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23/02/2009

CE "VITAL BESOIN DE NON-PAROLE"

"Peut-être le processus de mutation de l'espèce humaine en une sorte de chose ayant vitalement besoin de non-parole est-il plus avancé que les esprits les plus vigilants ne le soupçonnent ; peut-être quotidiennement côtoyons-nous déjà toute une catégorie d'objets, gardant provisoirement le nom d'hommes mais n'ayant de commun avec l'humanité que les formes extérieures irréductibles d'un tout petit nombre de comportements élémentaires ; peut-être le peuple des 'atteints de propagande', plus inguérissables que les antiques populations massivement atteintes par la peste, se trouve-t-il déjà bien au-delà de toutes les thérapeutiques mentales connues".
Armand ROBIN  ("La fausse parole", Ed.de Minuit, 1953).


Une fois de plus, cette note va être longue, mais ce sera très probablement la dernière dans le genre. Mes propos sont « difficiles d’accès et déroutants » ; plusieurs personnes de mon entourage m’en ont fait part d’une façon si appuyée qu’il m’est impossible de n’en pas tenir compte. La question qui se pose en moi est celle-ci : comment témoigner d’une expérience vivante d’une manière intelligible et réellement intégrante ?… Les obstacles sont nombreux : maniérisme, glissement du langage dans une sorte de griserie de la formulation, sollipsisme, galimatias, exhibitionnisme…

Le poète français Armand Robin que je cite en introduction est décédé dans des circonstances qui n'ont jamais été clairement élucidées. On lui doit des oeuvres maîtresses telles que "Ma vie sans moi", "Le Temps qu'il fait" ainsi que des "Poèmes indésirables" d’esprit libertaire. Il n'est pas le seul "voyant" à avoir été "éliminé du champ", directement ou indirectement comme ce fut le cas pour Ghérasim Luca, poussé au suicide par « ce monde où les poètes n’ont plus leur place » (ses derniers mots) – illustré dans ma bd « Un sunpiss dans la sierra » (en album sur ce blog) -, comme d'autres témoins génants confiés à des "psys", tortionnaires ou éxécuteurs d'un appareil de dictature masquée s'évertuant, bien qu’il s’en défende, à modeler les consciences. Comme Antonin Artaud, Jean Carteret, l’un des plus grands visionnaires de notre époque, a été mis au rebut par une intelligentsia qui n’a vu en lui qu’un « clochard illuminé » ;  tout ce qu’il a laissé en paroles et en carnets demeure cependant une précieuse nourriture de l’esprit dont on ne saurait faire le tour d’un jugement hâtif.  Il a laissé des témoignages capitaux, véritables ferments d’éveil, dont Raymond Abellio  a prévu la floraison d’ici « 600 ans » !… Jean Carteret est allé extrêmement loin  dans l’investigation des « moteurs » des relations du monde, dépassant de très loin les points de vues de ceux que le système médiatique nous présente comme philosophes contemporains. Comme les sages de l’Inde, il a connu l’Eveil et il fut un authentique éveilleur , et mettait l’accent sur la « différence fondamentale » qu’il y a entre « la vie » et « l’existence », ces deux réalités dont la fréquente confusion (réduction de l’une à l’autre) est une méprise aliénante. Cette dernière tient des croyances et de la paresse de l’être à investiguer la phénoménalité que nous vivons.  Il y a la vie, naturelle et naturellement hors des normes, et il y a l’existence, concept captif des formes et de la mesure dans laquelle s’établissent les normes.  Cette scénographie brasse de l’artificiel ; elle accorde une place outrancière à cette manie objectivante qui consite en rapports d’objets , oubliant le rapport d’« êtres vivants ». Elle subit la contrainte de cette vision fragmentarisante. Ce mécanisme mental d’objectivation est une anomalie de l’esprit, installé à la racine de la perception sensible, automatisme de saisie qui est une violence envers soi-même et envers l’environnement, ne respecte aucunement la plénitude du sens offert constamment en présence. Il s’agit donc bien d’« être écoute » , de rejoindre cette promptitude initiale qui préserve l’intégralité d’une qualité d’attention, quelles que soient les circonstances apparentes. Lorsqu’un appareillage, un dispositif d’appréhension, vient se substituer à cette disposition originelle qui participe de l’innocence, il y a usurpation, trahison, violation, et propagation d’une « réalité » fictive, restrictive, qui d’une manière contagieuse, hypnotique, parvient à imposer sa falsification. Lorsque ce pouvoir de dénaturation en vient à se constituer en système autoritaire, il réduit la conscience à une circonscription, à une entité individuelle prisonnière des normes d’existence, imagerie frauduleuse qu’il est sans cesse condamné à juguler, à affirmer , à contrôler. Jusqu’à présent, l’humanité n’a pas trouvé mieux pour vivre en société que de s’embourber dans cette imagerie, recourant au terrorisme pour la faire prévaloir. Nous avons créé une immense usine de propagandes criminelles, insulte permanente à la vie, pour justifier cette prétention d’« existence ».

De l'assassinat des Sept Sages de la Forêt de Bambou au procès de Jésus, en passant par la répression des Gnostiques et la falsification de l'Evangile, les accusations d'hérésie qui firent taire Al Halllaj, et combien de Frères et Soeurs du Libre-Esprit, l'Inquisition, les bûchers, les génocides ethniques, le calvaire d'Artaud, l'étouffement médiatisé de la nature essentielle (une transformation cependant radicale dans la conscience humaine individuelle et collective !) de la "révolution-révélation" qui enfanta Mai 68,  que l'on voudrait effacée, le pouvoir d’occultation sévit. Tout récemment, voyez donc avec quelle infamie on s’empresse d’écraser un artiste du  « mail-art » qui « dérange » : Philippe Pissier, en lui confisquant son ordinateur et en le menaçant d'une amende susceptible de le ruiner, sous prétexte que quelques-unes de ses cartes postales vaguement érotiques (destinées à une galerie d'art) ont scandalisé les regards censeurs de délateurs anonymes. A ce train-là, ne va-t’on pas brûler les livres en place publique comme dans le « Fareinheit 451 » de Truffaut, inspiré de Bradbury ? …Les livres de George Orwell résonnent déjà singulièrement « synchronistiques » de l’actualité médiatisée. Il est tout un monde de témoignages humains qui n'apparaît ni n‘est jamais mentionné sur les écrans-télé, où l’on voudrait nous faire croire sur un ton badin et rassurant que la censure : "c'est du passé", alors qu'elle n'a jamais été aussi efficace. "L'affaire culturelle ment" a énoncé haut et fort le poète Paul Chamberland ("En nouvelle barbarie"); je dirais même que celle-ci fait au grand jour, au nez et à la barbe des téléspectateurs, ce qui ne peut s'appeler autrement que du négationnisme. Elle occulte sciemment ; elle a fait un tri et rejette catégoriquement un langage de l'esprit « non-gérable », « inexpoitable » et dissonant par rapport au protocole de l’exploitation de la « marchandise de masses ».  Le socio-psychologue Jean Baudrillard, à qui on a laissé très peu l'occasion de s'exprimer sur ce même écran de télé  - même l'annonce de son décès, pseudo-hommage "expédié" hâtivement, de crainte de laisser passer des propos « politiquement incorrects »  - avait dénoncé ouvertement cette "obscénité" médiatique alliée à la total-technocratie de ces boutiquiers  qui « salopent le monde » comme disait Stephen Jourdain. Surenchère incessante de bluff et parade d'insipides V.R.Ps devenus d’un jour à l’autre "animateurs", copinage qu’il est même interdit d’évoquer sous peine de « propos racistes », propagandes insidieuses et multiples de décervelage entre les mains de manipulateurs compromis dans la propagande de non-parole. Présentant bien, donnant l’image de la réussite sociale, « arrivés » au vedettariat médiatique, ces « animateurs » font vivre la pantomime. Quand le réel vivant de l'imagination créatrice s’avère objectivé jusque dans ces contrefaçons, l'imaginaire déliquescent étale son insignifiance; son chaos, la grossièreté de ses moeurs, en viennent à remplacer la vie et le somnambulisme continue de gober le scandale de cette défiguration parodique en dormant sur ses deux oreilles,  sous perfusion transylvanienne de cette mafia « économique » qui lui dispense pour toute économie, celle de la conscience.

