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02/12/2008

LA MATIERE SUBTILE DE LA GEOMANCIE

En relisant les passages du "journal spirituel" du soufi Najm Kobrâ (XIIIème siècle), que nous livre Henry Corbin dans "L'homme de lumière dans le soufisme iranien" ( Ed.Présence,1971), qui en est le traducteur et le présentateur, je suis frappé par la concordance qui s'y exprime par rapport à l'approche qui m'a poussée à rédiger "La Géomancie et le Guru-en-soi". La réflexion métaphysique sur la Géomancie, aussi bien sur l'Ecu dans lequel viennent s'installer les figures, et qui a pour effet une synthèse appelée Juge ou Maison XV déterminée par deux Témoins, que sur la structure de chaque figure et de la "virtus" qui lui est attribuée, trouve un terrain riche d'analogies et d'allusions dans le soufisme. Tout laisse à penser que ces figures, issues du corpus "Yi-King" (qui ne comportait pas seulement les hexagrammes et les trigrammes mais également les tétragrammes), où elles étaient placées sur un cercle (comme les hexagrammes), ont trouvées leur application "oraculaire" herméneutique ou plutôt: "ta'wîlique" si l'on peut dire, sous l'influence des Soufis, plusieurs siècles avant l'An Mille ( Bagdad puis Damas, Alexandrie...). La "relation à angle droit" qui dans l'Ecu transforme les figures Mères en Filles, ainsi que la Balance des Maisons du Jugement qui s'ajoute au Zodiaque, découlent de la vision géométrique qui imprègne tout le contexte du Soufisme ( l'ordre double : longitudinal et latitudinal, dans la forme et l'espace des lumières en acte, faites "couleurs", qui est celui des "Mères" et des archétypes). L'Image permet le "ta'wîl", le passage du monde des sens à la dimension de Présence, élevant les formes sensibles à un plan supérieur, les "dématérialisant", toute chose éclosant du monde du Mystère sous une forme sensible ayant valeur d'instruction, de transmutation, qui les fait exister sur un autre plan de l'être que celui de l'ignorance qui détruit le sens de la vision et accepte les données telles qu'elles se présentent à l'état brut, sans plus. Chaque chose sensible a un esprit créé par lequel est constitué sa forme; en tant qu' Esprit de cette forme, il est en rapport à elle comme le sens par rapport au mot. Mais il faut bien comprendre que l'"Imagination créatrice" (ou encore l'"Imaginal" selon Corbin) implique quelque chose de bien plus étonnant que tout ce qui peut se rapporter à "l'imaginaire" (la surimposition mentale) qui est au contraire l'oubli de cette situation médiane et médiatrice entre le monde intelligible et le monde sensible : le "mundus imaginalis", le plan intermédiaire des réalités imaginales de la matière subtile dans laquelle le percept rencontre une substance habitée par l'essence qui nous appelle à éclore, à nous épiphaniser (naître, en co-naissance) dans notre vraie nature. Ce que nous projetons devant, autour, et au-delà de nous est cela aussi qui nous juge ; c'est notre créativité du coeur, de tout instant Najm Kobrâ parle d'un "Témoin Céleste" ou "Guide suprasensible", le "Guide de lumière", en ces termes : "C'est ce qui se présente à toi lorsque tu clos les paupières. Selon que ce qui se présente à toi est lumière ou ténèbres, ton témoin est lumière ou ténèbres, ou plutôt dans ce dernier cas : tu n'as pas de témoin, pas de partenaire céleste : c'est son absence radicale. Ainsi, les états de l'âme (de ton moi), sont pesés quant à leur pureté ou quant à leur ternissure. Le rôle de cette Balance (que l'on retrouve dans le thème géomantique) est d'indiquer s'il y a excédent ou s'il y a déficit dans l'état spirituel, c'est-à-dire si la lumière l'emporte sur les ténèbres ou inversement. Lorsque le vêtement de misère et de souillure est consumé, se laisse entrevoir la "personne de lumière" ; "le Témoin céleste peut alors disparaître, s'absenter, et toi, rester là, sans lui". Ce "Guru-en-soi" est aussi évoqué en géomancie par la figure Caput Draconis, ou encore Fortuna Major, c'est "l'ouverture en Haut". Le Dragon se tient sur le Seuil. La Fortune Majeure est l'éclosion dans le Coeur, organe de l'intuition et de la Révélation. Najm Kobrâ ne parle pas de la lumière métaphoriquement, mais bien en tant que PHYSIOLOGIE, dont la croissance est désignée comme l'éveil du sens du suprasensible. Ombre et ténèbres : puissances attirant vers l'en-bas où la