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30/10/2010

EXISTE T'IL UNE VIE AVANT LA MORT ?

La question-titre  de cette nouvelle note est empruntée à Pierre Rabhi, un homme remarquable. A la lecture de Krishnamurti, tout a changé dans sa vie. Il s'est libéré "de toutes ces pesanteurs et appartenances à une race, à une culture, à une religion", émergeant à lui-même, dans sa vraie nature, hors de tout cela. "Ma vie de paysan est devenu un chemin initiatique car je me suis rendu compte que l'esprit est partout" (...) "D'une spiritualité avec configuration, je suis passé à une spiritualité sans configuration. Il faut apprendre à vivre l'indicible".


On apprend que tout ce dont le MEDEF s'est montré capable, face à Pierre Rabhi, fut de l'inviter "à réfléchir sur la question de savoir s'il existe une vie après la mort" !...Voilà qui atteste la duplicité séculaire du pouvoir patronal, prétendument laïque, usant de la pire digression bondieusarde : celle qui renvoie à ordre moral féodal s'appuyant sur la propagande du devenir voire d'un salut futur, dans un "au-delà", afin de mieux manipuler le présent.
Et Pierre Rabhi de répondre :   
"Moi, ce qui m'intéresse c'est ce qui existe PENDANT QUE JE SUIS VIVANT,  s'il existe une vie AVANT la mort !...". Et il poursuit :"Il n'y a rien de plus horrible que de naître pour travailler jusqu'à la fin de ses jours. Dès la maternelle et jusqu'à l'université, l'homme est enfermé dans une espèce de PENITENCIER, ensuite il y a des casernes, on va dans des boîtes, petites ou grandes, et pour s'amuser on va en boîte, et bien sûr on y va en caisse, et puis ensuite il y a les boîtes où on met les vieux en attendant la dernière boîte !".

Partout autour de nous règne cette fascination et cette IMPOSTURE DE LA REPRESENTATION.
L'ignoble spectacle gymnique des masses cadencées, des défilés d'uniformes, cinéma de la mort vivante, assorti de la combine de l'hymne et de l'emblème (voir note précédente sur les emblèmes). Récemment :  la parade de Pyong Yang en Corée du Nord ; il y a deux ans, en 2008 : la cérémonie d'ouverture des J.O. de Pékin; en 36 celle de ceux de Berlin; jadis celles des empereurs romains, spectacle que s'offrent toutes les dictatures, avec l'assentiment et participation hypnotisée, robotique, non seulement des officiants mais du public, aujourd'hui étendu aux quatres coins du monde avec télé et satellites. La même sidération a fait applaudir la population à l'entrée des chars de l'occupant dans les villes.
Et les mineurs de San José au Chili : sur place plus de journalistes que de familles!... On nous apprenait que les mineurs, enfouis, avant l'événement de leur remontée à la surface furent "formés aux techniques de communication" !...On redoutait que cet isolement du monde extérieur les aient fait réfléchir ou ait favorisé une conscience vive, une expression libre, qui aurait donné lieu à des témoignages indésirables. Et les familles, brandissant des drapeaux !... L'actualité qui nous est montrée ne cesse décidément  d'illustrer la folie omniprésente.

Le mot "atypique" qui revient souvent dans les médias est apparu dans une société du spectacle asphyxiée dans ses stéréotypes (Debord et Baudrillard n'exagéraient pas; ils étaient seulement lucides) ; on fabrique médiatiquement de l'"atypique" parce qu'on est noyé, boulimisé, dans la stéréotypie lamentable, dans une misère représentative que l'on essaie de rafistoler par tous les moyens. On ne sait pas "casser les cages", comme y incitait Krishnamurti, remonter le courant jusqu'à l'immédiateté sensible, l'éclairage vierge révélant tous les truquages, en faisant confiance à ce que l'on éprouve primitivement en soi, là où le cauchemar de cette idolâtrie quasi-permanente se désintègre.