Les valeurs établies en convention souveraine obéissent à un principe intérieur qui a besoin d'un « dehors » pour exister, pour en représenter la probité, la pertinence. Aujourd’hui, cette idée de civilité est noyée dans le magma de la « réclame » tous azimuts. On n’est plus capable que de représenter du « réchauffé », de la bidouille sans cesse travestie, maquillée. Tant que l'imbécillité acharnée contre les situations - ce comportement infantile, buté - ne voit pas que la cause du désordre provient de  son propre état d'esprit, il institue le discrédit et l'hypocrisie. Les valeurs sociales sont dévorées par cette mascarade inventée dans l’effervescence maquignone des « entreprises » d’après-guerre, autour desannées 50 : la publicité.
Celle-ci s’en prend à tout ce qui peut être commercialisé en tant qu’objet, ou plutôt : image d’objet, en étalant le pouvoir séducteur, la jouissance égotique qu’il est possible d’en tirer. 
Esprit, conscience, avant que d'être corps, cerveau, sexe, voire « consommateur », ça, c’est tabou ! ça sort du protocole de marketing ! En tant que « consommateur », nous en sommes arrivés à nous évaluer les uns les autres de la même manière que si nous étions  des produits manufacturés ; ça, c’est une abomination ! (…héritage du nazisme ?!) .Quand on attend de son prochain un quota de satisfactions, des jouissances idéalisées, misant là-dessus quelque chose comme notre « honneur personnel », en fait : notre petite machine égocentrique de spéculation, nous fonctionnons en privé selon le schéma ignoble de la goujaterie, de la mufflerie marchande. Nous avons investi notre existence dans cette espèce de programme imagé, oubliant la vie, ce qui nous est donné, afin de connaître ce que nous sommes fondamentalement, voir clairement tous ces mécanismes mentaux facteurs d'illusions, démasquer ces automatismes sur lesquels vient se brancher cette prospection objectiviste. Il nous appartient de rendre vivante et active cette vigilance, nous surprendre, ne plus nous complaire dans ces caricatures funestes d’existences imagées. Car il existe une authenticité d'être dont nul n’est privé, qui légitimise et harmonise la vision uniciste, à l’opposé de la pensée unique et uniformisée qui n’est que visée mentale, obnubilation, tout comme il existe une vérité de parole et de vie, que chaque être humain est à même de vérifier et d'éprouver en lui-même, une vérité qui accomplit et qui donne sens à tout. Cette vérité se vit en éveil, en accueil de notre être. C'est celle de la sève de l'intelligence de la vie échue en nous, dont nous n'avons toujours pas compris le sens, la dimension harmonique, spirituelle et métaphysique, et que nous avons tôt fait de convertir en autonomie et en discorde. Les tenants de la « non-parole »
ne veulent à aucun prix se débarasser de leurs imperméables, de leurs armures ; ils croient comme des mômes en manque d’affection, en cette idée d’autonomie qui pétrifie le cœur, accusant par réaction défensive, d’« intellectualisme » tout discours susceptible d’amener une détente, une éclaircie « suspecte », parce qu’ils se tiennent crispés, apeurés, repliés sur eux-mêmes, traumatisés. Il y a deux types de comportements opposés : ou bien l’on se ferme de cette façon-là, on se bute, en entretenant d’un côté l’aversion envers ce qui nous dérange, et de l’autre les petites compensations privatives qui tournent à la répétition, et dans ce cas on file un mauvais coton, ou bien on se sait être ouverture, et on essaie de voir ce qu’il en est en s’accordant l’espace de la réflexion, de retentissement, qui mène les choses à éclore. Ça n’est pas du tout le même climat !…

Depuis les origines de l'humanité, tous les pouvoirs temporels (et pas seulement les gouvernements, mais la coalition populaire rongée par la « rumeur », conditionnée par une mémoire grégaire) se sont évertués à mettre à rude épreuve tout aveu d’éveil, tout invitaion à la poésie qui est pourtant l’essence même de la phénoménologie naturelle.
A y regarder de plus près, le concept de « malédiction » n’a pas de réalité propre. Il ne s’agit de rien d’autre qu’un marasme de notre propre myopie, une auto-duperie, qui peut
entraîner jusqu’au suicide. L’éveil ne dépend pas des situations. La nature éveillée est la Conjonction illuminante de l’existant et de l’Etre qui l'habite et le soutient ; tous les pouvoirs ont assis leurs règnes en recourant au mensonge. La vérité, nul ne peut la posséder, la conceptualiser ; elle est unique en chacun de nous ; elle est reconnaissance vivante de l’unité dans la pluralité. Elle annule tous les concepts parcellaires, hiérarchiques, toutes les prétentions structuralistes. "Le poète a dit la vérité..." chantait Guy Béart; on connait la fin : il est assassiné. L'histoire humaine est entachée de censure, de persécutions, de martyrs, d'assassinats. "Scribes et pharisiens" associés au pouvoir militaire ont conduit à l’assassinat de Jésus qui ne souhaitait plus entretenir les « malédictions » d’un Yaveh persécuteur et de cette clique de barbons-prophètes de l’Ancien Testament, dans la même perspective que celle, plus proche de nous, d’un Nisargadatta Maharaj.  Maitre Eckhart fut censuré et condamné, échappant au pire en disparaissant sur le chemin d'Avignon où il allait entendre ses juges. Les religions moribondes, perverties en intégrismes, n'ont RIEN A VOIR avec la spiritualité ; il faut s’en apercevoir, nom-de-dieu ! ne plus céder à cette lamentable confusion ! LES MEDIAS MENTENT en la propageant. Le Royaume qui fait "de deux l'Un", dont parlait Jésus, met fin à l'usurpation de tout règne et de tout pouvoir illusioniste qui s'établit sur la division, et cela commence en nous avec la fiction de l’ego, prototype de tous les totalitarismes. Mais oui : une propagande !…toujours le même terrorisme, la peur INSTITUEE de n’être rien. La pub tient à ce que vous vous figuriez, c’est ainsi qu’elle se fout de « votre gueule » et que ce tour de passe-passe, devenu professionnel et même confessionnel, « fait son beurre », sur l’avilissement, sur l’exploitation de centaines de milliers d’êtres humains. Prendre conscience une bonne fois pour toutes de cette Conjonction, c'est trouver la Paix. Toutes ces images d’ « être quelqu’un, quelque chose » sont factices. La caravane publicitaire, espèce de glu rampante hérissée de hameçons, vous nargue, essayant de vous « ferrer » au passage. Vieux cauchemar, régression au stade de l’invertébré. Sa pâture
: une opinion, une figuration quelconque, empruntée au catalogue de représentations de « réalités  concrètes» dont elle se nourrit.

La paix ici instamment évoquée n’a rien à voir avec ce quiétisme et ce "bien-être" de pacotille que proposent maints boutiquiers, la perspective originelle de notre être n’appartient pas à ce système d’options, de credos, de compétences, d’organisations… Si nous pouvions simplement cesser de nous prendre pour des juifs ou des musulmans, cesser d'engager notre âme là-dedans, affirmant et consolidant ainsi bêtement une appartenance, une dépendance, un clan, nous DEFINISSANT !… . Jettons tout ça immédiatement par-dessus bord ! Il y va de notre responsabilité à l’échelle mondiale !  NOUS CREONS LE MONDE que nous percevons. Notre essence spirituelle est L’UNIQUE SOURCE DE TOUT. Arrête ton char ! A quoi jouez-vous, les gars ?!!!. Le "Père" qu'évoquait Jésus, n'est ni Yaveh ni Allah, ni aucun de ces concepts de Dieu (Di-eu, comme Di-able, ça divise ce truc-là, c’est un concept terriblement funeste !) . Le  seul vrai "Père" c'est l'Origine Sans-Nom, c'est le "Tao" dit-on en Chine, l’Absolu, la Source de tout ce qui existe, Cela qui ne peut être nommé ; c’est l'Etre  fondamental que nous sommes, antérieur et infiniment plus vaste que l’existant.  Revenir à la source, c'est cesser d'entreprendre, cesser de conceptualiser. C’est accepter entièrement ce « rien », cette absence de toute représentation. Nous avons commémoré sur Terre cette dimension mesurée d'un temps et d'un espace, hantée par des obsessions d’entreprise; nous croyons EXISTER dans ce rêve!. …dans ce rêve encombré d’idôles, de personnalités historiques,  Tous ces croquemitaines issus de la maladie d’« entreprise ».

