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02/06/2007

CAVALLO: BIGOUDE

BIGOUDE "C'est pas fléché !" s'écria la Duchesse d'une petite voix tressaillante en s'avançant dans la pénombre de la ruelle. "- T'inquiète! on peut y aller peinard !" que j'lui dis. Du coup, elle prît la tête en faisant claquer ses talons- aiguilles sur les vieux pavetons d'une telle façon que j'me dis que si y'avait des péquins qui pionçaient derrière les décors, ça n'allait pas tarder à tourner au grabuge. Elle était déjà au bout de la rue, posant dans une attitude de défi, comme dans les films hollywoodiens. Bondieu, quelle mouche l'avait piquée à faire tout ce kinos. Là, du coup, Bibi commença à fluber. J'nous voyais mal face aux matadors de la tierce de Tolbiac, les ceusses qu'ont des lames de rasoir au bout des santiags et des barres de fer à l'accueil. Et elle se fend la frimousse d'un sourire, m'voyant la rattraper. "- C'est de quel côté ? qu'elle fait. - Juste là ; on y est !". Faut dire que pour se rendre chez Bigoude à vingt-trois heures trente, y'a pas trente-six solutions. Soit on passe par la Butte aux Cailles, soit on remonte la rue du Moulin de la Pointe. Le tout c'est de pas trop s'exposer, de toutes manières : éviter les avenues. Quand Johnny et Bigoude se rencontrent, ça fait un rock'n'roll ...mais pas c'ui qu'vous pensez!. Parce qu'il était un peu pignouf, le Bigoude. "Just-let-me-hear-some-of-that... Rock-and-Roll... Music!" à son avis, c'était un morceau des Biteules!... portait les douilles jusqu'à la ceinture et carburait aisément au heavy-métal. Bibi n'était pas venu les mains vides. Une bonne dizaine de trente-trois tours dans un sac plastoc de chez Prisu à la limite de la fissure ; mais mézigue n'aimait pas trop lui laisser ce matos en pension, rapport aux rayures. S'était montré avide de connobler les roots, le Bigoude, tout du moins l'Frantic l'avait pigé d'la sorte. Roots ?... Chuck par exemple. Le b -a - ba. J'dis pas qu'i'travaillait du bigoudi, le Bigoude, mais quand i's'mettait à dégainer sa gratte de l'étui, m'fusillait la trombine avec ses dégueulis hendrixiens, ses moulinages ledzep et ses blues à la Doors. Lui fallait expressément des cours d'histoire de Rock'n'Roll et de Blues (où qu'i'citait John Lee Hooker et B.B.King un point c'est tout, et j'parle pas des Winter, Clapton & Vaughan!...). Malgré ses vannes un peu ped- zouilles, le Bigoude avait l'air d'accrocher à mes quarts-d'heures d'auditions pédago et mézigue le surprit plus d'une fois prenant son fade à la découverte d'un vieux truc d'Howlin'Wolf, de Hound Dog Taylor ou de Casey Bill Weldon, comme si qu'on avait décarrés à la fraîche pour la cueillette des cèpes ou des