La société de consommation, sommée de consommer, avec l'aide de publicités crétines, uniformément roublardes, se barre en c... .
On perçoit sans difficulté la nature brouillonne,  grossière, incroyablement naïve, des stratégies mises en oeuvre pour essayer de garder sous contrôle les anciens filons du système marchand, anéantis en grande partie par internet. Ce ne sont jamais les poètes, les artistes, les bons vivants, qui instaurent ces lois répressives; ce sont les spéculateurs, les trafiquants, les exploiteurs, les affairistes complices, les usuriers !... Les hallucinés de la valeur marchande, les obsédés de la purification technologique !...
Les emmerdeurs n'ont pas conscience d'appartenir au mystère de la vie, à sa dimension sacrée, miraculeuse, dans laquelle tout est relié. Ils s'en foutent ; il ne songent qu'à faire du fric, par tous les moyens, et à cette matérialité d'esbrouffe à laquellel celui-ci donne accès, "oeuvre de mort".

"Rien n'est plus salutaire aujourd'hui d'éradiquer la prédation, le pouvoir, l'autorité, en quelque milieu, en quelque faction, en quelque subjectivité tourmentée qu'ils sévissent.
Que sont-ils ces gouvernants gouvernés par l'argent, ces être figés dans le refus mercantile de la vie, parce qu'elle est sans prix ? Rien. Ils ne méritent ni haine ni amour. Ne perdez pas à les combattre une énergie que réclame le projet de vivre de façon plus intense, plus authentique, plus harmonieuse!.
Ignorez-les en ignorant leurs injonctions mortifères! pratiquez une désobéissance civile qui établisse la suprématie de l'humain sur la barbarie!
Si vous les dénoncez, que ce ne soit pas pour les clouer aux piloris que leur haine a dressés mais pour les dissuader de poursuivre cette OEUVRE DE MORT qu'est l'emprise de la marchandise sur la vie."
(Raoul Vaneigem - "Entre le deuil du monde et la joie de vivre" -  Ed.Gallimard, 2008)

 

Tumtum

27/10/2010

LA METAPHYSIQUE DE L'IMAGINATION

"La métaphysique de l'imagination" de Cynthia Fleury (éditions d'écarts, 2001) : voici le livre LE PLUS ETONNANT qu'il m'ait été donné de lire depuis bien longtemps. Il m'a fallu plusieurs mois pour venir à bout des 750 pages de ce "pavé" extrêmement touffu qui est l' oeuvre - je serais tenté de dire:  "le chef d'oeuvre" -  d'une jeune femme à l'esprit brillant, hardi,  riche d'une culture et d'une maturité tout-à-fait surprenantes pour son âge, et qui par ailleurs fait autorité dans la réflexion actuelle sur la démocratie.
Noyé dans l'univers des publications contemporaines, trop souvent médiatisées à tort et à travers, cet ouvrage très original, remarquable, risque de passer inaperçu. D'ailleurs, on ne le voit guère figurer aux étalages des libraires qui semblent privilégier des livres sans doute jugés plus abordables aux yeux du "grand public". Quel dommage!...  L'auteur est connue  pour son best-seller "La fin du courage" (Fayard, 2010) , "Les pathologies de la démocratie" (Fayard, 2005), ses interventions dans les pseudo-débats médiatisés où on la laisse rarement s'exprimer,  et pour ses conférences, l'une des plus récentes étant "L'imagination et la raison" (festival Philosophia, St.Emilion, 2010) qui est visible sur le site internet "philosophies-tv".
"La métaphysique de l'imagination" est un livre initiatique magistral, un livre de chevet, une véritable anthologie de tout ce que pointe ou sous-tend la réflexion contemporaine, allié à la parole des poètes, des "voyants";  un très beau fruit sur lequel on ne peut que revenir à l'issue d'une première lecture tant son contenu abonde en observations, en invitations, pertinentes, à la connaissance de soi, par le biais de l'imagination active ou "Imaginatio vera", organe de connaissance médiateur entre l'intellect et les sens. Au sein du monde imaginal, le spirituel se corporalise et le corporel se spiritualise; il y a relation entre le le monde intelligible et le monde sensible. Il y a "événement de l'âme", bien qu'il ne s'accomplisse pas dans l'univers sensible, événement trans-historique, méta-historique. "La connaissance orientale est la présence pure, immédiate d'une chose (ou d'un être) à un être de lumière, une connaissance qu' Henry Corbin qualifie de "présentielle", par opposition à la connaissance représentative de l'Occident, qui est une connaissance médiatisée. Le fait, pour l'âme, de se lever à son orient, correspond à l'instant épiphanique de la connaissance de soi".

