systèmes. Car notre très relative "multiplicité personnelle" est une expression "colorée", elle ne peut servir de modèle, on ne peut s'en emparer comme d'un étalon de mesure. On ne peut s'y fier pour interpréter ce que l'on percoit. Il y a une incompatibilité formelle. Par contre, elle est sûrement, dans le fond, l'instrument du Soi lorsque la source pérenne de toute expression est entrevue. Il faut explorer, remonter à l'essence originelle, unique, incolore, universelle. On prend conscience qu'il y a deux mouvements - là encore : deux - expansion et résorption, le souffle, le souffle vital, et que ces deux mouvements se produisent dans l'éphémère mais constamment renouvelée création de l'instant. La personne humaine ignorante de l'univers dans lequel elle vit et des énergies qui l'habitent, devient parasitaire, prédatrice, exclusive, et cet autisme tend à s'objectiver rationnellement dans un immanentisme monstrueusement "solidifiant", dominée par le fascisme techno-totalitariste. "Le monde corporel ne peut pas être considéré comme un tout se suffisant à lui-même, ni comme quelque chose d'isolé dans l'ensemble de la manifestation universelle" écrivait René Guénon. Dans le monde manifesté, cette différence de la personne ne doit pas être confondue avec l'ego qui se l'appropie et l'altérité que suppose une conception dualiste, qui prétend la juger et la situe sur une échelle de valeurs, compte tenu de ses propres critères. La créature, imbue de sa personne, égarée dans ce qu'elle n'est pas, prostitue ce qui vient de l'Esprit, victime d'une subjectivité éprise de ses fantasmes. Une telle situation n'a jamais fait qu'accentuer le désordre et la confusion. C'est en nous, tout de suite, que l'univers se crée, s'éclaire ou s'obscurcit, que l'homme peut s'élever, et creuser dans sa Terre intérieure, et non par le biais des artifices répandus à la surface où croupit une espèce humaine fracturée, livrée à la barbarie, la prédation efrennée, la saleté égocentrique, le mépris, le mensonge, l'exploitation, la privatisation et la corruption. La "mensie" de la Terre nous avertit qu'il y a toujours un "autre versant" de la réalité, et cette altérité qui est le propre de la dynamique yin-yang de la condition terrestre n'autorise jamais à conclure, à se conforter dans une attitude, selon le processus représentatif. Lorsque Jésus est questionné sur l'arbitrage à donner à propos de la femme adultère, qui occasionne scrupules et divcisions dans l'opinion populaire, il trace des signes sur le sable et se relevant, énonce une parole qui renvoie l'accusation à la "terre" dans laquelle elle s'est formulée. Un manuscrit illustré du XVIIIème siècle montre les figures géomantiques sous formes de plantes portant fleurs et fruits ; il en est de même des "vrittis", des pulsations qui viennent percuter le cerveau à tout moment et prendre formes de pensées, ou semences et impressions qui vont se développer, suite à une excitation interne ou externe, comme les vagues à la surface de l'océan. Jardiner , spirituellement parlant, c'est aussi veiller à ce qui pousse sur le terrain, dans l'humus, en se servant de notre être, jusqu'à ce que nous soyons ravis par cette certitude que tout ce qui pousse est enraciné dans l'Un. Pour terminer, et en revenant à ce propos sur les "marchands de sable", on ne saurait trop leur conseiller d'examiner ce qu'ils font. On ne joue pas impunément avec les images, fussent-elles tracées dans le sable. La Géomancie n'a absolument rien à voir avec cet état d'esprit mystico-magique qui est une véritable pollution fantasmatique de l'ego égaré de son essence qui est présence lucide . Elle devrait toujours s'inscrire en prélude à une connaissance dans laquelle sa fonction perd toute cohérence, par un dépassemenr qui est émergence vivanre, où le questionnement est réintégré dans un maintenant atemporel, aspacial, qui n'éprouve pas ce besoin d'approbation, de justification : insondable félicité !.