lumière est retenue captive. Notre véritable nature est Lumière se révélant à Elle-même. Nous venons de la Lumière et y retournons. Elle nous habite en Joie, innocence, émerveillement, courant d'amour. Elle Est ce que nous sommes, fondamentalement. Pour réintégrer notre vraie nature originelle de lumière, il faut discerner l'ombre : la nature créaturielle ("une complète ténèbres", qui passe du rouge au noir lorsque son caractère inflationnaire, soumis aux puissances aveuglantes, est décelée, puis elle apparaît sous forme de "nuages blancs"). L'énergie qui alimente ce dégagement n'est autre que l'énergie spirituelle provenant de la Lumière elle-même. Ce qui épouvante les démons, c'est de voir "une lumière dans ton coeur" (qui te permet de prendre conscience de ce qu'ils sont). L'opération de séparation de l'ombre opère sa propre métamorphose et rend possible en toi la conjonction des deux rayonnements de lumière, montant et descendant à la rencontre l'un de l'autre. C'est bien là ce qui est illustré en géomancie par la figure "Conjunctio", qui fait exploser Carcer, cécité spirituelle et aussi maturation de prise de conscience. "Il n'est pas au pouvoir de l'individu de détruire le Démon dans le monde, mais il peut en séparer son être en abolissant l'ombre dans son âme, qui ne peut se souder à elle que dans l'ombre" écrit Najm Kobrâ. Physiologie subtile : l' "âme inférieure", extravagante, impérative, a affaire au mal, le "moi" du commun des mortels, passionnel et sensuel - l' "âme blâmante", la conscience philo-sophique, l'intellect qui discerne saletés et monstruosités qui encombrent la demeure, s'emploie à les expulser - l' "âme pacifiée" : le coeur, auquel fait accéder la conscience-lumière rejetant l'ombre. Il y a aussi : l'esprit, et la transconscience (le "secret"): "Lorsque ta substance de lumière a grandi en toi, c'est elle qui devient un Tout par rapport à son homogène dans le Ciel; alors c'est la substance de lumière dans le Ciel qui soupire après toi, car c'est la tienne qui l'attire, et elle descend vers toi. Tel est le secret." Chez Najm Kobrâ, une substance ne voit et ne connait son semblable et ne peut être vue et connue que par le semblable; il y a donc un principe d'attirance magnétique qui commande et met en oeuvre l'intuition fondamentale : le cherché est le chercheur. Le "chercheur" n'est autre que la lumière elle-même, captive. Le monde est éprouvé selon sa dimension verticale. La "colonne de lumière" à travers tout le cosmos signifie le retour de la lumière à la lumière. Cette autre dimension de la personne c'est la transcendance. Les cinq sens se transforment en d' "autres sens" - renversement qui détermine un percept suprasensible du sensible. Transmutation des sens en "organes de lumière", en "sens du suprasensible". Cette transfiguration n'a jamais le caractère crépusculaire d'un "fantastique" démoniaque; elle désactive au contraire les superstitions, les délires psychiques de l'imaginaire qui sont les instruments des forces malignes. Au début, l'aperception visionnaire est dirigée sur les figures et les images s'originant au monde sensible, ensuite elle perçoit directement les essences. (Il y a là une corrélation saisissante avec la pratique géomantique qui à l'usage expérimental laisse tomber le "divinatoire" et s'intéresse au "moulin" et à l' "eau",et se tourne vers la source, spiritualité qui englobe "le miroir"). L'intellect devient alors "comme un chasseur aux aguets" (rôle que l'on retrouve constamment évoqué par exemple chez Stephen Jourdain). De "nouveaux sens" appréhendent directement l'ordre de réalité qui leur est adéquat, l'intellect s'avisant de L'IMPOSTURE DES SENS de la sensibilité antérieure, qui lui suggérait que "rien d'autre n'est réel hormis ce que tu vois, goûtes, palpes, par les sens physiques". Un autre mode de percept est découvert, participant d'une Imagination créatrice active. "Mon ami, ferme les paupières et regarde. Si tu me dis: je ne vois rien, tu fais erreur. Tu peux très bien voir. Malheureusement, la ténèbre est si proche de toi qu'elle obstrue ta vue intérieure, au point que tu ne la discernes pas. Si tu veux la discerner et la voir devant toi, tout en ayant les paupières fermées, commence par diminuer ou par éloigner quelque chose de ta nature" dit Najm Kobrâ, et "Lorsque tu visualises un ciel, une terre, un soleil, ou