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04/06/2007

LA BEAT GENERATION EN FRANCE.6

Le mouvement Beat français se reconnaissait aussi dans la continuité de celui du "Grand Jeu", qui s'illustra dans la génération précédente par René Daumal, Roger Gilbert-Lecomte, Luc Dietrich... Le "Mont Analogue" (qui inspira au début des années 70 le film: "La Montagne Sacrée" d'Alexandro Jodorowsky) et "La Grande Beuverie", oeuvres maîtresses de Daumal figuraient dans leurs bibliothèques beat, aux côtés de celles des Taoïstes (Tchouang-Tseu, Lao Tseu, Lie Tseu). Contrairement au "Grand Jeu" qui s'était aligné sur les voies "progressives" de yoga mental, supposant une discipline d'étapes successives menant à la réalisation du Soi, plus ou moins réinitialisées par Gurdjieff et Ouspensky, les poêtes Beat découvrirent la voie non-duelle et abrupte de Ramana Maharshi, remontant à Shankara (et aux Taoïstes) qui devint aussi celle de Nisargadatta Maharaj, et se retrouvèrent régulièrement aux Entretiens de ce merveilleux instructeur que fut Jean Klein auprès duquel le parfum de la Vraie Nature de Soi se laissa pressentir d'une manière irréversible, inaltérable, joyeusement intemporelle. Mais dans un monde aussi empoisonné, la peur des sectes, des bonimenteurs et charlatans (ils prolifèrent, c'est certain !), l'interminable attardement des défenses philosophiques, psychologiques, les auditeurs n'ont pas tous reconnu cette Parole hors du temps et de l'espace, comme venant de l'Unicité fondamentale qu'ils sont, et qui est seule capable, dans sa tranquillité inconditionnée, de favoriser l'éclosion d'une conscience entièrement nouvelle. Ce serait une erreur de penser que la prise-de-conscience qui anima les Beatniks dans les années 60, s'est effacée avec le temps. Alain Dister dans son petit ouvrage "La Beat Generation" (Découvertes Gallimard,n°334) , même si son métier de journaliste l'a tenu plus ou moins à l'écart des représentants encore vivants de cette Révolution Intérieure, en parle comme d' "une révolte toujours actuelle"- "les valeurs beat rencontrent une résonance nouvelle". Plus à son aise, Gilles Farcet qui s'intéressera autant à Ginsberg et à la Beat Generation qu'aux "instructeurs" de la spiritualité non-duelle rencontre, comme nous tous le surprenant "Steve" (Stephen Jourdain) qui sous le ton de la subversion dispense la découverte vivante de l'identité de la "première personne", non pas le moi terrestre, inconscient, mais le Moi de la conscience pure, transformatrice, libre des mécanismes inflationnés du mental, et éveillé au maintenant qui est, comme n'ont cessé de le répéter poêtes beat, sages et illuminés de tous les temps : NOTRE SEULE PATRIE. Ce thème sera repris par Eckart Tolle avec son livre "best-seller" : "Le pouvoir du moment présent", et son DVD: "La transformation de la conscience". Enfin, et c'est une très bonne nouvelle que celle de sentir que malgré les reflets cauchemardesques de l'histoire du monde actuel et les apparences truquées par les médias, la conscience humaine se transforme, n'a cessé de continuer à se transformer depuis l'irruption des années 60, que cette contagion oppressée de tous côtés par la résistance de ce que Krishnamurti appelait "les vieux schémas", "le vieux cerveau", est bel et bien opérative, même si son émergence ne se manifeste pas encore sur l'écran du collectif. Nous en voyons également aujourd'hui un bel exemple dans la démarche "contemplative" du Dr.Jean-Marc Mantel, "révolutionnaire" par rapport à la psychiatrie séculaire qui a assassinée Artaud, Giauque, et bien d'autres. Fondée sur l'écoute et sur la conscience de l'unité de l'être, intrinsèque et inaliénable, son oeuvre pionnière est une "première" dans les institutions, sur le plan de la santé. "Tôt ou tard, la psychiatrie comprendra