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02/05/2009

Ô MERVEILLE !

Nous vivons quelque chose de tout à fait inouï ; nous sommes porteurs de merveilleux. Rares sont ceux parmi nous qui s’en aperçoivent au point de laisser l’émerveillement que suscite cette constatation, les habiter, les guider.
La Merveille échappe à un univers conceptuel limité et limitant ; elle ne doit rien au mythe ; elle se révèle plutôt comme une indéfinissable invitation de tout instant, se jouant en nous-même, injustifiable, inexplicable.
Il est frappant de constater qu’une grande majorité d’entre nous cultive une réticence mêlée de suspicion et d’anxiété vis-à-vis de tout ce qui touche à l’étonnement que l’on a tôt fait de confondre avec de l’hébétude, et s’empresse de se « faire une idée ». Réflexe qui s’intègre dans une structure d’idées reçues, de poncifs admis. Mystification !. Hé oui, on est trompé de tous côtés !. Il n’est pas question d’accuser qui que ce soit ; il s’agit là d’un phénomène entropique, né d’une espèce d’avachissement dans la pensée, qui nous guette à tout moment. On a pris l’habitude de se tromper, sciemment, et on patauge là-dedans !.
La conscience n’est pas un concept abstrait, assignable au domaine abscons et réservé des spéculations philosophiques. Penser cela serait renier la valeur, la qualité, de ce que l’on vit, de ce qui se sait en nous ; ce serait amener un différé là où il n’y en a jamais eu, nous subjuguant aux postulats d’autrui, nous séparant de notre intuition. La conscience nous relie naturellement au sentiment du sacré, à l’intemporel, à notre essence. Elle est ce qui nous habite lorsque la pensée vagabonde, agitée, obsédée par des images fixes, armée de réflexes défensifs, se tait, et laisse place à la pure observation, lorsque cesse la projection. Car tout se passe comme si nos prétendues existences concrètes ne cessaient de se prêter à des applications « cinématographiques ». Nous entretenons en nous un « cinéma » qui n’a pas lieu d’être. Avec le concours - les béquilles ! – de nos prétendues connaissances, nous ne faisons que simuler un comportement constitué d’artifices, de ruses, qui nous détourne et nous soustrait à la véritable présence à l’instant, ainsi déshonoré.
Dans cette ouverture silencieuse que nous sommes, qui est écoute, on s’aperçoit que tous les problèmes qui s’appréhendent à partir d’un état conditionné par des tensions, des croyances, impliqué dans des représentations mentales, perdent leur caractère tumultueux.  On use inconsciemment d’un stratagème hallucinatoire qui consiste à chercher  à l’extérieur, l’assentiment, la « preuve » en quelque sorte, de la réalité de ce que l’on éprouve, de ce que l’on ressent  en soi, intérieurement .
L’écoute est initiatique lorsqu’elle est ouverture à l’Ouverture que nous sommes. Elle est toujours fraîche. On ne peut s’en emparer, ni la considérer comme une activité. Elle est ouverture invitant à l’ouverture, laissant simplement ce qui est s’éveiller  à ce qui Est.
Rien à voir avec cette forme d’écoute dirigée, analytique, médiatisée, qui conduit à des comportements qui ne font que compliquer les choses à l’infini. Elle est non-impliquée dans le bavardage mental, la tyrannie de l’évaluation, du diagnostic, de la  spéculation psychologique.