Il faut revenir de cette hallucination ! Nous vivons enfermé dans cette salle obscure, dans cette mortelle cinématographie qui abuse nos sens, inocule ses fantasmes dans nos pensées et nos actes, dans un ratage pelliculé. A moins d’avoir réalisé en soi cette Conjonction éclairante, qui ne peut survenir que dans le "seul à seul" de notre intimité première, il n’y a aucune solution. Il faut que je me déjoue pour m’apercevoir de la nature du jeu. Il n'y a pas d'organisme ni de structure pour "encadrer" l’épiphanie ; c'est sa liberté ; elle peut circuler en tout lieu et même devenir contagieuse, accélérant la disparition des calamités que nous déplorons tous les jours, elle est libre de toute mémoire du sang et du sperme qui divise la masculinité et la féminité de l'être humain, elle contient la genèse de ce que l’on nomme en Inde : les "bindus", les germes d'apparitions, karmas, etc... Elle est l’impensé, toujours présent, vivant , la Conscience à laquelle n’échappe nulle ruse de la pensée, nul accoutrement. Lorsque cette Conjonction est rendue vivante en nous, toutes les apparitions, les formes, les situations existencielles, sont vues dans l’instant, à partir de cette lucidité originelle, qui s’est « existenciée » à l’origine du temps et de l’espace qui est en nous,  NOTRE CREATION,  jusqu’à nous donner des sens pour percevoir, des organes pour nous mouvoir ; nous nous savons hors de cette supercherie qui raisonne en catégories et analyse, enregistrant les choses à la façon d’un computeur. Et c’est dans cette aurore qu’une humanité possible naît. Il y va de notre responsabilité de vigilance. C’est toujours MAINTENANT que ça se passe. Nous savons cette réalité : VIVANTE. Nous nous surprenons directement dans la Création, dans la Genèse. Plus aucun fantôme : nous VEILLONS sans qu’il y ait un « veilleur ». La réelle nature de ce que nous sommes est sans agent ni interprète ; elle coule de source. Lorsque nous sommes attentifs, il n’y a plus d’histoire(s). Et c’est seulement cette grâce qui agit, de la manière la plus efficace qui puisse être, « sans agir ». Cela se fait dans le monde que nous savons désormais être en nous et non plus « à l’extérieur ». Et tout à fait magiquement, de façon surprenante, nous goûtons en nous la réalité  de cette proposition : la Joie sans objet. Nous SOMMES Cela, bien avant toute vue de l’esprit.  Soyons-le sciemment!.

Commentaires

Bonjour Phil,

Je découvre à peine cette note, que je viens de lire. Comment peux-tu envisager qu'elle soit la dernière dans ce genre-là ?!! Premièrement, elle se comprend sans difficulté ; je pense qu'elle est à la portée de tout le monde. Deuxièmement, et c'est le plus important, elle est d'une telle force, tu y dis des choses tellement essentielles, et qu'on ne peut probablement pas lire ailleurs, ou qui sont si rares aujourd'hui, que je n'arrive même pas à imaginer que tu puisses ne plus les dire ! Te taire, ce serait laisser la place à la médiocrité, à tout ce que tu dénonces ici, donc faire le jeu de ceux qui cherchent, justement, à faire disparaître des voix comme la tienne ! Bon sang, mais c'est en lisant des textes comme celui-là qu'on peut ouvrir les yeux ! Et c'est en les écrivant, en les publiant, que tu peux partager ce que tu vis, et permettre à d'autres de prendre conscience, de s'ouvrir !
Le début de cette note m'attriste beaucoup. J'espère que tu changeras d'avis, et que tu continueras à nous offrir des textes comme celui-ci. Merci de l'avoir publié ! Il est superbe et criant de vérité. C'est comme un cri que je l'ai ressenti, un cri de révolte, proche du désespoir. Désespéré, je ne sais pas si tu l'étais, mais en prenant conscience de ce que tu nous montres, on pourrait l'être...

Je t'embrasse, Phil !

A bientôt,

Ginou

Écrit par : Ginou | 25/02/2009

Cher Phil,
Je me suis longuement demandé si j'allais écrire en commentaire ce que m'inspirait ton texte... Mais je me suis décidé. Il y aurait mille choses sur lesquelles s'arrêter un instant, mais je ne me bornerais qu'à ce qui a attiré mon attention naturellement.
Tout d'abord, il y a les concepts. Les concepts ont ceci d'intéressant qu'ils sont vides, une coquille vide. On peut leur faire dire ce que l'on veut. Par exemple ceux d'"exister" et de "vivre". Voici une version parmi d'autres: exister, c'est être; et vivre, pour moi, c'est être conscient de l'être, la Conscience. Vivre est l'art de "fonctionner" à partir de notre être réel. Exister est une évidence, vivre est un art...
Tu parles d'anomalies. Pour moi, il n'y en a pas. Le mental objective car c'est sa nature, étant lui-même un objet. Ca a son utilité à des moments particuliers. C'est fonctionnel. Ceux qui s'engagent sur la voie de la connaissance ont à voir qu'ils ne sont pas ce mental, ou pas seulement. Il n'y a pas de faute, pas d'anomalie. Suis-je donc Dieu pour le dire? Simplement, notre souffrance est à la hauteur de notre manque de perspective. Elle est un instrument de mesure, en quelque sorte....
Et ce n'est pas parce qu'il y a violence qu'il y a anomalie. D'un certain point de vue, la vie est violence. Et nous sommes amenés à violenter ce qui se présente à nous, et donc à nous violenter nous-même. Et c'est parfait! Il n'y a rien à changer. Ce qui est est ce qui est, il n'y a rien à dire fondamentalement, "extérieurement". Simplement, si ce fonctionnement ne nous satisfait pas, on le remet en question. La violence et la souffrance sont utiles. Sans elles, il n'y aurait aucun questionnement. Bouddha plaçait les hommes au-dessus des dieux car il est perfectible...

Ce qui se dégage de ton texte est une certaine forme de colère, de dépit. Peut-être que je me trompe...
Selon mon expérience, lorsque nous réalisons notre perfection, tout est parfait. La société, profondément, n'existe pas. Elle est l'extension de notre état: le monde est hostile si nous sommes en souffrance, et merveilleux si nous sommes en extase. Si nous nous connaissons comme un non-état, il n'y a plus d'extension, plus de projection. Le monde est alors l'expression de notre perfection. Nous en sommes libérés. Nous ne vivons pas dans le monde ou la société des hommes; ce sont eux qui vivent en nous. Chaque fois qu'ils visitent la perfection en nous, ils en sortent purifiés. Voir le monde et la société comme décadents, violents, dans l'erreur, est le résultat d'une vision fragmentaire, est reconnaître notre propre violence. De mon point de vue, il n'y a rien à changer dans le monde. Tant qu'on pense que le monde n'est pas tel qu'il devrait être, c'est qu'il y a quelque chose qui n'est pas tout-à-fait réglé en nous. Sinon, rien ne nous met véritablement en colère. Tout le monde agit comme il pense qu'il doit agir. Je ne peux être juge de cela.
D'un certain point de vue, l'analyse que tu fais des rapports de l'humain avec la communauté est fort pertinente; mais en soi, elle n'est pas de nature à faire vibrer notre tranquillité originelle. L'extérieur et l'objectif ne peuvent révéler en nous l"'intérieur" et ce qui est au-delà de l'objectif.
Oui, l'illusion entraîne et renforce l'illusion. Et alors? Toi, vis-tu dans l'illusion? Il est clair que non. Ton éveil, ta profonde compréhension de notre ultime réalité, sans commentaire, a une portée, une intensité bien plus fortes que tous les décortiquages et commentaires sans fin des philosophes, qui manipulent les objets (de pensée), et ne s'adressent qu'aux objets (au mental). Tumtum, Aksysmundi et tant d'autres parlez de l'universel, à l'universel. Vous parlez de l'intelligence originelle à l'intelligence originelle qui est dans le coeur de chacun. Bien sûr, on peut se livrer à l'analyse de toute choses, mais on ne se cherche plus dans ces choses, il n'y a plus d'implication psychologique. On analyse pour la joie d'analyser. Il ne peut plus y avoir de colère. Mais en ce qui me concerne, à propos du "monde", je ne pense rien; je ne sais rien. Je ne sais rien de ce qui est mieux ou moins bien. Penser que l'éveil est mieux que l'ignorance me paraît être un point de vue du mental, fragmentaire. Pour moi, je sais ce qu'est la nature de la satisfaction. Mais c'est tout.
Bien sûr que les gouvernements, les églises et toute structure ayant une forme de pouvoir sur les êtres écartent tout ce qui dérange, met en péril leurs valeurs, leurs fondements. Mais dans notre coeur, maître Eckhart a largement survécu à ses tortionnaires. Quand un tortionnaire ou un ignorant déciment les poètes ou les sages, les victimes ne sont pas forcément celles qu'on croie. Beaucoup de tortionnaires meurent avec leurs actes. Ce qui vient de l'éternel reste éternel, et ne peut pas être rompu par le temporel.
Si l'évidence de l'irréalité foncière du monde "extérieur" tombe, le sentiment de responsabilité aussi. Qui pourrait être responsable, et de quoi? La plus haute responsabilité, le plus haut civisme est de laisser l'illusion du moi et du monde qui va avec s'évanouir naturellement dans notre attention impersonnelle. Le sage ne projette plus, ne crée rien. Et c'est en cela qu'il apporte son aide éternelle. Son silence est connaissance, intelligence, intensité. Il n'y a pas plus pure activité que le silence conscient. L'amour du Christ, la sagesse de Bouddha influent bien plus le coeur des hommes que les empereurs, dictateurs et autres. Il n'y a pas plus actif que le sage. Les autres ne font que s'agiter, et ne parlent qu'à l'agitation, qui est le résultat de l'interdépendance. Laissons les agités s'agiter, cela ne change absolument rien. Ils font juste ce qu'ils ont à faire, ou ce qu'ils croient qu'ils ont à faire. Et après?...