que vous ne pouvez aborder un être sans considérer sa dimension verticale, une conscience de la présence intemporelle qui réside en nous-même" énonce le Dr.Mantel qui compare le diagnostic "réducteur" de la symptomatologie à la situation suivante : "C'est comme si vous regardiez un esquimau dans ses habits quotidien sur fond de jungle tropicale". Dans une interview, il déclare encore : "Tout être en crise, tout être qui traverse un état de souffrance est enfermé dans un système projectif, dans une confusion entre le réel et l’irréel, c’est-à-dire prendre pour réel ce qui ne l’est pas. C’est la base du délire". On aimerait voir la méditation non-duelle s'étendre à tous les domaines de la société, habiter les pratiques ordinaires. "Une relation saine et libératrice est une non-relation, dans le sens où moi et l'autre ne sont pas coupés de la source qui les contient" (Jean-Marc Mantel). La Beat-Generation fut la continuité du Rimbaud visionnaire des "Illuminations", de Daumal. Si un nombre croissant d'entre nous s'intéresse aujourd'hui à la spiritualité, comme si l'on se trouvait dans un musée ou un salon d'exposition où il est proposé des façons de voir, agrémentées de l' inévitable nomenclature exotique d'ascenseurs et de belvédères, c'est hors des murs de la représentation et de toute organisation, dans le matériau brut de notre vie intime que cette vision transformatrice doit être abordée. On ne peut s'en approcher qu'en mettant de côté l'incessante manie chalande de la tête, affairée en recherche ou demande, distraction qui empêche vraiment de voir ; c'est aussi simple que cela. L'arrière-plan ne se laisse entrevoir que dans la cessation complète de cette agitation que représente la personne ; c'est la toute première chose à voir. En laissant ce qui se présente s'exprimer complètement, on quitte le poste de "l'industrie mentale" encombré d'inutiles ustensiles de "traitement", de ses stocks de mémoire; on se confie au miracle de la pure observation dans laquelle tout se développe et renvoie à ce qui EST. On vit alors avec ce qui se présente et ce qui se transforme en permanence, dans une dimension inédite, impliquée dans la création, investie d'une part de responsabilité qui auparavant nous échappait complètement, qui n'est pas de l'ordre de celles que peuvent nous mettre sur le dos la société, la morale, etc... trimballant leurs vieilles reliques. C'est tout autre chose : nous sommes cette création, ce courant qui participe à l'Intelligence de la Vie, à l'image de la Terre en nous, qui reçoit sa lumière vitale de la source de lumière cosmique de notre galaxie, du Coeur de toutes les galaxies, se rappelant dans la vision de toutes ces merveilles de la nature, ces instants de beauté ; cette "joyeuse cosmologie" comme disait Alan Watts. Notre intériorité est sans projet ; elle est libre du temps ; elle nous offre tôt ou tard ce que nous désirons, pas comme nous le souhaitons, parce que c'est le mental qui formule le souhait à sa façon, de la même manière qu'il raisonne vainement en terme d'anticipation en oubliant les ressources cognitives créatives de l'instant, si elles sont habitées de conscience-présence. Nous avons idéalisé la beauté, l'amour, la joie, à contresens de ce qui nous est déjà donné ; nous avons rompu avec cette source d'où tout provient, qui est l'INFORMATION PREMIERE, celle de l'immédiateté consciente, libre de l'intellect (abstractions) comme de toute figuration mentale (spectacles), libre des catégories. Celle que connaissaient les "sauvages" avant que nous les exterminions en les chassant de leurs territoires et en leur fournissant de l'alcool. L'"êtreté" est toujours "à portée de vécu" dans l' Etre que nous sommes, départie de toute aliénation de nécéssité, de rôle, de saisissement, dans cette éclosion présente.