girolles. Et la Duchesse, me direz-vous ?. Bibi n'avait pas mordu une seconde à ses salades où elle chiquait qu'elle s'intéressait vraiment à mes trucs de prof. Je la soupçonnais plutôt d'avoir l'idée derrière la tronche de dégourdir le Bigoude qui lui avait tapé dans les mirettes une fois, chez l'Indien. J'm'étais pas gourré; au bout de quelques godets de tequila frappée, tout en écoutant mes pièces rares, j'la vois qui glisse du canapé à la moquette et qui commence à fouiller dans la braguette de mon pote. Nous n'étions là que depuis une heure et elle était déjà beurrée comme une tartine. Evidemment elle ne prêtait plus aucune attention à son vieux pote qui l'avait amenée jusque là, et l' élève Bigoude était lui aussi barré sur une aut'planète que celle de la pêche aux perles en mer du vinyle. Qu'est-ce que je fous là ?! que je m'dis en finissant mon verre de casse-gueule à la hussarde et en me redressant comme un sapeur. "Joh... nny ! Qu'est-ce que tu fiches ?! gémit-elle en roulant les billes vers mézigue, tu vas pas nous fausser compagnie ?!". Elle essaya de se redresser maladroitement, ayant à moitié corné l'une de mes belles pochettes de 33 tours. Elle rajusta sa blouse en s'appuyant sur la table basse, m'envoyant un regard dézingué qui me faisait comprendre que ça tanguait à bord. Le Bigoude allongé se planquait derrière le bras du canapé, faisant mine de chercher je ne sais quoi. J'me disais que j'pouvais pas la raccompagner dans cet état. Essayer de rejoindre la Place d'Italie pour essayer de chopper un taxi était se jeter dans la gueule du loup. J'avais plus qu'à m'trouver un coin peinard, dans la cuisine par exemple, et attendre le petit matin en les laissant fricoter aux oeufs dans le salon. L'espace était plutôt restreint chez Bigoude. Ça s'entassait de tous les côtés. L'avait p'têt un bouquin à m' prêter, quoique j'en doutais. Des bédés niquedouilles, de vieux torchifs ou des romans à la noix, c'est tout ce qu'i' trouverait à m'proposer. M'a refilé un vieux matelas qui ne rentra que courbé sur le sol de la cuisine, et Buenas Noches !. Mézigue a perdu de vue le Bigoude, qu'a changé de gourbi. Parait-il qu'il se serait carapaté en province à la suite de bisbi avec les voisins. Foutait sa chaîne trop fort, et jouait de la gratte électrique à n'importe quelle heure. La Duchesse ne cause plus de lui, sinon (en se rappelant cette bamboche) que c'était foutrement cradingue chez lui, et que j'devrais avoir honte d'avoir fréquenté pareil ramier. Et tout ça m'est revenu à cause de cette pochette cornée, que dis-je, pliée, oui, cassée, striée d'une large barre en travers de l'impression quadrichromie de la photo de l'orchestre de Johnny Otis.