Cher Phil, comme ginou, j'espère qu'il y aura d'autres textes. Même si mon commentaire peut sembler parfois en contradiction avec ton texte, je crois qu'il est à même de toucher. J'espère que beaucoup le liront. Je laisse mon commentaire à ta lecture bienveillante. Puisse-t-elle amener à redéfinir ton intention première.
Au plaisir de te lire encore

Amitiés,
Monko

Ps: une pensée pour S. Jourdain qui nous a quitté le 19 février...

Écrit par : monko | 01/03/2009

Bonjour Monko,

Merci d'avoir eu cette pensée pour Steve Jourdain. J'ai beaucoup de regrets de n'avoir pas eu le temps de le rencontrer.

Merci aussi pour ton beau commentaire, que j'ai pris grand plaisir à lire, comme toujours. Mais, si je peux donner mon point de vue, ce que tu dis ici me semble tout à fait en accord avec le discours de Phil, que je peux lire depuis des mois. Et je n'ai pas le sentiment, en lisant cette note, qu'il l'ait trahi en quoi que ce soit. Je pense qu'il est primordial que l'homme change en profondeur, qu'il retrouve sa vraie nature, mais je ne crois pas que ce soit en contradiction avec la dénonciation de ce qui ne tourne pas rond de par le monde, ni avec les tentatives d'améliorer les conditions de vie quotidiennes. J'entends bien que, pour un être réalisé, tout soit parfait, qu'il n'y ait rien à changer, mais les humains qui ne le sont pas souffrent de leurs propres actes, et c'est en leur ouvrant les yeux, en leur faisant prendre conscience qu'ils sont seuls responsables de leurs malheurs, qu'ils pourront décider de se pencher sur ce qu'ils sont. Voilà pourquoi il me semble indispensable que des voix comme celles de Phil dans ce qu'il a écrit plus haut, celle d'Artaud dont il parle, et de tant d'autres, continuent à s'élever. Voilà pourquoi aussi, je ne trouve pas antinomique de rechercher l'éveil, tout en se consacrant à la politique, au syndicalisme, ou à une quelconque activité associative visant à améliorer le sort de l'homme.

Avec toute mon amitié, Monko !

A bientôt,

Ginou

Écrit par : Ginou | 01/03/2009

Bonjour Ginou,
Bien sûr, ceux qui sentent en eux la capacité et l'intérêt de s'engager politiquement doivent le faire. Si celui qui le fait est en plus un "être réalisé", alors tant mieux. Je n'ai rien contre ça. Moi qui t'écris, j'ai longtemps cru au marxisme, puis je me suis perçu comme anarchiste/libertaire; les problèmes du monde m'ont longtemps habité. Aujourd'hui pourtant, ils ont perdu le pouvoir de faire monter en mon nez la moutarde et de réquisitionner un peu de mon énergie car je ne me cherche plus dans le monde. Si on a les capacités, on les met au service de la collectivité. Mais c'est purement fonctionnel. Le monde ne contient aucune réalité, aucune promesse. Les humains qui souffrent de leurs propres actes doivent souffrir de leurs propres actes(et ils souffrent de croire qu'ils sont DANS le monde). Car c'est ce qui est. Peut-être est-ce ce qu'ils doivent vivre pour se trouver. On ne peut savoir. Il est très délicat de s'interposer. Souvent, laisser faire est le mieux; et offrir sa présence si c'est possible. Mais toute intention d'aider son prochain m'apparaît de plus en plus comme une violence. On ne peut décider de qui souffre et qui a besoin d'aide. Il faut que le questionnement apparaisse en l'autre avant de faire quoi que ce soit, de décider ce que sera son bonheur... D'une certaine manière, se retirer psychologiquement du monde est la plus haute aide possible. Ce retrait dans la Conscience se répand et contamine magiquement les coeurs ouverts...
Amitiés Ginou
A bientôt
Monko

Écrit par : monko | 01/03/2009

Ton parcours est amusant, Monko. Le marxisme, j'y suis tombée dedans quand j'étais petite, aujourd'hui je me sens libertaire. Un jour peut-être, verrais-je les choses exactement comme toi...
J'ai failli écrire une phrase comme celle-ci tout à l'heure : "Si celui qui le fait [s'engager politiquement] est en plus un "être réalisé", alors tant mieux". Oui, ce serait l'idéal, que tous les hommes politiques soient des êtes réalisés, le monde serait plus beau. Et je suis tout à fait de ton avis, quand tu dis qu'il est purement fonctionnel de mettre ses capacités au service de la collectivité. Mais cela me semble utile, dans la mesure où tous les hommes ne sont pas réalisés.
Puisque tu dis que chacun vit ce qu'il a vivre, que tout est parfait, qu'il n'y a rien à changer, ne pense-tu pas que ce que tu considères comme une "interposition" fait tout simplement partie de ce que chacune des deux "parties" a à vivre, autant celui qui agit, que celui pour qui l'on agit ? Cela revient à ne rien faire de "visible", comme c'est ton cas aujourd'hui. Cette violence que tu voies dans l'intention d'aider l'autre (je la vois également), est peut-être une violence nécessaire qui va pousser cet autre, comme "l'aidant", à rechercher leur vraie nature. Ca fait partie du jeu, pour reprendre une de tes expressions. Chacun a son rôle à jouer : celui-là sera là pour "se mettre en travers de la route", en cherchant à donner un bonheur qu'on ne lui demande pas, un autre ne sera qu'accueil et ouverture, vers qui le premier aura poussé le second ; le premier même, se tournera un jour ou l'autre vers l'Amour tranquille offert par le troisième. Donc tout est parfait, il n'y a rien à changer... ?

Amitiés, Monko !

Ginou

Écrit par : Ginou | 01/03/2009

Chère Ginou,
Le sage voit chacun comme étant réalisé. Il ne fait plus de différence ou de séparation. Je vais peut-être te surprendre, mais ce que l'on appelle éveil ne sert à rien, n'est utile à personne. Il est intime, gratuit, impersonnel et ne se transmet pas, du moins pas sur un rapport de personne à personne, et encore moins d'institution à institution. Certainement il aide, mais sur un plan subtil, impersonnel, uniquement pour ceux qui y sont ouverts, qui ont déjà une forme de maturité. Et les choses sont très claires: ceux qui sont attirés par la vérité rencontrent des gens qui ont la même aspiration, naturellement, comme les fans de foot rencontrent naturellement des fans de foot et pas des guru... Encore une fois, l'éveil n'est pas un plus et l'identification un moins. Ceux qui veulent être aidés trouvent l'aide adéquate car tout est mis en place naturellement pour cela.
Oui, chacun joue le rôle qu'il veut bien s'inventer, ou mettre à profit les capacités qui lui sont données. Chacun agit sur le plan de sa compréhension. Si je me prends pour un objet, je vais considérer les autres comme tels, et les aider en fonction (et entre parenthèse, les conforter dans l'idée qu'ils se font d'être un objet). Si je vois les autres comme le Soi et donc non-séparés de moi, tout se met en place naturellement pour que quelque chose se passe. Sans rien faire. La plus haute activité, c'est le non-agir, comme le dit Lao-Tse. Ce non-agir est l'agir impersonnel. L'agir du cosmos, si tu veux. L'action personnelle est souvent limitée et limitante. L'activité impersonnelle du Soi est englobante et ne concerne personne. L'erreur principale de la sensibilité libertaire est qu'elle croit que c'est la personne qui peut être libre. C'est, de mon point de vue, une illusion. La liberté ne peut être qu'impersonnelle, car la personne n'est qu'une limitation au sein de la Conscience, qui est pure Liberté. Contrairement à la pensée libertaire (qui n'est que conditionnement), la seule liberté est en Dieu (je fais exprès d'employer ce terme...). Ceux qui n'y sont pas ouverts continuent leur route sans Lui, et c'est parfait. Il n'y a aucun jugement. Ceux qui ressentent l'appel se tournent à l'intérieur, vers la source. En conséquence, il n'existe personne d'éveillé. Il n'y a personne tout court. Personne pour vivre, personne pour souffrir, personne pour être heureux, personne pour mourir. Il y a Compréhension ou ignorance. Il n'y a pas à imposer la Compréhension là où il n'y en a pas le désir. C'est cela la non-violence, et c'est cela que pourrait être un anarchisme éclairé. Mais tant que l'on parle de la personne, aucune liberté réelle n'est possible.
Amicalement,
Monko