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LA BEAT-GENERATION EN FRANCE. 5

Poète Beat, Théo le fut avant les autres. Après avoir connu en 1946 un collège de secondaire qui impose le port de la cravate, en 1950: "kaki-léopard algérien, souks, palmiers, oranges, une longue plage de sable blanc, djebel de sarriette, je sais profondément que je ne reprendrai plus jamais l'horaire répressif de l'adulte responsable soumis. je sais. je sais". En 1953 : route de l'Inde, yoga, théâtre. De 53 à 54, "deux années de miracles; c'est la rupture définitive". Il rencontre le mime Marceau à Stokholm, revient à Paris pour entrer au cours Decroux et pense théâtre, danse, comme "lieu d'une poésie totale". En 55, il écrit des pièces, "sur mon genou", dans le Sud, monte deux pièces avec des acteurs marocains, donnant des cours de mime à Fès, puis se dirige à nouveau vers l'Inde en traversant Turquie, Iran. Il poursuit son voyage vers la Thaïlande, Hong-Kong, le Japon où il va s'installer. Là, pour la première fois, il entend parler de Kerouac, de Ginsberg, de Gary Snyder... Il monte cinq spectacles à Tokyo ,Osaka, Kyoto. "Descente aux origines du théâtre japonais". Revient en France en 65 où il publie "Histoire de la Peinture japonaise"(Ed.Rencontre, 1968), "Erotique du Japon"(Ed.J.J.Pauvert, 1970), "La Vie Vite", récit de voyage (Ed.Lettres Nouvelles,1972), puis descend vivre dans le Gard, écrit: "Phosphènes"(Ed.Lettres Nouvelles,72), "Marayat", "Oui,Poisson-Lune" (1975), retourne trois mois au Japon pour le compte de la télévision japonaise, et revient s'installer au Mas-Brûlé qu'il remet en état, charriant d'énormes blocs de pierres qu'il cimentera à son goût. Plusieurs récits suivront: "Les rizières duThéâtre japonais", "Anata Daré", "Les Portes de Papier"... "Le spectateur doit retrouver son IDENTITE TOTALE. Etre envahi. C'est ce que je ressens" (...) C'est un présent-délire que Rimbaud éclaire de son dérèglement de tous les sens. Le présent est pour moi la seule réalité. Contre cette civilisation utopique du béton et de l'électronique. Contre l'homme colonisateur né avec l'impérialisme romain, il y a deux-mille ans. Contre une planification muette vouée à la lâcheté humaine et contre-Nature". La Beat Generation en France, a été occultée, écrasée, enterrée, par le puissant mécanisme politico-culturel-médiatique, qui non seulement a supplanté son expression à l'aide de postiches-paravents du genre de J.J.Lebel, opportunistes tardifs, mais s'est vite empressé d'apporter une image réductrice ("hippies", "babas-cool"...) de la véritable intelligentsia beat dont la devise était: "Vécu de l'Instant, sans annexion, sans référence, ni avant, ni après", et qui faisait corps-esprit avec ses homologues américains, à commencer par la substitution "populiste" de 68, prise en mains par des meneurs politiques arrivistes, qui n'avaient plus rien en commun avec l'art de vivre, l'ouverture poétique, zen, taoïste, la prise-de-conscience fondamentale des poètes beat. Même l'"Underground" d'une contre-culture vivante, passée entre les mains de journalistes, devint une mode établie, lénifiante. Le cri de Ginsberg ("Howl") s'appliqua d'autant plus à une génération de poètes qui en France furent étouffés, conduits tôt ou tard au suicide. Les exemples ne manquent pas : après Giauque, Alain Callier, Gherasim Luca, Dominique Labarrière, Alain Gibertie... Ceux qui survécurent méprisèrent cette société d'après De Gaulle qui à très peu de différences près allait reproduire sinon agraver les schémas oppresseurs du passé, bardés de cette hypocrisie d' "après-68" ... RIEN n'avait changé!. Entre ses voyages, en stop, à pieds, empruntant les moyens de transports locaux, en Inde où il rencontrera Nisagardatta Maharaj, "gnani" de la non-dualité, en Chine, dans les pas des taoïstes, en Afrique, auprès de Paul Bowles à Tanger ou jamant avec les gnaouas d'Essaouira ou un orchestre à Saint-Louis du Sénégal, Dan Giraud organise des Happenings, lectures de Poésie Beat, exposition de ses collages avec ses amis poètes : Serge Pey, Alain Gibertie, Claude Pélieu, Yves Le Pellec (traducteur de Ginsberg). Après "Révolution Intérieure", revue qui réunit témoignages, textes métaphysiques, poésie beat, Il reprend le fanzine: "Le Mille Feuilles", créé en Ariège par Bobol Glloq, parti vivre en Thaïlande, organe d'information "underground" de l'asso: "Le Mille Pattes" dont Cathou, chercheuse d'or en Ariège et porte-parole des néo-ruraux est la présidente. Léo Ferré, Higelin,Charlélie Couture viendront soutenir ce collectif. Avec Dan, ce "Mille Feuilles" (format demi-A4 à l'italienne) s'étoffe considérablement . On y trouve des textes de Stirner, Louis Armand, citations multiples, poésie, témoignages, B.D, et surtout les "Infos de l'En Dehors", collectation de coupures de presse qui ne sont pas sans rappeler ce que faisait l'anarchiste Jimmy Gladiator dans les années 80 avec son "Hotel Ouistiti". Les écrits de Simone Rasoarilalao y réapparaissent en épisodes, parmi les compte-rendus de happenings, manifs, et "brêves" du comptoir de "La Note Bleue", café de Saint-Girons que les riverains cherchaient à faire fermer. On y trouve aussi, outre les poètes beats précités: Marcel Moreau (auteur de "La Pensée Mongole") qui habite la région, supports à Eric Pététin emprisonné, intervention de Me. Francis Caballero (auteur du "Droit de la drogue"), Jean Claude Ajas, Bukowski, Alain Jégou, Délia, Marie Baker, Michelle Benoit, Lésoualc'h, Biga... en un concours permanent de poésie "hai'ku". Le dessinateur humoriste Siné est devenu, loin de l'Ariège, parmi d'autres, un "fidèle" du "Mille Feuilles" repris par Dan. Prévert, Nietszche, William Blake, Thoreau, Rimbaud, Artaud, Coluche, L.F.Céline sont souvent à l'honneur pour sauver une actualité en permanence "consternante". "J'ai découvert Céline grâce au livre de poche. J'ai eu beaucoup de mal à me défaire du style de Céline dont j'ai lu toute l'oeuvre, dira Dan à Thierry Guichard qui l'interviewe pour "Le Matricule des Anges", je n'ai jamais beaucoup aimé le genre romanesque. Les seuls romans qui ne me tombent pas des mains sont ceux qui touchent à l'autobiographie, à l'expérience vécue d'un individu. J'ai dévoré Miller (Henry, bien sûr), Kerouac, Cendrars". TumTum est retourné voir Ginsberg au "Polyphonix" de Beaubourg dans les années 80. Celui-ci était devenu "un spectacle" et "une légende". Claude Tournai comme à l'habitude, a voulu faire scandale, et ce putain de Lebel était encore là!.... "traversant les villes-pancartes, sous les regard de chiens-boutiquiers, j'en suis venu tout naturellement à jeter la montre et le ticket d'identité obligatoire délivré par l'usine-à-états avec la bénédiction de mes parents,à réfléchir sur le rapport entre la lumière et la configuration cosmique". Voici ce que TumTum écrivait en 1967 sur un bout de papier.

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LA BEAT-GENERATION EN FRANCE.4

Sans s'attarder sur le "mouvement Hippy"qui ne fut qu'un intermède médiatisé, et très superficiellement, du mouvement Beat, on pourrait citer un certain nombre de "frères" qui s'inscrivirent d'emblée, par leur vécu de l'instant et leur amitié, dans cet esprit : le poète Daniel Biga ("Oiseaux Mohicans", "Kilroy Was Here"Ed. de St.Germain des Prés.1969 et 72, "Né Nu" Ed.du Cherche Midi 1984) également peintre, qui déclarait: "Quand on est poète, on n'est jamais complètement fichu!". Il participe lui aussi à un nombre considérable de revues "axées sur le réalisme quotidien, le désir de coller à son temps, partagé entre fascination et répulsion" de 68 à 75. Il rencontre Ginsberg, Burroughs, Pélieu, et est aussi un fan de jazz ; l'écrivain Charles Duits qui a connu le Surréalisme aux USA dans les années 40, écrit "Le Pays de l'éclairement" publié en 67, qui retrace son expérience du peyotl à la fin des années 50. Ses dessins et sa vie au Quartier Latin en font souvent un compagnon des Beats et des Hippies. Au début des années 70, le petit éditeur de poésie: José Millas-Martin se montre accueillant envers les poètes Beat parisiens, et publiera dans sa revue: "Périmêtre": Daniel Giraud, Paul Roland, Thé Lesoualc'h, Alain Bogaerts, Nicole Stenger, André Laude... mais surtout: Guy Benoit qui va être à son tour le créateur d'une revue poétique sans précédent, assurant la continuité de l'esprit Beat : "Mai Hors Saison". On y retrouvera non seulement les poètes de "Périmêtre" mais Guy s'attachera à sortir de l'ombre des aînés mal connus