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01/06/2007

CAVALLO: CHOURAVE CHEZ LES AZTEQUES. 1

CHOURAVE CHEZ LES AZTEQUES ou LA LENTILLE DU HAWK Le hawk, c'est c'ui qu'à l'oeil, qu'a vu avant tout l'monde, et qui gamberge pas trois plombes, même pas deux minutes. A la Bastoche, on avait la réputation d'être des "rapides". Paulo disait que l'pin-ball (le billard électrique) des troquets, c'était un excellent training pour la jungle des rues. S'agissait d'avoir la lentille aiguisée pour pas se faire couillonner par plus mariole que tézigue. La rue du populo, on la mirait souvent comme le défilé des empaquetés, des ballots, nourris par les singes et les guignols. Ça manquait pas de raclures aux coins des porches pour lorgner le prochain têtard. Y'en avait même qui se délectaient à ce jeu-là. Y'avait des brindezingues aussi, des tordus de bibards, qu'on aurait cru tout droit sortis d'l'enfer, des loquedus 'vec qui fallait pas s'flécher, des chicandiers, des becteurs de la carlingue, qu'essayaient comme ça, sans prévenir, de se faufiler dans le Rock'n'Roll. Y'a des perruqués ostentatoires qui "déplacent de l'air" par ou i's'baguenaudent, rupins matuvus ou pedzouilles arrivés, les ceusses qu'ont toujours besoin d'un larbin, et qui t'regardent de haut. C'est rarement ceux-là qui se font pigeonner, parce qu'ils sont craints. A moins qu'ils soient très occupés, et tête-en-l'air, barbotant dans leur confort. Not'rock'n'roll pour leurs naseaux délicats, ça sent la merde. En d'sous d'eux y'a les beaufs, qui font comme si que, ceux qui pétent plus haut qu'leurs culs, incapables d'avoir une idée sur quoi qu'ce soit, qu'on toujours besoin du voisin, le style Radio-Luxembourg années 50 ou 60. Ceux-là sont les gogos tout crachés. Mais les voyous s'attaquent aussi à des gens plus réglos, pour qui la vie est duraille, et qui tirent tout de même une bonne tronche parce qu'i'z'ont du palpitant, et là, les marlous pas psychologues pour deux sous ne font pas de différence. Fatalitas et calamité !... Nous, les mordus du Rock'n'Roll, on béquetait pas dans cette auge-là. On était réglos avec les réglos, mis-à-part quelques gougnafiers qui chouraient les disques des copains dans les surboums ; suivez mon regard. La lentille du hawk était d'mise que j'te dis; ça pouvait fonctionner à tout moment, et un soir, mézigue a choppé comme ça un fumier qui reluquait ses 45 tours, eux-mêmes tombés d'un camion, mais d'un camion d'aztèques!... qu'avaient la louche au flinguot en t'voyant débouler dans leur magaze. "Vous cherchez ?"qui t'disaient comme ça en te sautant su'l'paletot. Le Frantic pouvait pas les encadrer ces boutiquiers-là. Pas aimables. C'tait p't'êt' à cause de ma dégaine. Des blousons noirs les avaient déjà caroublés à plusieurs reprises. Mettaient tous les zigs de mon genre dans l'même sac. Perdez rien pour attendre, que j'me disais, mézigue va prendre tout son temps, et travailler l'engourdissement. J'leur sortais deux trois trucs qui leur en bouchaient un coin sur l'histoire du Rock'n'Roll. Savaient même pas c'qu'i'fourgaient, les cloches !... De vrais bleus !. Et méprisants avec ça (pour les amateurs de Rock'n'Roll)!... On aurait dit qu'ça leur tapait sur le haricot de devoir vendre cette musique-là, qui pour eux n'en était pas. Je passai un temps fou penché sur les bacs, examinant les pochettes comme un philatéliste. "On peut vous aider ?!" qu'i disaient derrière mon dos, revenant à la charge. J'bouillais!. "Non merci, j'regarde!". En réalité j'attendais qu'y ait un peu plus d'monde dans la boutique, afin qu'i'cessent de me râper les burnes. Parfois, excédé, voyant que je n' y arriverais pas, j'allais carrément à la caisse leur demander une galette que j'avais bien vu qu'i'z'avaient pas. "Vous voulez qu'on vous le commande ?...". Ah, c'était des aigrefins, des coriaces!. M'fallait alors inventer des références inexistantes, en ajoutant des précisions bidons. Mais l'jour J où qu'mézigue gaula un pacson d'45 tours EP, les glissant rapidos sous son perfecto, et qu'i s'dirigea d'un pas ferme et décidé vers la lourde entrebaillée qui venait d'carilloner, une colonie de glandus s'étant pointé dans l'casin, il entama le chant de la Victoire en filant à grands pas. Les crâneurs s'étaient fait blouzer, sans le moindre tilt !. Du boulot de pro !

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CAVALLO: PONNETTE & LE DARRON