Écrit par : monko | 01/03/2009

Cher Monko,

Merci d'avoir posté un commentaire de cette qualité à ma note. En fait, il apporte sans doute, enfin réponse au jeu qui m'a amené à inaugurer ce Tumtum-blog qui se voulait "révélateur", à travers un dialogue intérieur, au coeur de la dualité apparente, là où précisémment l' "intention première"
que tu évoques en finale, est une interrogation. A partir de quelle "fragmentation" peut donc se déclarer cette dissonance avec l'harmonie du Soi, du non-né ?... Vu de l'Absolu, le concept d'une humanité en devenir,
d'un "naître" serait-il vain, illusoire ?. .. Se surprendre à tout instant, en justesse par rapport à cet "art de vivre "comme tu dis, face à l'évidence de l'"existant", c'est en soi-même que ça se passe, précédant toute coloration
par la pensée de ce qui peut se définir en état. Steve appelait cela une "promptitude céleste". "La société, profondément, n'existe pas" - c'est exact !. Quant aux dieux, Steve parlait d'une mystification, qu'il nous appartient,
chacun, intérieurement, de déjouer. Car en fait d'"anomalie", c'est bien de cela qu'il s'agit : de cette berlue, de cette rêverie, je ne sais pas quel nom lui donner : fantasmagorie ?. Tu dis qu'il n'y a aucune responsabilité, mais
j'en vois une : celle de veiller, veiller à ne pas confondre notre attention impersonnelle, cette instantanéité de la perception dans laquelle il n'y a plus de place pour une relation et tout ce qui tente de s'affirmer en images,
amenant une objectivation. Alors de ce point de vue, je reconnais aussi qu' "il n'y a rien à dire" ; il n'y a plus de quelqu'un pour se sentir concerné par une situation. Cependant, la globalité de notre expérience contient aussi l'émotion qui nous relie à l'existence humaine. Antonin Artaud combattait de toutes ses forces l'idée de "l'esprit pur " qu'il accusait de lui avoir volé , violé, sa nature foncière. A d'autres rares moments, sans doute: de grâce, ses mots sont ceux de la délivrance. Tu as raison, on ne peut pas juger de tout cela, mais tous
ces témoignages ("de seconde main") sont quand même là, dans le champ de l'expérience humaine, ils imprègnent le psychisme. Le fait qu'ils se manifestent à toi n'est pas fortuit ; il y a un sens derrière tout ça, qui "pointe", comme tu aimes à le dire à la suite de Jean Klein . On ne peut pas rester insensible à certaines "saloperies". Ce mot, Steve n'hésitait pas à le proférer , tout comme Nisargadatta parlait de souillures. Aucun être humain n'y est soustrait ; mais nous ne sommes pas cela, nous sommes la conscience. Et la conscience de la conscience, qui est au-delà de toute implication psychologique. Alors, d'ou me vient cette affinité avec ce qui peut apparaître comme un combat, un procès, mettant en jeu : l'esprit, la poésie ?... Je ne le sais pas moi-même. Une sorte d'intuition, que je ressens dynamique, instructive... une sensibilité, une compatissance. Et je pressens que c'est dans cette démesure émotionelle que semblerait venir se faufiler ce qui brouille ce qui se sait en moi, sans se savoir d'une façon aussi radicale que tout spectre d' "autre" s'en trouverait éliminé
une bonne fois pour toutes. Car il ne s'agit pas de jouer sur les mots. Comme tu le rappelles très justement : cela se sait en soi définitivement ou non ; il n'y a pas d'intermédiaire possible. Alors quoi ? ... je me joue des tours ?... Je me laisse séduire par la plastique, l'histoire, la "danse-du-ventre" de la pensée intellectuelle, cette espèce de farce ou de prétention, de fausse émancipation, "singerie hominienne" ?... Alors que j'ai déjà la solution toute prête, à portée d'être vivant, présente en moi ?... Je suis prêt à en admettre la proposition, et à partir de maintenant y veiller avec plus d'application.
J'ai répondu à brûle-pourpoint, mais je ne manquerai pas de relire ton commentaire, car je ne me fais aucune illusion en pressentant que c'est la lumière en moi qui, à travers lui, est en train de me dire quelque chose.

Bien amicalement,
Phil

Écrit par : Phil | 01/03/2009

Bonjour Monko,

Il ne fait pas de doute que ton commentaire ait touché quelque chose en moi, « quelque chose qui n’est pas tout-à-fait réglé » ?…. Un « résidu » ?… Tu as ressenti dans ce que j’ai écrit « une certaine forme de colère, de dépit ». Cette chose que tu désignes, je la nomme pas, je la ressens comme un feu. Nous sommes sur le terrain de l’alchimie, de l’observation des énergies. Un terrain passionnant ! toujours d’actualité : explorer ce qui nous anime.
Il n’y a pas si longtemps , l’un des meilleurs amis de Stephen Jourdain avait qualifié d’ « acerbes » les propos que je lui avais adressés en réponse à un passage de ses écrits, (qu’il m’avoua avoir écrit intentionnellement, par jeu, par esprit de provocation) . Ce passage se portait en jugement, un peu comme s’il avait voulu énoncer des conditions à l‘éveil, remettant en cause Krishnamurti par rapport à ses fréquentes migraines, et ramenant ainsi ce concept apparemment totalitaire de « la bonne santé », qui n’est pas sans faire résonner en moi la voix, l’accentuation très spéciale, avec laquelle Antonin Artaud le dénonçait, réagissant contre son usage dogmatique. Notre perspective accueille la maladie sous l’éclairage d’une formidable occasion de prise de conscience de notre vraie nature. Ramana Maharshi, Nisargadatta, Jean Klein, rayonnaient malgré la maladie
qui affectait en eux le corps. Dans mon entourage immédiat, en ce moment, il m’est donné de constater cette merveilleuse qualité transformatrice qui accompagne la maladie.
Ceci dit, la correspondance avec cet ami de Steve a débouché sur un échange, sur une excellence, faite de gratitude.
Peu de temps avant, un ami frappé par la leucémie, avec lequel je partageai jusque là une passion pour la musique afro-américaine et le rock’n’roll, s’est tout d’un coup intéressé à la spiritualité. Il m’avait entretenu de l’existence d’une espèce de sectarisme qu’il avait remarqué dans les médecines parallèles se disant spirituelles (à part quelques rares thérapeutes d’exception) prônant ce concept archaïque qui définit la maladie comme « la conséquence du péché ».
La question soulevée concerne en fin de compte la nature du feu, la connaissance de l’esprit révolutionnaire en nous ; il s’agit bien d’une investigation. Le sentiment de crainte qui peut survenir se réclame toujours d’une vieille appréhension d’ordre psychologique, la crainte de faillir, de se livrer inconsciemment à cet épouvantail que l’on appelle : le décervelage, le comportement artificiel, la robotisation, ou encore : la « pensée unique ».
C’est bien là ce contre quoi nous mettent en garde les termes de risque de « monisme », de « non-dualité-tarte-à-la crème », tout cet attirail de caricatures contemporaines .
Comme l’écrit cet ami, « nous ne voyons pas la perspective fausse parce que nous sommes obnubilés par la réalité ‘logique ‘ de ces objets apparemment si ‘réels’ ».
« Qu’est-ce que l’éveil ? – dit-il, plus loin - c’est éprouver toujours – moi, personnellement, à l’instant – dans l’ébullition éruptive du mouvement de la vie, qu’il n’y a que de la lumière et de l’amour … Ne reste que la difficulté de vivre en conjonction : moi et moi et moi, Le Père, le Fils et toutes les créatures-créations, icônes et déjections… ».

Écrit par : Phil | 02/03/2009

Bonjour messieurs,

Que rajouter à vos derniers commentaires ?... Rien, sinon un grand merci à vous deux.

Cher Monko, tu dis que l'éveil ne sert à rien, en précisant toutefois qu'il aide ceux qui y sont ouverts. Dans ta réponse adressée à Phil, tu dis : "L'amour du Christ, la sagesse de Bouddha influent bien plus le coeur des hommes que les empereurs, dictateurs et autres. Il n'y a pas plus actif que le sage.". Alors non, l'éveil ne sert pas à rien, il apporte tant de paix, tant d'amour, par son simple rayonnement !...