Un consensus trivial, armé de cette arrogance qui passe pour expression d’ accomplissement, d’un « développement personnel » , vient colorer, façonner notre existence, l’emprisonnant dans des états auxquels nous nous identifions. Fantasmagorie qui s’enracine et trouve sa nourriture sur ces faux-repères que sont les objets de prédilection, devenant très vite hameçons, objets de propagandes. Il existe en effet, un consensus onirique puissant dans ces représentations qui ne témoignent que d’impulsions préhensives, d’ingratitude, de non-respect du  monde du vivant. « Quand notre ‘sosie en rêve’ se connaît comme étant toute chose dans son monde de rêve, comme disait Wei Wu Wei , le rêveur se rend compte qu’il n’est plus en train de rêver ».  Monko écrivait aussi, récemment (dans son blog : « propos sur la non-dualité » sur canalblog.fr, que je vous invite à visiter)  : « IL N’Y A RIEN A FAIRE », et il expliquait pourquoi. Que les choses se fassent TOUTES SEULES, comme par magie, c’est bien ce qui était entendu dès les premiers mots alignés au début de cette note, à propos du Merveilleux..
Nous ne l’avons jamais assez dit et redit dans ce blog : ce sont les concepts auxquels on s’attache, qui sont erronés. Il faut être plus rapide qu’eux pour les démasquer, et cela n’est possible que par la grâce, que l’on ne peut quémander. Cette comptabilité compulsive issue de  vieilles lubies de la pensée constructive n’aboutit qu’à la déception.
Le Merveilleux tire sa saveur de l’impensé, de l’impensable, de l’imprévisible, du spontané, de la Joie dans laquelle se manifestent les surprises, la « bonne nouvelle », le « verdoyant voici que » comme disait Maître Eckhart. C’est une reconnaissance de la Beauté, bien au-delà du sens esthétique, comme de tous les sens limités que nous pouvons expérimenter. Elle survient chaque matin, lorsque l’activité cérébrale n’est pas encore sollicitée, lorsque nous nous éveillons comme dans un rêve, encore imprégné de la source, du sommeil profond, du « non-manipulable » . Regard neuf, innocent, dégagé de toute histoire, dont on ne peut parler comme d’une « expérience » tellement cela baigne dans la clarté naturellement unifiante , antérieure à tout concept, émanant d’elle-même, se passant d’explication.
Lorsque l’on évoque la Beauté, on évoque quelque chose d’insaisissable ; l’art ne peut qu’en donner une parabole. La Beauté n’est pas un objet. La vraie richesse se tient dans le regard, dans l’immatériel. Les objets auxquels on accorde le plus de valeur et qui attisent la convoitise ne sont en fin de compte que des reflets d’un trésor enfoui en nous, qui a vertu transfiguratrice, et qui renvoie  constamment  vers la source, vers l’inouï, l’impensable, l’ultime réalité. Encore s’agit-il de ne pas se méprendre. Cette magie n’est pas opérationnelle au sens où l’imagination aurait tôt fait de l’appréhender ; elle est opérante sans opérateur. Le secret de cette transfiguration, c’est l’amour, l’acceptation sans réserve, l’accueil. En nous fondant en cela, la lumière originelle se révèle, surabondante, bien plus réelle et plus vivante que toute « vue de l’esprit ».  De toutes manières, nous ne pouvons demeurer en un quelconque état magique ou onirique, c’est inscrit dans la nature des choses.
Il se peut que l’image créée par la lumière subisse une diffraction, disons plutôt : une « expression », dans une distance cosmique phénoménale, apparemment très éloignée de la source, et c’est là le lieu où règne l’obscurité, l’ignorance, où se signale la réalité perfectible de la condition humaine. Il est merveilleux de se rendre à cette évidence que l’œuvre est entièrement  créée par la Conscience.  Cette œuvre étant alors reconnue comme celle de la lumière créant l’image rêvée de la vie sur Terre, et la merveille qu’est l’esprit libre, répondant naturellement et spontanément à toutes les situations sans rencontrer le moindre obstacle.
Mais comme disait Stephen Jourdain : « mon esprit est  le songe de mon âme ». Et il ajoute : « tant que mon âme a conscience de la nature de songe de ce songe, tout va bien, tout est dans le vert ». Ça commence à se corser « dès que mon âme prête à ce songe une réalité indépendante », et il compare cet « accident » au paysage autour de notre maison qui était la campagne, la paix, le silence, qui serait tout d’un coup devenu un aéroport assourdissant, en plein traffic.

Tumtum. 1er mai 2009

Commentaires

Bonjour Phil,

C'est un grand bonheur de lire une nouvelle note et, Ô Merveille, celle-ci en particulier !... Que de fraîcheur pour un début de printemps !

Tout ce que tu as écrit résonne en moi, et se rapproche assez d'une conversation que j'ai ces jours-ci avec une amie au sujet du coeur et de la raison. Comment peut-on ne pas voir que la raison se met en travers des voies du coeur, qu'elle étouffe l'amour, le remplaçant par le refus, le rejet, créant des clans et faisant naître la haîne ?! Il est pourtant si simple de jeter les armes et de laisser l'amour éclore ! Il n'est même pas utile de le vouloir : "il n'y a rien à faire"...

Je ne sais pas si elle voudra lire cette note, mais je la lui signalerais. Merci de l'avoir publiée !

Je t'embrasse, Phil !

A bientôt,

Ginou

Écrit par : Ginou | 02/05/2009

Bonjour Phil,
Heureux de te lire à nouveau, surtout que j'aime particulièrement ce texte qui dégage une réelle "simplicité" qui ne fait que renforcer le "message", lequel est la simplicité même...
Je me suis arrêté sur le passage où tu dis que ce sont les concepts auxquels on s'attache qui sont erronés. Bien sûr, c'est l'attachement lui-même qui est le problème, sans que ce soit une erreur pour cela. Il n'y a rien à changer aux concepts, même si tu pourrais me rétorquer que la fixation sur un objet (une pensée par exemple) crée un concept. Par exemple, le corps en tant que concept n'est qu'un fantasme. Idem pour le mental. Mais sensations et pensées existent bien à l'instant de leur apparition. C'est la fixation, la fascination mêlée à la peur de ne rien être qui, par l'attachement, qui crée un concept "solide", à partir de ce qui n'est que "liquide"... Mais tout est Conscience: l'attachement, en ce sens, n'est pas une erreur de la nature. Mais en Conscience, si je puis dire, nous devons prendre note de son mécanisme et de la souffrance générée. Mais plus tard, dans ton texte, tout est rétabli par la citation de S. Jourdain qui vient très bien ici. En effet, quand le songe n'a plus le pouvoir de nous fasciner totalement, nous pouvons demeurer pure Liberté en sa présence. Et ce songe n'est que Conscience, car il n'y a jamais eu, n'y a pas et n'y aura jamais autre chose que Conscience. Chaque expérience, profondément, n'est qu'une expérience de Conscience. C'est bien cela, comme tu le dis très justement, la Merveille des merveilles.
Merci, Phil,
Amitiés,
Monko.

Écrit par : monko | 17/05/2009

Merci Monko ! C'est une gentille intervention qui me touche beaucoup. Je vois que nous sommes d'accord sur le fait que la Conscience coiffe tout, et que la prise en note des attachements possède un caractère instructif, même si cela n'apparaît pas immédiatement. Il en est un peu comme un rythme avec lequel on se familiarise. La prise en note des mécanismes restitue l'espace de la Conscience, espace de lumière, de connaissance.
Hier soir, sur le pas de la porte de la cuisine, il s'est produit l'un de ces aperçus de la nature, tout à fait extraordinaires, qui ne surviennent qu’un bref instant, instant de grâce – quelques secondes, à peine - qui dépassent en beauté toutes les peintures que l’on peut voir dans les musées. Instant de joie intense, renvoyant à l’inobjectivable, à l’inaccaparable, à l’inaccessible. Instant de saisissement, de ravissement. De pareilles choses se produisent lorsque le regard est laissé ouvert, totalement libre, innocent. Et, contrastant singulièrement, dans "l’ici-bas", un écran de télévision allumé dans l'une des pièces intérieures édifiait que les programmes de divertissement sont adressés à une mentalité « adulte » consignée à l’âge de 12-13 ans , et que « la Loi » implique la « tolérance à la torture » !… Comment peut-on s'attacher à semblables "liquidités" ?!!!...

Écrit par : Phil | 18/05/2009

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