 

Tumtum

26/10/2010

RENCONTRE DANS LA RUE

Lorsque l'on évoque 68, on oublie toujours, ou on tait, ce qui a précédé "les événements" proprement dits. Au Quartier Latin, à Paris, toute l'année 1967 est l'occasion d'une véritable RENCONTRE DANS LA RUE entre jeunes, et moins jeunes précisons-le; la rue, les cafés, les quais de la Seine, sont devenus lieux-bouillons de culture vivante, de dialogues, toutes classes confondues, dans un climat de ras-le-bol généralisé et en même temps d'ouverture à l'autre rendue possible par cette contagion affective qui pousse à faire vivre, à libérer, tout ce dont on a le sentiment profond qu'il est opprimé, interdit, régimenté par la fausseté. Il n'y a pas encore de récupération idéologique ou politique ; ça va venir, mais pour l'instant, c'est hors de propos; ce serait même considéré comme une ingérence. On ne met pas en valeur l'adhérence à un clan, un syndicat, un parti, ou à une organisation quelconque ; on a conscience de l'incongruité de toutes ces structures. Il s'agit bien d'une révolution d'esprit, à-même l'expérience vécue en chacun, partagée, de la saturation générée par les conditionnements imposés par les valeurs dominantes, cet échafaudage de représentations qui n'est absolument pas planté dans le réel, mais sur des arrangements des plus douteux, voire la confiscation même, organisée socialement, de la possibilité d'épanouissement spirituel, artistique. La sensibilité naturelle de l'être est bafouée, censurée, conditionnée. 
On a pu appeler cette révolution : libertaire, beatnik, bohème, ou tout ce que l'on voudra; elle tranche avec les schémas connus, représentatifs des critères de la norme. Elle est apolitique, apatride ; elle n'entre plus dans les grilles de la psychologie. Elle se vit comme un élan spontané de l'imagination créatrice. On y rencontre aussi bien des orants de la pensée de Max Stirner, de Dada, de Rimbaud, de Thoreau, des Poètes de la Beat Generation, que de Krishnamurti, Aurobindo, ou du Tao Te King. Et ce rassemblement, cette effervescence qui commence à prendre des proportions inaccoutumées, inquiétera sérieusement les pouvoirs publics. Chaque jour est vécu comme un "road movie" d'une richesse incroyable, dans la dimension sans dimension de l'ici-maintenant ; c'est une rencontre humaine délivrée des carcans, des fantasmes. Cette "révolution intérieure" se fait à chaque instant occasion d'expériences entièrement nouvelles, de rencontres humaines, de coïncidences insoupçonnées, de surprises, vécues dans une intégrité stimulante, hors des cadres; c'est la révolution de l'amour !. Une grande émotion, une fraîcheur, habitent ces moments de rencontres spontanées ; cette révolution se donne l'espace du neuf, l'espace poétique, réminiscent de la capacité de créer et de partager l'ouverture d'esprit, le langage, qui ne sont plus ceux de l'appris, de toutes ces litanies du "vieux cerveau", conservateur et répressif. On sait ce que l'on ne veut plus, et on se donne les moyens de l'alternatif, sans peur, et avec passion. Ce mouvement populaire assume spontanément en chacun la responsabilité et le risque de la Révélation qui rénove entièrement la vision des choses et des êtres, de l'avénement de la véritable identité de nature d'être humain, vivant sur Terre, qui n'a rien à voir avec les concepts, les moules identitaires qui l'emprisonnent, le dénaturent. Toute espèce de pouvoir établi sur la division, la mystification, est radicalement banni. Il y va de la dignité, de la beauté, du sens de la vie, d'honorer l'instant présent, et bien sur, inévitablement, de se trouver face à l'inconnu, exposé à l'imprévisible, et d'être sollicité intérieurement et très concrètement par une imagination transformatrice qui n'est plus celle de ce que nous donnent à espérer les processus imaginaires de négoce du conventionnel, dans lequel pourrissent les principes.