Tu écris également ceci : "L'erreur principale de la sensibilité libertaire est qu'elle croit que c'est la personne qui peut être libre". Oui, je dois dire que c'est ce qui me dérange aujourd'hui, tout autant que le matérialisme "forcené", rejetant sans appel toute forme de spiritualité. Est-ce une mauvaise compréhension de ce qu'est la spiritualité, l'amalgame couramment fait avec les religions ? Probablement... mais je n'en suis pas certaine quand je lis ceci, d'Antonin Artaud : "Je pense qu'on est homme et pas être et que l'homme n'est pas un être et ne peut pas en être un sans déchoir et sans trahir ; l'homme de la chute fut un être, l'homme devint un être en tombant, et avant, la question de l'être ou du néant ne se posait pas, et nul n'aurait pu dire, vouloir dire qu'il était ou n'était pas avant d'être ceci ou cela. Etre suppose un arrêt, un arrêt de mort qui définisse la nature et range l'homme afin de l'en imprégner assez pour le décourager de râler, de gueuler et de protester, pour le décourager d'un quelque chose qui n'est pas un état ou une chose, mais qui est le fait qu'il n'est pas une chose mais un corps, qu'il est avant tout et uniquement un corps, un corps qui ne supporte pas d'être, sans éructer et sans tonner, sans baver et sans exploser. L'homme c'est moi ; les autres ne sont pas moi."

Il a dit aussi : "dieu nous a pris un jour, quand nous étions dans l'incréé, et jamais nés, mais dieu parti il est resté des êtres qui se sont crus de purs esprits, parce que, je l'ai déjà dit : ils étaient trop lâches pour êtres hommes" ... Dur jugement !

Encore merci Monko. Et merci à toi aussi Phil.

A bientôt,

Ginou

Écrit par : Ginou | 02/03/2009

Bonjour à tous,
Sur la santé: je voudrais juste énoncer le fait que LE Maharshi, LE Maharaj, LE Klein n'ont jamais été malades. Jésus est mort sur la croix, mais le Christ est immortel. Gautama est bien mort empoisonné mais le Bouddha est hors d'atteinte, éternel. La dictature de la santé (et la peur de la maladie et de la mort qui en découlent, et qui la nourrissent) a pour venin de nous ramener au seul corps, de renforcer notre identification au corps/mental. Bien sûr que la santé est importante car si nous ne sommes pas le corps, il est tout de même une partie de notre Totalité. Mais il n'y a pas à se fixer dessus comme le font les terroristes de la santé. Je vous fais un aveu: en 2004, j'ai eu une opération du dos qui m'a éloigné de toute activité, de manière douloureuse, pendant 2 ans. Depuis, il ne s'est pas passé un jour sans que je me remplisse le corps d'anti-douleurs à cause des maux de tête quotidiens, voir migraines qui me laissent sonné pendant 8 heures. Si nous n'étions pas cette espace de liberté dont nous parlons ici, probablement aurais-je déjà ajouté à la pharmacie les anti-dépresseurs, au mieux... Depuis 2 semaines, je me suis remis au régime macrobiotique que vous connaissez peut-être. Les maux de tête ont disparu à 75 %. Et vous savez quoi? Mon bonheur n'a en rien été augmenté. Mais sur un certain plan, c'est nettement plus agréable, inutile de le préciser. Simplement, l'ignorance fait que nous faisons dépendre notre bonheur d'une situation, de l'état du corps, du monde, etc... Et bien souvent, c'est dans cette détente viv-à-vis de l'état du corps qui va permettre les bons choix pour le soigner...

L'éveil est une reconnaissance; en aucun cas une découverte. L'ultime compréhension est finalement une retrouvaille, une histoire d'amour, sans objet. C'est rentrer chez soi. Revenir à la source de cette nostalgie permanente du paradis perdu qui nous tenaillait, jusqu'alors coiffé par la souffrance, le mal-être, le non-moi, l'identification, l'illusion... La vie, si telle est notre histoire, peut continuer d'être difficile. Mais elle est incommensurablement plus simple. On est avec ce qui est, la colère par exemple. Etre avec ce qui est est être tout court. Si on est intensément avec ce qui est, il n'y a nulle place pour une quelconque illusion, pour un moi, pour une pensée "égotique". Car si une telle pensée venait, nous perdrions le contact avec la colère et la tranquillité impersonnelle qui l'accueillait. Il y a bien colère, mais personne en colère. Nisargadatta était un homme très coléreux, qui jurait souvent, insultait femme, enfants, disciples, etc... (les traductions de ses entretiens sont malheureusement très édulcorés). La colère explosait littéralement, mais l'instant d'après, il riait aux éclats d'une bonne blague... Plus de trace, plus personne pour entretenir quoi que ce soit. Lisant le récit de ta compréhension profonde, Phil, il ne fait nul doute à mon égard qu'il en soit ainsi pour toi. Nous ne nous sommes jamais rencontrés, mais je le sens comme une évidence. Voilà peut-être pourquoi, à tort, je m'étonnais de "l'esprit coléreux" de ton texte initial, qui bien entendu était loin de s'arrêter à cela!!
La société n'entretient aucune illusion, c'est l'illusion du mental qui entretient la société. Il n'y a aucun problème avec la société. Elle est le reflet de nos conditionnements. Si nous en avons fini avec notre identification, il n'y a plus de reflet, juste la pure vérité, la paix infinie. La société retourne à la source en nous, dans le coeur. En le coeur elle est purifiée...

Bonsoir Ginou, lorsque je disais que l'éveil ne servait à rien (je m'étais mal exprimé, ou plutôt pas assez), je disais que ce n'est pas en terme d'utilité qu'il faut l'aborder. Ce serait l'enfermer quelque part. Si il sert à quelque chose, c'est par sa totale absence d'intention, de calcul, d'espoir. La vision utilitaire vient du moi, de la peur, de la restriction. Le libertaire devrait comprendre l'essence et la beauté des choses, leur totale gratuité. A propos de l'aide au prochain, je me souviens de ce mot de Nisargadatta: la véritable aide est la transmission de ce par quoi "l'autre" n'aura plus jamais besoin d'aide". Je l'entend, personnellement, sur le plan "existentiel", psychologique. On peut avoir besoin de manger, de se vêtir, mais ce n'est pas un besoin du même ordre. Bizarrement, pour celui qui a réalisé l'essentiel, le reste a tendance à venir naturellement, les bonnes rencontres se font, etc...car il n'y a plus de barrière psychologique, le champ du regard est total, pure ouverture...

Merci de tout coeur pour ces échanges mes amis,
Avec toutes mes amitiés
monko

Écrit par : monko | 02/03/2009

Merci Monko pour cette lampée de lumière!.
Il se sait en moi qu’il en est bien ainsi. C’est impensable !… cela se reconnaît comme profondément vrai, indiscutable, inexplicablement « chez moi ».
Cela se sait et cela se… ? comment dire ?…quel verbe employer pour décrire cette altération, ce dérapage élaborant immédiatement à mon insu : une situation mentale, une anecdote psychologique, une caricature contextuelle, un faux-langage qui se croit autorisé à « mettre les pieds dans le plat » de ce truquage que précisément il s’évertuerait (s’imaginant je ne sais quelle « compétence ») à dénoncer ?… Bien trompeuse « compétence » !…
J’ai relu trois fois, lentement, phrase par phrase, mot par mot, ta réponse, et n’y trouve absolument rien à redire.
Parfum de la source, de la clairière, chaque fleur à sa juste place.
Baigné dans cette reconnaissance, satisfaire à notre essence.
« Les bonnes rencontres se font » et la nôtre en est une, même si nous ne nous sommes jamais rencontrés. Oh, sûrement !.

En amitiés,
Phil

Écrit par : Phil | 03/03/2009

Bonjour Monko, bonjour Phil,

J'ai lu ton dernier commentaire hier soir, Monko et, chose exceptionnelle chez moi, ce matin j'ai eu à me mettre en colère... A l'ordinaire, mes colères sont explosives et me laissent, un bon moment, un sentiment très désagréable. Ce matin, j'ai immédiatement repensé à ce que tu avais écrit ici, et il est devenu évident pour moi, que la colère ne m'habitait pas. Elle est venue à moi, au moment où elle devait venir, mais elle est repartie immédiatement, sans déranger ma tranquillité habituelle. Tes mots d'hier ne pouvaient pas mieux tomber !
A propos de l'aide, sur le plan matériel aussi, la plus grande que l'on puisse donner aux autres, c'est de leur apprendre à se débrouiller seuls pour tout. C'est aussi de cette façon-là que j'avais compris Nisargadatta.
Quant aux "bonnes rencontres", même si je n'ai pas "réalisé l'essentiel", je ne cesse de m'étonner de celles qui viennent à moi depuis juillet 2007. Je ne saurais pas dire pourquoi à partir de cette date-là, sinon que j'en ai fait une qui a peut-être été capitale (?) et qui en a permis d'autres, toutes plus belles les unes que les autres !