23/10/2008

LA GEOMANCIE par Philippe Dubois

Quel intérêt peut-on accorder, à notre époque, à la Géomancie ? Une curiosité naturelle, qui s'avère bien souvent "encarcassée" dans des disciplines ou récupérations confessionnelles privatives, restrictives, issues de concepts rationnalistes ou de croyances, qu'il s'agisse d'études mathématiques, psychologiques, d'"analyse formelle" ou d'ésotérisme. et dans le pire des cas d'occultisme et de fonds de superstition. Nul ne semble avoir accueilli l'approche métaphysique que l'on décèle en Occident esquissée par un Robert Fludd (1574-1637), et trois siècles plus tard dans les travaux du polytechnicien Francis Warrain (éditions Vega, 1938), la majorité des auteurs ne se bornant qu'à son usage divinatoire. De même que l'on ne peut séparer le Yi-King du Tao Te King, le premier "expliquant le mystère de L'Etre et le second celui du Non-Etre" comme l'écrit Daniel Giraud dans sa traduction réunie des deux "vade mecum" pour "Voyageur des routes tant intérieur qu'extérieures" (éditions Le Courrier du Livre, 1987), le corpus géomantique issu d'une très ancienne phénoménologie de l'Espace-Temps et des qualités d'énergie sensibles de "la vie à la surface de la Terre" (F.Warrain) exprimées graphiquement, s'accompagne d'une intuition métaphysique mettant en relation le spirituel et le matériel qui trouve écho dans la Gnose, chez les Présocratiques de même que dans l'Evangile de Thomas, autant que chez les Sages du Tao. L'oracle géomantique aurait pour fonction le dépassement des questions horizontales du petit "moi de saisie" égaré dans une identification erronée, rappelant à un éclairement spirituel procédant du Guru-en-soi. C'est ce que j'ai tenté d'évoquer d'une manière que je reconnais un peu sommaire et brouillone à travers mon livre épuisé (et passé au pilon pour cause de non-rentabilité) : "Géomancie - Pratique et interprétaions" (Albin Michel, 1987). La Géomancie, mise en thème (ou en "écu"), a le mérite de refléter le jeu des formes-moules passagèrement constellées dans la psyché, et d'en soumettre le tracé à la Mens, siège de l'intuition non-séparée de l'Esprit, intermédiaire entre le vécu spatio-temporel et la connaissance supra-sensible, faculté imaginale révélatrice et détentrice d'instruction. Si nous observons avec suffisamment d'attention les "achkales", nous constatons qu'elles coïncident avec un vécu apparent, une trame sensible, éprouvée en ressenti, et d'une manière plus englobante avec certaines propriétés phénoménologiques identifiables, ce qui a le mérite de rompre l'illusion d'isolation, de cristallisation situationnelle, et de laisser émerger la dimension du relié, dans laquelle la méditation silencieuse de l'expérience directe trouve sa pertinence. L'exercice de synthèse du regard, qu'elle sollicite, franchit les limitations ordinaires de la psyché qui surimpose et divise l'unicité fondamentale de l'essence, en s'endormant dans le songe et en peuplant celui-ci de l'affabulation de ses propres projections, au lieu de s'éveiller à sa vraie nature. Le Guru-en-soi, en la circonstance, est le spectre de la présence-témoin, la vision bipolaire, transitoire par rapport à ce qui émane de l'arrière-plan, du Soi. L'oracle des "achkales" (francisation du terme arabe: chk'l - "figure du sable") n'a pas seulement le pouvoir d'indiquer le caractère de la synchronicité qui s'éprouve, mais de renvoyer à la conscience observante, d'aiguiser un discernement plus essentiel qui s'appelle : connaissance de soi. Et là, il y a décollement du concept d'un monde objectif, le regard se retournant vers lui-même et pointant vers la réalité de l'être. Il y a une invitation à une épuration de l'attention, synthèse dissolvante et transfiguratrice, assignant à une régénération de la vigilance, dans la nudité de la perception pure ici-maintenant. éloignée de tout concept ou projection figurative objectivante, et pour ainsi dire injonction à la qualité de présence observante du sujet. La géomancie rappelle à l'âme, à l'existence de l'Esprit pur, qui ne doit pas se confondre dans les reflets. Miroir du "jeu du je", elle rappelle au miroir que nous sommes et qui les accueille sans s'identifier en eux. Elle préfigure le geste spirituel qui permet de résoudre la dualité dans l'unité vivante. Philippe Dubois. Octobre 2008