PONNETTE ET LE DARON "Chez la Mère Ponnette" ...Pictance & bectance en artille, caoua & pousse, en bordure de la nationale, ancien "Relais du Postillon". Voilà où qu'on a fait la pause en rentrant du Festival espingo de Rockab où passait Ray Campi. L'adresse était connue de Riton-la-gouale depuis un bail. Là-bas quand Le-Daron s'écrie: "Mets le couvert!", ça signifie qu'après la tortore et l'allumée, on s'apprête à une partie de poker. Fallait voir dans quel état la bordille se mettait à flamber. "Faut s'mett'd'acc'su'la carre! "-"Largue tes mitaines, Riton ! On dirait qu'tu biseautes ! "-"Essaie pas d'me roustir!"-"File-moi don'la Bergère !" - et :"Allez le-Niçois, amène la mornifle!" et quand sonna l'coup d'bambou, toute la clique fila au grenier, ou qu'y avait matelas et couvrantes, parce que les piaules, c' était "pour les truffes". Z'avez pigés que l'Frantic, i's'est tenu à l'écart, préférant la causette avec la Mère Ponnette qu'aimait bien les Rockers, qui lui disaient même que le morceau "Hey Pony" avait été écrit à son intention. Avant de rencontrer Le-Daron, elle avait travaillé dans les fêtes foraines, où les disques de Rock'n'Roll les plus sauvages passèrent très tôt, donnant du piment aux attractions. Ses compilations sur cassettes la rendirent un temps célèbre auprès des amateurs. Puis elle essaya sans succès de devenir chanteuse à l'époque du twist. C'est là qu'elle rencontra Le-Daron, fan invétéré de Jerry Lee Lewis. Même fossette au menton, même regard provoc, toujours un flacon d'Old Crow à portée de main et le havane au bec dans les grandes occases. L'était un chouya musico lui aussi, bien qu'i'marnait dans les casses de bagnoles. Lorsque Ponnette hérita du restau, ils se marièrent et allèrent s'y installer. Suffisamment musico pour se mettre au piano qui occupait un coin de la salle et nous rejouer, dès notre arrivée, un medley : "When The Saints - Crazy Arms - It'll Be Me - Whole Lotta Shakin'Goin'On". L' appelait ça : "Million Dollars Sextet" (on était 7) en mémoire à cette fameuse séance Sun réunissant Elvis, Carlos, Johnny Cash et Jerry. Ce-dernier était son dieu, son "super-héros dans le monde du showbiz". L'aimait revenir sur les anecdotes les plus craignos le concernant, qui paraissaient l'impressionner, histoire de titiller les méninges de ses invités : sa réputation de flingueur, de teigneux, de stentor mégalo, de cogneur, son profil de redneck dédaigneux, tout ça semblait revêtir pour Le-Darron des qualités estimables : "un Vrai dur !" qu'i disait. Il nous rappelait qu'en 73, Jerry Lee casse le col d'une boutanche d'Heaven Hill et le plante dans le cou d'un journaliste venu l'interviewer ; qu'une autre fois il rentre chez lui en arrosant la facade avec une mitraillette, une boutanche dans la fouille ; records d'excès de vitesse et de conduite en état d'ivresse, en complicité avec son vieux putois d'paternel; excessivement jaloux d'Elvis, depuis le début, dont il n'encaissait pas le succès, etc... "Ça vous gène que j'aie des couilles ou quoi ? !!!". Cette citation du "maître", qu'i nous ressortait à chaque fois, résume à peu près toute la philosophie jerryleelewisienne. Nick Tosches qui relate sa biographie en détails dans plusieurs bouquins récents écrit: "En matière de boisson, de bagarre, d'insultes, d'armes à feu et de baise, Jerry Lee les enfonce tous ; c'est le seul chanteur à pouvoir s'en sortir en engueulant son public et en traitant ses musiciens de fils de putes". Hé bein mézigue, c'est justementce qui le fait gerber, cette suffisance "texane"qu'on retrouve par exemple chez ce corniaud de George W.(C)Bush. Le redneck dans toute sa splendeur, totalement inconscient, la brute épaisse et bornée, l'illustration humaine du sanglier-des-Ardennes!... "L'enculeur" comme dirait mon pote Guy, qu'en soupçonne à tous les carrefours. Le miston qu'envoie chier toute la planète!... C'qui explique que le Frantic préférait la causette avec la Ponnette, la vraie taulière de la carrée, parce que son jules, malgré son cinoche, l'avait plutôt le ciboulot de la taille d'un petit pois. J'éprouvais aucune envie de lui démontrer que le Jerry, l'avait pas inventé la poudre, rapport aux pianistes noirs de boogie-woogie : les Pete Johnson, les Roosevelt Sykes, les Cecil Gant... Ça l'aurait foutu en pétard.

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