Phil, j'espère malgré tout que tu continueras à les mettre, les pieds dans le plat. Des textes comme tu nous as offert ici, on aimerait en lire plus souvent. Mais tu es seul juge...

Bises à vous deux, et à très bientôt,

Ginou

Écrit par : Ginou | 03/03/2009

Hé bien de mon côté, puisqu’il semble que malgré tout ce qui a été dit et redit, nous naviguions encore dans les eaux du « moi », je dirais qu’il y a plus insidieux qu’une bonne colère ; il y a forfaiture faite de forfanterie, faiblesse , emplâtrerie, cette espèce de piraterie en demi-teintes que l’on s’accorde dans le clair-obscur en s’oubliant carrément, en se croyant tout d’un coup bien à l’abri, sur un trône et sous une coupole, la plume en main, tandis que le Malin bave de satisfaction en se frottant les mains. Et puis « pof ! » ça lui pète entre les griffes au moment où il s’y attendait le moins. « Je ne suis pas cela ! ». En parlant de « pieds dans le plat », c’est de ce miroir-aux-alouettes que je voulais parler. Car ce plat-là est un fast-food de la pire espèce, entraîné à piéger le « pneumatique » en nous-même, une espèce de jalousie déguisée, sur fond d’ignorance évidemment !. Radars de basse altitude. Forme-mirages d’altitude !…des gouffres !!!. Boniments de la « cause » et les vanités des « effets » !… J’ai dû m’assoupir en laissant la radio allumée, et c’est le mental qui tenait le micro. Et ce que je viens d’écrire là : sans valeur aucune ; encore une forme de film !. Le silence est au courant.

Écrit par : Phil | 03/03/2009

Bonjour à tous,
Le véritable "je ne suis pas cela" ne peut pas être "je ne suis pas cela", c'est-à-dire une pensée. C'est une évidence silencieuse, au-delà de tout ressenti, de toute émotion, de toute pensée. La pensée "je ne suis pas cela" fait partie du décor, du cinéma. Ca n'a de toute manière aucun effet, ou très faible.
Et en réalité, lorsque la colère explose, nous ne sommes que colère, car il n'y a personne pour être en colère. Etre totalement, intensément la colère, sur l'instant, c'est être totalement tranquille. C'est un mystère... Etre tout ou n'être rien (de ce qui apparaît en nous) sont les 2 faces d'une même perspective. Dans l'advïta, on met l'accent sur "je ne suis pas ce qui est perçu", et dans la voie non-duelle du tantrisme cachemirien, "je suis tout ce qui apparaît d'instant en instant". C'est la même chose. La saveur change, mais elles mènent toutes les 2 à la paix du coeur. La misère, c'est être entre les 2, sur la tranche (...)
A bientôt tous deux, au plaisir de vous lire
Amitié
monko

Écrit par : monko | 03/03/2009

Oui, Phil, je comprends. Mais ce que je crois comprendre aussi, en lisant ce commentaire, c'est que tu sembles en colère après toi. Pourquoi ? Ne n'accordes-tu pas le droit à "l'erreur", à un moment "d'inattention", de "faiblesse" peut-être ? Ce n'est pas bien méchant !...
Je te trouve très dur envers toi-même.

Je t'embrasse,

A bientôt

Ginou

Écrit par : Ginou | 03/03/2009

Merci pour ton commentaire, Monko ! Je ne sais pas si c'est à moi que tu réponds, à Phil, ou à tous les deux, mais il me semble que ce que tu as écrit peut valoir pour l'un comme pour l'autre.

Amitiés et à bientôt !

Ginou

Écrit par : Ginou | 03/03/2009

Bonjour Monko,

Une « évidence silencieuse », oui, c’est ainsi que cela se fait connaître. Je ne vois pas de contradiction entre les deux faces « je ne suis pas ce qui est perçu » et « je suis ce qui est perçu ». La pensée : je distingue l’intuition, spontanée, l’intelligence pratique, fonctionnelle, qui peut aussi s’étendre à la création artistique, et la rêvasserie. Mais la présence du ressenti, de l’émotion, du sentiment, de même que celle de la colère, je ne peux la considérer comme irréelle. « Tout compte » comme disait Steve. Mais c’est l’implication personnelle qui nous joue des tours.
« Etre totalement, intensément la colère, sur l'instant, c'est être totalement tranquille » réveille en moi ces moments vécus dans un climat ambiant de colère, dans lequel je me sentais guidé par la conscience observante, par cette vigilance à ne pas attiser la braise en cédant à une réaction. Une intensité de présence, d’écoute, m’habitait, émanant d’un arrière-plan tranquille. C’est même dans ces moments apparemment chaotiques, épouvantables, déchaînés dans le négatif, que le courant d’amour sembla prendre la relève, en émergence, en efficience. Ces moments, il n’y avait personne pour les « subir » ; j’assistai simplement au spectacle de représentations mentales volant dans tous les sens. Je me sentais confiant. Il apparaissait clairement que cette crise avait explosé à partir d’un malentendu stupide, un prétexte, une fixation, un oubli de la surabondance du moment présent. Peux-tu me dire quelque chose à propos de cette confidence ?…
Amicalement,
Phil

Écrit par : Phil | 04/03/2009

Bonjour Phil,
Je pense que la véritable colère est sans cause, sans histoire. Si nous sommes intensément présent, intensément présence, de quel mémoire la colère pourrait-elle apparaître? De quel élément temporel? Si nous sommes intensément présent, rien, colère y compris, ne peut nous déraciner de l'instant que nous sommes. L'instant présent étant plénitude, pure tranquillité, cette tranquillité impersonnelle qui coiffe agitation et absence d'agitation ne peut être atteinte par quoi que ce soit. Alors la colère est juste, expression de la perfection présente. La tranquillité, l'instant se font colère. Elle ne dérange pas. Elle ne naît de nulle part, si ce n'est de la totalité, et ne concerne rien ni personne. Cette colère n'est pas agitation. L'agitation, c'est la présence d'un moi. Par la présence d'un moi, nous ne faisons plus un avec la colère, et alors la tranquillité est perdue, le conflit dualiste apparaît, les commentaires sur ce qui est apparaissent. C'est cela l'agitation. Cette colère n'est qu'une réaction, l'expression d'une restriction, d'une insécurité, d'une peur... Le moi est notre principal problème, non la colère. Le moi est une fixation mentale, la fixation sur une pensée. Cette fixation est un viol de la nature profondément fluide des choses. La colère, elle, n'est que mouvement, un ensemble d'éléments qui se manifestent à un moment. "Colère" est un concept, au demeurant. On l'appelle comme cela par convention. Cette "colère" pure est l'expression du cosmos en nous, EST le cosmos. La véritable colère est une explosion tranquille (...)

Entièrement d'accord avec toi sur la question du ressenti, de la perception. Par exemple, le corps est ressenti. Le corps en tant que concept, en tant qu'objet de perception n'existe pas; ou tout au moins est bien moins réel que la perception de l'instant. La perception pure est Conscience. L'objet de perception n'est qu'une expression, une ombre de notre lumière. Mais à propos de ce que tu expérimentais dans la deuxième partie de ton texte, je n'ai rien à dire. Ce qui est ressenti est vrai, sur l'instant... Et puis je dirais que la surabondance de l'instant dont tu parles ne peut être une pensée, une mémoire. Si c'est une mémoire, il est normal que l'oubli apparaisse. L'instant et sa plénitude ne peuvent se trouver dans la mémoire, dans la pensée. Néanmoins, il existe une sorte de mémoire, non psychologique, organique. On pourrait l'appeler la mémoire organique du corps subtil. Lorsque la plénitude de l'instant, l'amour nous submergent ici et maintenant, sciemment, le corps subtil en garde une vive mémoire, la mémoire d'un parfum, d'un ressenti, pas d'une pensée. Et cette mémoire peut nous ramener à l'instant, si l'esprit s'est échappé dans le devenir, la rêvasserie. L'esprit ne peut rétablir l'esprit. Le corps réel ne peut être ailleurs qu'ici et maintenant. Le mental aussi, mais il a la capacité de l'oublier...

Par rapport à ce que dit Steve, c'est parfait. Plutôt que "tout compte", je dirais plus "tout est", car dans l'expression "tout compte" il pourrait bien pointer une pointe d'implication personnelle, psychologique. Mais je ne crois pas que c'était présent dans sa formulation. Je coupe un peu les cheveux en quatre... Et comme lui, je pense que le problème est l'implication psychologique dans ce qui est. Ce qui est ne contient rien; l'implication est nourrie d'un manque que la personne croit pouvoir combler dans la situation. Vivre ainsi est un manque de clarté, de perspective. La beauté de ce qui est est imperméable à l'esprit impliqué, à l'intention (et la tension) permanente qui l'habite. Donc bien sûr, les 2 formulations "je ne suis rien" ou "je suis tout" sont unes. Ce sont 2 formulations qui pointent la même "chose".

