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03/01/2009

POESIE VERTICALE

"La tâche du poète est de relever le défi des choses, écrit Robert Bréchon dans sa préface, en abolissant tout ce qui, dans notre appréhension du monde, est séparation, distance, délai, obstacle, rupture. Mais comment peut-il restituer cette 'dimension pré-reflexive' et parvenir à éprouver 'la fulgurance initiale et la virginité d'un contact immédiat et global", comme s'il était le premier homme sur une terre nouvelle ? La méthode de cette ascèse heureuse, c'est l'ignorance", dont Antonio Ramos Rosa (déjà auteur du "Fonctionnaire fatigué" en 1958 puis du " dieu nu(l) " publié trente ans plus tard ) a écrit un bréviaire, recueil intitulé : "Le livre de l'ignorance" dont les 108 poèmes sont des exercices de désapprendre. "Le poète se fait ignorant, par un long et raisonné dérèglement de tous les sens" (Rimbaud). La lecture ("exercice") de ces poèmes doit permettre de retrouver la clé perdue de "l'intelligence ignorante", donnant à voir un monde sans perspective ni signification, comme certaines Illuminations de Rimbaud. Approche poétique précédée à Lisbonne par l'un des pseudonymes de Fernando Pessoa, ainsi que par Roberto Juarroz ("Poésie Verticale") dont Rosa admire la poésie, et partagée par Casimirio de Brito, ami de Rosa, adepte du Tch'an. "Ce qui parcourt et balise cet espace du poème, autant que le regard, c'est le souffle, écrit aussi Brémond, la poésie est respiration ; on doit y ressentir 'la pulsation du monde'". Redevenir ignorant c'est réapprendre à occuper librement l'espace; il ne s'agit plus d'affirmer le moi, mais de le perdre, "être la demeure vivante qui se déplace", accueil du sans nom, sans figure (" Entre nous il n'y a aucun lien, mais une liaison qui ne devrait pas exister, et qui existe cependant" - écrit-t'il dans : "Le dieu nu(l)" ) "Et que les senteurs du vent qui délivre et emporte réavivent la jouissance d'être un amant de lumière". En voici deux exemples (tirés du "Livre de l'ignorance"- Ed.Lettres Vives, 1991) : Etre ensemble c'est répondre à la lumière qui s'exalte parmi nous en exigeant des noms Nous nous élevons alors jusqu'à ce flux rythme le cours naturel du dialogue convivial Et dans le coeur réside un pur enthousiasme qui est feuillage musique clair édifice et aussi étincelles d'un heureux embrasement D'une profondeur indicible nous imaginons nos élans qui montent en spirale Et le parcours s'illumine et ondule jusqu'au faîte de l'émotion enivrée qui est l'âme et l'intelligence d'un arbre unique qui tremble et qui règne Nous ne savons rien de presque tout L'immensité ne peut s'appréhender La simultanéité ne peut s'appréhender La disparité ne peut s'appréhender Et il y a un mutisme dans le monde et en nous qui ne se brise jamais Sur la page il y a un silence inexpugnable Peut-être que quelque chose veut courir et se dissiper dans les turbulences de l'eau Peut-être qu'un autre espace même dans l'ignorance pourrait être la transparence Mais tout est loin et nonchalant et plongé dans le silence Nous ne progressons pas dans la grande solitude qui enveloppe tout Comment l'entendre ? Elle est comme éblouissante et d'une dense tranquillité qui perdure en nous comme s'il y avait en nous une secrète correspondance Ou alors n'est-ce pas nous qui créons l'intelligence qui réunit les ombres que nous sommes à l'empire paisible qui est tout et rien dans la même splendeur muette ? C'est nous et c'est le monde qui crée la substance d'être là où rien ne s'ouvre et où tout s'ouvre pourtant dans les corolles de sommeil et le timbre de la lumière

 
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