Comme le rappelle aujourd'hui Cynthia Fleury (auteure de "La fin du courage"), le courage, aujourd'hui, c'est de démissionner, de dire NON, de refuser une fois pour toutes ces sales boulots, ces représentations fallacieuses, ignobles, obscènes, ces pratiques inhumaines, ces identités et ces rôles de pacotille, ces appartenances qui ne servent, disons-le crûment : qu'à se monter la tête et à se foutre sur la gueule. Car on a bien à faire aujourd'hui à un bluff généralisé, renvoyé à lui-même, à la conscience de son imposture, dans tous les domaines. Il existe une forme d'arrivisme, de réussite sociale, qui consiste à se trahir soi-même, à s'avilir, prostitution aux pouvoirs prédateurs marchands qui empoisonnent la planète. L'idéologie du "marché" est malhonnête. Le spectacle qu'elle donne à voir est obscène, vulgaire, mystificateur, exterminateur de l'âme et de l'esprit, en résumé : barbare.
Donc il est clair qu'aux yeux de notre génération, "68" demeure la mémoire vive d'une efflorescence non éradiquée, seulement salopée, occultée historiquement par le poids médiatique des interventions politiques, syndicales, journalistiques et même pseudo-philosophiques, ultérieures, qui ont trouvé l'occasion de s'y greffer sans en comprendre l'essence, l'esprit d'origine, et qui raisonnent toujours en s'appuyant sur les "vieux schémas". Les Cohn-Bendit et compagnie font partie de ces opportunistes.
Comme le remarque aussi Cynthia Fleury, l'intégrité de soi capable de respecter le sentiment qui s'éprouve au point de manifester le refus, n'est pas glorieuse; elle est humble, anonyme, et conduit la très souvent à la solitude, à la "disqualification", à l'incompréhension, et à la pauvreté. Il serait édifiant d'établir une liste de personnalités connues, ayant fait autorité dans le monde culturel, scientifique, et en quantité d'autres domaines, depuis 68, qui ont un jour dit NON à ce monde institutionnel qui s'arrange de la barbarie. Il y en a beaucoup plus qu'on le pense!. Seulement, leur démission qui a fait scandale n'est pas médiatisée, et pour cause!... Ce n'est que lorsqu'on sort de la léthargie, de l'hypnose dans laquelle cherchent à nous entretenir les appareils de propagande, de quantification matérielle obnubilée, où une économie ne réserve plus à l'activité de l'esprit que le dogmatisme du calcul,  que l'on devient curieux,  à l'écoute d'autres sons de cloches, que l'on s'aperçoit de ce fait. La "réalité" que l'on voudrait nous imposer est MENSONGERE; elle est truffée de magouilles, d'"arrangements" crapuleux, secrètement conservateurs, de privilèges honteux, qui se défendent en pratiquant l'autoritarisme.
"Gouverner, ce n'est pas pratiquer l'autoritarisme, déclarait récemment Cynthia Fleury dans son interview donné au journal "Le Monde" du 24 octobre 2010. Pour cela, poursuit-elle, il y a les petits chefs, les petits tyrans qui n'ont rien à voir avec l'art de gouverner. Diriger, c'est conduire un peuple avec son assentiment vers des seuils que l'on considère comme des clés pour que la démocratie se renforce".
La démocratie est une "question métaphysique expérimentale" écrivait mon ami le poète Serge Sautreau, métaphysique vivante, qui n'a jamais été la propriété des "réacs", qui sait s'exprimer "quand le peuple est au peuple et la rue à la rue ; ce qu'ignorent totalement ceux qui n'y participent jamais" (in "Mai hors saison n°15 - août 2008). C'est le lieu où l'âme se lève, se vit en événement, et en avènement festif, "où ma solitude vient s'unir à celle du monde, fête où je ne perds plus mon temps." (Cynthia Fleury - préface de "La métaphysique de l'imagination").

Tumtum

 
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