Me suivrais-tu dans ce bavardage?
Amicalement (très),
Monko

Écrit par : monko | 04/03/2009

Cher Monko,

Dans l’ensemble, je suis d’accord avec ce que tu écris. Certaines précisions que tu apportes se reconnaissent en moi (ex.: "la surabondance de l'instant ne peut être une pensée, une mémoire", et : "la mémoire organique du corps subtil "...).
Ce qui est extraordinaire, oui c'est à mes yeux un sujet d'étonnement, c'est que cette intense présence transcende le temps, tout ce qui tendrait à se formuler en histoire, en "moi", à l'"extérieur" comme à l'"intérieur", car l'idée de séparation ne prend pas.
« L’objet de perception n’est qu’une ombre, une expression »… Dans ce que j’expérimentais (dans la seconde partie de mon texte) et sur lequel tu n’as rien eu à dire, il y a cependant un facteur que je parviens mal à discerner, c’est que ces explosions de colère qui se manifestent assez régulièrement, dans mon environnement immédiat, mettent en valeur un moi de souffrance, qui se définit en revendications, en mal-être, en constants rappels de son histoire (faite de drames familiaux, d’une multitude d’accidents et d’incidents violents, etc…), projetant très souvent des images, obnubilé par la quête d’un ailleurs, d’un autrement, comme une agitation-provocation qui surgirait des abîmes ou des antipodes de ce qui m’habite en présence - "violant la nature profondément fluide des choses" – certainement !. Et tout le champ du perçu étant admis comme étant moi, je me dis qu’il y a certainement un sens, une raison, à cette rencontre-confrontation qui je le précise n’est pas vécue en moi négativement, bien au contraire, puisqu’elle m’a permis d’affiner la perspective non-duelle à même le vécu, et peut-être de gagner en maturité spirituelle. Ce qui domine dans cette relation, c’est l’amour, impersonnel, même si par moments il est confronté à ce genre d’épreuves. Est-ce « normal » ?…

Écrit par : Phil | 04/03/2009

Bonsoir Phil,
En fait, à mon sens, la Présence ne transcende pas le temps car Elle précède la naissance du temps. Le temps apparaît en elle. Et comme elle n'est pas un objet, elle ne peut être liée par les lois qui s'appliquent aux objets. La transcendance est le point de vue de ce qui veut être transcendé. Seul le moi veut "atteindre" le non-moi. La présence intemporelle est la normalité même. Mais elle apparaît comme extraordinaire, notamment dans notre monde hypnotisé par les promesses illusoires des objets, marchandises... Magnifique! Faire connaissance avec l'extraordinaire normalité naturelle de l'être est une joie sans limites...

Concernant le moi en souffrance dont tu parles, il faut voir, à mon avis, qu'il n'est qu'une pensée, une tension corporelle, un commentaire. Il apparaît dans le paysage de ton expérience, dans la Conscience. Prends-en juste note. Laisser ce commentaire s'exprimer et se fondre dans notre "détachement bienveillant". Tu es l'ultime désir de ce commentaire, de ce "moi" qui en fait est un non-soi. Tu es ce en quoi le commentaire, la tension veulent s'éteindre. Le "moi" souffrant veut trouver la sortie de son agitation incessante en Toi, et se taire enfin, se fondre dans l'éternel silence joyeux que nous sommes. Laisser les choses s'élever dans notre indifférence bienveillante est la non-action la plus active et efficace pour permettre à ce qui n'est peut-être pas encore définitivement réglé de se libérer enfin. Tout ce qui se présente (et à fortiori ce qui est en souffrance) a besoin d'amour et de compréhension. Par chance, c'est ce que tu es. Ce n'est pas pour rien que ces objets t'ont "choisi". Il n'y a aucun hasard. Tout ce qui souffre est bruyant, et a besoin de ton Silence.
Cela dit, il n'est que de peu d'intérêt de passer sa vie à régler nos problèmes, c'est sans fin. En fin de compte, il suffit de voir qu'il n'y a personne, juste cette absolue ouverture en laquelle le film défile sans cesse. C'est cette écoute non dirigée, sans but qui soigne tout. Il en va de même d'ailleurs pour la psychanalyse. Ce n'est pas tant l'approche thérapeutique que la qualité d'écoute du thérapeute qui soigne....

Tu parles du sens des choses. De moin point de vue, tout ce qui se présente en nous n'a aucun sens. La vie n'a aucun sens. Penser qu'elle en a un est l'expression de notre sentiment d'insécurité, de la peur. Pour qui en auraient-ils? Pour le moi, effectivement, qui, s'il ne trouve pas en nous l'écoute nécessaire, devra un jour prendre rendez-vous chez le psychanalyste si cette "recherche" du sens subsiste. Le moi est incomplet et se cherche dans les choses, guette un signe, veut tout expliquer, même les rêves!... Cette attitude (là j'extrapole à partir de ton texte) est un manque de clarté qui nous extrait de la beauté gratuite de la vie. Mais pour le sens des choses, on pourrait dire, dans une perspective pédagogique, que leur sens est d'être perçu, sciemment. En étant perçus, ils pointent en nous le percevant. Mais une fois le percevant totalement révélé, quel sens? A quoi? Le seul sens de la vie, c'est la vie elle-même, c'est Toi, c'est le Soi. La vie objective se déploie en nous et portent sa propre beauté, et sont le véhicule de la paix du "créateur", de la Conscience. Nous entrons alors dans la dimension magique de la célébration. C'est alors pour Se célébrer que nous allons écouter de la musique par exemple. Mais la musique en soi n'a aucun sens. Nous sommes son sens, en quelque sorte...

Pour le Soi, il n'y a pas d'épreuve. Il est la perfection même. Pour le Soi, il n'y a rien d'anormal...ni de normal. Il n'y a que le Soi, qui brille en soi dans le coeur et dans les myriades de phénomènes, qui partent du coeur et y retournent... Les choses font une brève apparition dans l'espace-temps, pour la joie, et retournent à notre bienveillante et joyeuse vacuité...

Y a-t-il quelque chose là-dedans qui fait... oui, sens, pour toi?
Bien à toi
Monko

Écrit par : monko | 04/03/2009

La lecture de ton message m'a plongé dans un état émotion que je n'ai pu contenir; au fur et à mesure que je t'entendais, les larmes affluaient et débordaient.
La réponse à la question sur laquelle se terminait mon dernier post est apparue ce matin au réveil, ou plutôt dans le demi-sommeil qui le précède; elle resplendissait!. on dit que "la nuit porte conseil" ... cela va plus plus loin encore, plus profond en nous-même. La nuit éclaire le jour. Sur la question du karma qui est un peu la trame de fond de ce qui me préoccupait ces jours-derniers, carte du ciel à résoudre puis: deux façons d'entendre le ce verbe résoudre, celle du sans façon, de la résolution qui se fait à partir de l'intuition de la révélation ou reconnaissance, du sans-moi, le cherché étant le chercheur, la psyché naissant et mourant dans la conscience, et l’intellect qui dans sa passion exploratrice, au lieu de se tenir tranquille, réceptif, "s'enmêle les crayons" - ce non-savoir participant au mieux qui soit à cette "exploration" qui est en fait : reconnaissance, comme tu l'as si bien souligné, en s'égarant dans l'illusion séductrice d'une représentation schématique, oubli du Vivant !...
Je t'ai recopié là les notes que j'avais émis l'intention de poster, mais après avoir lu ce que tu m'as écrit et que je vais relire car elle m'ont touché bien plus que je ne saurais le dire... Les mots me manquent pour traduire ce que je ressens, ce qui s'est réveillé en moi à la lecture des tiens.

Écrit par : Phil | 05/03/2009

TA JOIE EST MIENNE

Écrit par : monko | 05/03/2009

Pourrais-je savoir ce que devient Carole, ses chats et tout le reste. Cela fait quelques années que je vous ai perdu de vu et j'aimerai bien reprendre contact :)

Écrit par : marie | 01/04/2009

Bonjour Marie,

Je connais plusieurs Marie. Tu peux trouver les coordonnées de Carole sur son blog:
carolelebourgeoi.canalblog.com/
ou si tu n'y parviens pas taper son prénom suivi de son nom sur Google; tu trouveras son blog.

Cordialement,
Phil

Écrit par : Phil | 01/04/2009

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