tels Armand Robin, Paul Chaulot , Malcolm de Chazal, Charles Juliet, Jean Carteret, Paul Valet, ainsi que des Beats jusqu'alors "obscurs" comme Paul Chamberland (Quebec), l'admirable Nanao Sakaki (Japon, cité par Gary Snyder) qui vivant le plus possible au contact de la nature, mais se rendant aussi comme tout le monde au supermarché "chercher des arêtes de poissons", s'insurge entre autres "produits lamentables" contre l'existence du papier hygiénique."Dans un ruisseau d'eau claire, en expédiant ma vieille nourriture, je nettoie le derrière à l'eau pure" . "Pour voyager léger, dit-il ailleurs, pourquoi ne laisserais-tu pas ton crâne ici ?". Après la capitulation du Japon,(Seconde Guerre Mondiale) où Nanao, opérateur de radar féru de lecture parfois très critique envers l'armée, assista aux soirées d'adieu données en l'honneur des jeunes kamikazes qui partaient mourir le lendemain matin, et identifia sur son radar le B.29 qui allait lâcher sa bombe sur Nagasaki, Nanao se fit: "érudit vagabond et artiste intinérant", et comme Thoreau, à titre non officiel. Quinze années durant, il parcourut le pays, lisant énormément, toutes sortes de livres, en anglais, en langues européennes, en chinois classique. Ses premiers poêmes paraîtront dans les petites revues de la communauté très vivante d'"intellectuels à moitié hors-la-loi" du quartier de Skinjuku, à Tokyo (où se rendit précisémment Théo Lesoualc'h). Il rencontre Allen Ginsberg de passage à Kyoto durant les années 60 et entretient une correspondance assidue avec les Beats. A la fin des années 60, il fonde une communauté agricole ("l'Ashram des Banyans") sans véritables règles, dans une île, puis se rend aux States en 69, explorant en pantalon taillé en short et muni de son seul sac-à-dos, les montagnes et les déserts de l'Ouest. Il visite ensuite l'Europe, la Chine, l'Australie, et retourne au Japon. Gary Snyder le situe "dans la ligne directe de Tchouang-Tseu, le plus percutant des taoïstes. Vous pouvez mettre ses poêmes dans vos chaussures et faire plus de mille kilomètres à pieds !". Guy Benoit se fait donc aussi éditeur (empiètant régulièrement sur son salaire de gardien de nuit) de splendides petits livres (dont: "Casse le miroir" de Sakaki. Ed.Mai Hors Saison,1990) : inédits de Paul Valet, entretiens avec Carteret, Poême de Dominique Labarrière en hommage à Chet Baker, etc...Il publie les poêmes de la routarde Simone Rasoarilalao, auteur de: "Sentinoirelle", de "Malagasy" qui raconte son voyage en Afrique. Simone expulsée de son pays (Madagascar) où elle enseignait la litérrature en ayant inclu dans son programme les poètes Beat, fuira aussi la France à cause du racisme ambiant, s'installant au Japon où elle est très vite devenue ceinture noire de Karaté, le diplôme (déjà obtenu) en France la faisant plutôt rire. Elle voyage énormément depuis, à travers le monde, pélerinage aux lieux marqués par l'esclavagisme de ses ancêtres, Afrique, Brésil... et dans des endroits comme les Iles Solomon, le Nicaragua, le Bhoutan, etc... en compagnie de son ami Hideo. Benoit publie aussi Francis Giauque, poète méconnu, qui s'est suicidé en 65 après avoir connu plusieurs fois d'affilée l'hôpital psychiatrique, le québequois: Norman Bourque, proche d'Alan Watts dans sa démarche, José Galdo, Marc Villard, Francis Guibert... et un "Spécial Théo Lesoualc'h" dont la rencontre avec "Mai Hors Saison" fera date. Selon Jean-Michel Varenne: "Lesoualc'h, l'irréductible (...) à l'image du granit et des algues, qui est en soi une dénonciation implicite de toutes les impostures. Jamais on ne le vit s'afficher, flagorner à droite et à gauche. Et pourtant, ses livres sont lus, salués, publiés pour la plupart sous la houlet-te de Nadeau. L'espace ouvert par des exigences semblables se révèle étonnamment bienvenu". Benoit édite parallèlement le petit recueil: "Premier geste avant l'aube"qui rassemble les aphorismes venus spontanément à Théo aux petites heures du matin. "Aujourd'hui où le mot d'ordre est communication, je ne crois plus qu'à cette plongée-noyade qui retourne la pupille" Théo Lesoualc'h ("Premier geste d'avant l'aube").

12:03 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0)

 
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