09/10/2008

LE JEUNE CANADIEN

LE JEUNE CANADIEN L'entretien qui suit s'est déroulé entre Maharaj et un garçon canadien d'une vingtaine d'années. Vous êtes tellement jeune! Depuis quand vous intéressez-vous à la quête spirituelle ? - Aussi loin que je puisse me souvenir, je retrouve en moi un profond intérêt pour l'Amour et Dieu. J'ai toujours été intimement convaincu de leur indissociabilité. quand je suis assis en méditation, j'ai souvent... - Attendez! Qu'entendez-vous au juste par méditation ? - A vrai dire, je ne sais pas. Je m'assieds jambes croisées, ferme les yeux et reste absolument immobile. Mon corps se détend, se dissous pour ainsi dire, tandis que mon mental, ou être, ou quoi que cela soit, se confond avec l'espace et que le processus de la pensée s'arrête peu à peu. - Très bien. Continuez, je vous prie. - Très souvent, durant la méditation, un puissant sentiment d'amour extatique se lève dans mon coeur, m'emplissant de bien-être. Je ne sais pas ce que c'est. C'est au cours de tels instants merveilleux que l'idée m'est venue de faire le voyage en Inde. - Combien de temps resterez-vous à Bombay ? - Je ne sais pas vraiment. Je fais rarement des projets. L'argent que j'ai suffit pour deux semaines de vie frugale, et j'ai mon billet de retour. - Maintenant, dites-moi : que voulez-vous savoir très exactement ? Avez-vous des questions particulières à me poser ? - En arrivant à Bombay, j'étais dans un grand trouble. Au bord de perdre la tête. Je ne sais vraiment pas ce qui m'a incité à entrer dans une librairie, car il m'arrive rarement de lire. Quand je pris en main le premier tome de "Je Suis", le sentiment que j'ai dans mes méditations s'est levé en moi. Au fur et à mesure que j'avançais dans ma lecture, mon être intérieur était comme soulagé d'un poids ; et maintenant que je suis devant vous, j'ai l'impression de parler à moi-même. Et les paroles que je prononce me paraissent blasphématoires. Jusqu'ici je croyais que l'amour est Dieu. Mais maintenant je m'aperçois que l'amour ne peut être qu'un concept. Or, si l'amour est un concept, Dieu est lui aussi un concept. - Qu'y a-t-il de mal à cela ? - (Riant) Ah! si vous le prenez ainsi, je n'éprouve pas de sentiment de culpabilité à transformer Dieu en concept. - Vous avez dit que l'amour est Dieu. Qu'entendez-vous par le mot "amour" ? Ce mot évoque-t-il pour vous l'opposé de la haine ? Ou bien autre chose, encore qu'aucun mot ne puisse décrire "Dieu". - Non, par le mot "amour" je n'entends sûrement pas l'opposé de la haine. Mais plutôt l'amour qui s'abstient de discriminer "moi" et "l'autre". - Autrement dit, l'unité de l'être ? - C'est cela. Par conséquent, qu'est-ce que "Dieu" que je suis censé invoquer dans la prière ? - Nous parlerons de la prière plus tard. Pour l'instant, dites-moi ce qu'est exactement ce "Dieu" dont vous parlez. N'est-il pas la conscience même, notre sens d' "être", qui vous permet de vous poser des questions ? "Je suis" en soi est Dieu. En cherchant, vous découvrez que "vous" êtes indépendant du complexe corps/mental. Si vous n'étiez pas conscient, le monde existerait-il pour vous ? Pourriez-vous concevoir l'idée de Dieu ? La conscience en vous et la conscience en moi sont-elles différentes ? Ne sont-elles pas uniquement séparées par des concepts, recherchant l'unité non conçue ? Et cette unité, n'est-ce pas l'amour ? - Je comprends maintenant ce que signifient ces mots : "Dieu est plus proche de moi que je ne le suis de moi-même." - Rappelez-vous également ceci : On ne peut pas prouver la Réalité, on ne peut que l'être. En fait, vous êtes la Réalité, et vous l'avez toujours été. La conscience disparaît à la mort du corps (elle est donc liée au temps), et avec elle disparaît la dualité, le fondement de la conscience et de la manifestation. - Qu'est-ce, par conséquent, que la prière ? Et à quoi sert elle ? - La prière, en son sens courant, n'est que mendicité. En réalité, la prière signifie communion, unir, yoga. - Tout est si clair maintenant ! Comme si un tas de choses inutiles se trouvaient subitement jetées hors de mon organisme, qu'elles étaient soudain mortes en moi. - Voulez-vous dire que tout semble s'être éclairci ? - Non, pas semble ! Cela est clair, tellement clair que je m'étonne que les choses n'aient pas toujours été ainsi. Diverses assertions de la Bible, qui me paraissaient importantes mais vagues, sont devenues pour moi claires comme de l'eau de roche - des assertions comme : "Avant qu'Abraham fût, je suis" ; " Mon père et moi sommes un" ; "je suis celui qui suis". - Bon, Maintenant que vous avez tout compris, quelle sorte de sadhana allez-vous faire pour vous libérer de vos "liens" ? - Ah, Maharaj ! Vous ne pouvez que vous moquer de moi ! ou alors vous me testez. Maintenant j'ai compris, je sais vraiment que je suis cela - je suis ce que j'ai toujours été et que je serais à jamais. Aussi, reste-t-il quelque chose à faire ? Ou à défaire ? Par qui ? Et dans quel but ? - Parfait. Soyez, sans plus. - Je serai, vous pouvez en être assuré. Après avoir prononcé ces paroles, le jeune homme canadien se prosterna devant Maharaj, les yeux brillants de larmes de gratitude et de joie. Maharaj lui demanda s'il reviendrait, mais le jeune homme lui fit cette réponse : "Franchement, je ne sais pas." Il se leva et quitta la pièce. Maharaj avait les yeux fermés, un sourire très doux aux lèvres. Quelques minutes s'étant écoulées, il murmura : "Un être rare." Le jeune canadien ne revint jamais plus. Extrait de la Revue "ETRE", 1983, n°3 - Traduit de l'anglais par Béatrice Jehl.

20:00 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (10)

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu