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06/10/2010

DE LA FUMISTERIE DES EMBLEMES

L'emblème est une invention à caractère projectif, un figement représentationel, associé à une propagande, qui s'arroge le droit de manipuler des images à fin de manipulation.
L'emblème est l'objet d'une image créée dans l'intention d'imposer, de valoriser une idée, en faisant appel à l'analogie, bien que celle-ci soit malgré tout déjà investie, préparée par un codage mnémotechnique préalablement enseigné, c'est-à-dire imprimé dans le cerveau, sans aucun souci éthique, ni écoute, ni circonspection réellement attentive, puis en spéculant sur l'effet d'hypnose créé par la répétition. L'image emblématique s'accompagne souvent d'une devise, légende contextuelle, montrant par là son insuffisance à exprimer le sens.

L'emblème, depuis l'origine des temps, est une industrie hominienne exploitant le symbole à des fins magiques, directives, dominatrices, autant impératives qu'impérialistes, industrie qui ignore l'imposture des sens dans laquelle elle s'affirme et oublie la faculté imaginale révélatrice capable de la démasquer et de l'anéantir.
La description magicienne ne fait que décrire son propre internement dans la psyché dualiste, son idolâtrie séculaire, millénaire, son  dévoiement  techno-totalitaire, enraciné, obnubilé par des concepts totalitaires réducteurs. Cette magie attentiste est aliénée ; gouvernée par la fascination et l'effroi en toile-de-fond, elle s'est condamnée à la figuration ; elle se supporte elle-même difficilement, ne cesse de se planquer, ne connaît qu'une forme d'accueil hypocrite, prompt à la défensive ; elle se meut dans les cadences qui ne savent plus exprimer que la misère du faux-semblant, du masque à la mode, du simulacre conventionné, dans une gesticulation astreignant continuellement à l'ajournement. De quoi ?
Mais de la perception pure, qui respecte le rythme de la vie, qui nous invite incessamment à dissoudre le fléau de ces projections figuratives objectivantes, cet attentat quasi-permanent,  pollution envahissante, pour rappeler la vie à la vie.

Hors de toute parade, de toute ingérence, la présence en laquelle se discerne l'artefact responsable de cet immanentisme frauduleux, est capable de dissoudre instantanément la fumisterie orchestrée de l'identification et de la revendication qui défile sous les emblèmes.
Nous vivons dans un phénomène existentiel mal interprété, dans lequel la totalité des emblèmes consolide la méprise, la confiscation de l'imagination créatrice, l'oubli constant de notre condition première d' Enfant de la Vie. Nous nous prêtons à un consensus de cauchemar dans lequel nous nous orphelinons de nous-même, de l'appel à son infini dépassement. Nous ne faisons que piétiner dans les ornières de l'espoir et de la déception qui collent au fantasme de l'éligibilité et de la légitimation. Vanités millénaires.
Il n'y a aucun art dans l'usage intentionnel des images. Le magicien est un fumiste, un bricoleur, un "fayseur". L'art n'emblématise pas ; il fait exactement le contraire de cette détestable pratique idéo-logique qui extirpe et fige comme on collectionne les preuves de son hébétude : il rend à la vie, à l'expérience vivante, qui n'est pas un état, et ne majuscule ni ne généralise les fabrications de l'esprit.

Dans ma vision ordinaire, l'emblème s'installe en parasite, en intrus ; il voudrait m'imposer le règne de son étiquetage verbal et mental, de son obsession modélisée. Ma vision est libre des stéréotypes, libre de découvrir  un sens radicalement différent de celui qui ne sait se manifester qu' en outrance, qu'en viol du champ de la perception. La barbarie des emblèmes est une manière de chiffonniers, qui tient de cette grossièreté de montrer, de faire étal, d'attirer l'attention d'autrui en entretenant l'ignorance d'une sensibilité et d'une intelligibilité plus étendues qui procèdent de la vie, de ce qui se donne dans l'ouvert.
L'emblématique consent de façon complice au règne de l'imbécillité où les borgnes sont rois, terrain du bateleur de foire, de l'escamoteur,  et de la représentation "fumeuse" qui s'enferme dans ses propres mirages en croyant "enfumer" son public.
Fumisterie, car il s'agit bien là du suscitement en apparition d'un nuage toxique, d'un brouillard aveuglant, porteur de toutes les hallucinations de l'imaginaire, laissant croire qu'un principe objectif serait capable d'occulter le sentiment de soi, et donnant ainsi  en un clin d'oeil, plus de consistance à une réalité extérieure, qu'à ce surgissement premier qui se sait être : moi. Qui fait l'expérience de cela ? Celui qui n'est pas dupe de la falsification, du tour de passe-passe, de l'investissement inconscient qui s'effectue lorsque notre esprit en dérive de vigilance et d'expertise, se met à objectiver, s'accapare, s'em-pare, s'identifie dans le reflet, à défaut de laisser s'épiphaniser la "réflection" qui porte en elle la révélation de toute "réflexion", de tout réfléchissement, dans un "monde extérieur" qui n'existe pas, trahissant de sorte l'unicité de notre essence vivante.
Les emparements bien qu'ils soient nourriture avariée se multiplient comme des petits pains sur la scène de l'illusion, monnaie de singes d'un individualisme tout aussi factice que les emblèmes collectifs hantés par la mémoire et la couleur du sang, noyés dans un mimétisme d'avatars manufacturés, embaumés dans leur emballage final.
Mais dans l'ombre du désemparement, ne se meuvent pas que des tueurs ou des terroristes-kamikazes, car il est, voyez-vous, de tout autres inspirations, qui sachant marier urgence et patience, s'échangent en secret le levain du Vivant.

 

Tumtum

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