des astres , sache que c'est en raison et en fonction de ce qu'en toi-même est devenue pure la parcelle qui provient de cette mine". "Réciprocité d'états qui d'une façon très caractéristique, commente Henry Corbin, se projette et s'exprime en termes de spatialisation et de localisation. Le pur espace spirituel NAIT DE L'ETAT VECU et l'état vécu est une VISITATION. C'est ainsi que le Soi se montre au Soi., que le Contemplant est le Contemplé. Najm Kobrâ nous invite à "lire avec les yeux de lumière", ce qui relie l'amour humain et l'amour divin qui ne s'opposent nullement à la façon d'un dilemme devant lequel un choix se poserait. Ce sont deux formes d'un MEME AMOUR. "Le passage de l'un à l'autre ne consiste pas dans le transfert de l'amour d'un objet à un autre" commente Henry Corbin, car l'Absolu n'est pas un objet, mais le Sujet ultime. On retrouve ce discours chez Rûzbehan et les "Fidèles d'amour". La métamorphose du sujet résout les dissonances apparentes dans les paradoxes; il arrive que s'adressant à la beauté terrestre, l'amant s'écrie: "tu es moi !". Kobrâ cite d'ailleurs cette phrase d' Hallâj : "Je suis celui (ou celle) que j'aime ; celui (ou celle) que j'aime est moi".

30/10/2008

GEOMANCIE et marchands de sable

L' internet étant devenu pour un grand nombre d'entre nous une source accélérée d'information, proposant même ses dictionnaires, Tumtum est allé consulter les trente premières pages de "Google" après avoir tapé le mot : Géomancie. Celles-ci reflètent le panorama édifiant de la gabegie dans laquelle se complaît la désinvolture mercantile et la désinformation informatisée qui relève du "règne de la quantité" dénoncé par Guénon ("Le règne de la quantité et les signes des temps"). Ces pages sont envahies d'offres de services de "voyants", de publicités pour des logiciels préformatés (pour "tirer la géomancie"), dénotant une approche avilie par la société de consommation et les errements de la psyché. Les définitions succintes qui sont données de la Géomancie se contentant de se recopier l'une sur l'autre sont dépourvues d'une ouverture réellement vivante, spirituellement et métaphysiquemen ; elles n'incitent guère le lecteur à une curiosité plus approfondie, ne figurant en fin de compte que comme argumentaires commerciaux. Chez Wikipedia, le "je-sais-tout" du web se trouve même reproduit à la fin de sa définition une erreur que quiconque a un peu d'expérience en Géomancie n'aura pas été sans relever. Il s'agit de l'inversion commise par Don Neroman dans son ouvrage "La Géomancie Retrouvée", ouvrage impressionnant par sa taille et sa présentation, et dont le concept littéraire s'inspire de la traduction des "Mille et Une Nuits" du Dr.Mardrus, et surtout de "L'Histoire de l'adolescente Sucre d'Amour" (du même auteur). Doté d'un esprit pédagogique indéniable et animé par une imagination fertile, Don Néroman a pris certaines libertés par rapport à ce qu'il est possible de trouver dans de nombreux ouvrages antérieurs, et notamment les traités arabes et ceux traduits en latin. Il "restitue" ainsi les noms attribués à deux figures, que son système d'interprétation très personnel considère comme interverties, croyant dénoncer une "erreur de copie" dont il est facilement vérifiable de constater le démenti en se référant à des sources unanimes plus anciennes. Et c'est cette source de confusion (dûe à la fantaisie de Don Néroman) qui apparaissant mentionnée dans ce dictionnaire est proposée sur le net, révélant par là un traitement de l'information peu soucieux d'exactitude. Laissons ces commentaires formalistes et parlons un peu du fond, qui n'est évoqué nulle part, et dont il semble encore une fois indispensable de préciser l'approche. En quoi la dialectique des figures géomantiques (de même : celle des "planètes" de l'Astrologie) mérite-t'elle que nous y prêtions attention ?... Car il ressort que les préjugés les plus courants s'appuient sur une carence, une ignorance entretenue vis-à-vis de ce dont il s'agit, notamment lorsqu'ils dénoncent la "fausseté" de ces "sciences" ou font entrer la superstition et les croyances naïves à propos (Astrologie) d'un "possible rayonnement cosmique de ces astres lointains"... C'est le raisonnement limitatif d'un champ intérieur cloisonné par les identifications sommaires et arbitraires qui voile tout un pan vivant d'observations sensibles, infra ou suprasensibles, quant aux dynamismes du monde phénoménal organique, dont il serait intéressant de témoigner, d'exprimer, en crevant cette toile publicitaire qui stationne dans l'exploitation des crédulités. Géo - Mancie. Géo : la Terre, le "terrain" qui se rend sensible à la psyché et qui pourrait être défini comme le conditionnement transitoire dans les configurations psychiques accolées à l'impermanence des formes et à l'usure temporelle, appréhension mentale ordinaire qui acquiert d'une façon arbitraire superficielle, relative et empirique, disons concommitente d'un point de vue horizontal restreint et réducteur, occupé par la notion d'un "moi", le statut erroné des "réalités" ; Mancie : fonction conjonctionelle de la Mens, de l'intelligence reliante, unifiante, de l'intuition démystifiante, révolutionnaire en essence c'est-à-dire animée par la vie de l'esprit, l'éveil de la conscience, qui après avoir objectivé le champ articulé des circonstances passagères dans lesquelles se manifestent et fonctionnent ces apparences, en opèrent la synthèse et ouvrent des brèches par ou peut s'éveiller une prise de conscience. Opération qui n'est pas seulement d'ordre déductif - psycho-logique - , intellectuel, bien que l'intellect puisse en favoriser l'approche, mais qui se résume en écoute, en ouverture. Mais cette éthique ne s'entrevoit que dans le lâcher-prise de toute manie, de tout concept structuraliste et de toute intention de saisie. C'est dans la pure perception que peut émerger la vision, à laquelle la pensée, l'ordinateur cérébral, et les yeux de chair n'ont pas accès. Le relevé géomantique se situe sur le terrain même du Songe spatio-temporel de notre existence, se référant à notre vécu personnel. Chacun est capable avec un peu d'expérience de se familiariser avec ces symboles de la Géomancie et de décrypter directement, sans besoin d'intermédiaire, ce relevé, selon son niveau de conscience et ses capacités intuitives. Le circuit des qualités d'énergie qui s'éprouvent, organiquement y est reconnaissable. Certaines de ces qualités d'énergie étant retenues, retiennent, paralysent, arrêtent, et obscurcissent l'esprit, et d'autres au contraire s'accordent au rythme vivant du renouvellement incessant. Leur constellation psychique (objectivée sous formes de figures) coïncide avec des effets immédiats sur les cellules de l'organisme. L'exploration géomantique nous renvoie à nous-même, à notre intériorité silencieuse, à l'arrière-plan de toute projection psychique, en en éclairant les mécanismes. Cette observation à distance éveille une qualité de conscience contemplative qui va transformer l'implication en la reconduisant sous son éclairage spirituel immanent. Spiritualité sans religion, née du discernement, contenue dans l'attention elle-même, dont l'affinement conduit à se passer de la pratique géomantique, toujours relative à un consultant, pour goûter la plénitude du moment présent, toujours en avance sur la psyché projective et figurante. Donc la Géomancie n'est pas vraiment une dépendance. L'oracle s'étend à l'infini dans l'univers sous formes vivantes et colorées. La vie sur Terre est une instruction ; tout ce que l'on perçoit est d'une certaine manière oraculaire et initiatique. Rien n'y échappe. En Géomancie, chaque figure comporte deux aspects complémentaires : un aspect manifesté et un aspect non-manifesté. Le champ dans lequel les qualités d'énergie se "figurent" est représenté par le canevas de douze points (4 fois 3 trois points superposés correspondant aux quatre éléments et à l'échelle organique : tête, coeur, ventre, pieds). Chaque figure n'occupe dans sa convexité manifestée, dans les quatre étages, qu'une partie du canevas. A chaque étage, s'exprime le point (l'impair) ou le bipoint (le pair) ce qui laisse toujours un espace non-occupé qui est lui-même de polarité inverse. La concavité révèle cette figure sous-jacente indissociablement liée, comme tout ce qui se manifeste dans le monde des apparences possède une contrepartie cachée qui n'est pas double, ni dualiste, mais interne ou externe. Inversion qui n'est pas non plus négativité par rapport à ce qui pourrait s'affirmer "positif". Prenons l'exemple du gain, de ce qui s'accroît , la figure "Acquisitio"; elle signifie aussi une perte comme le sens du profit, de la richesse, du gain, s'établit ici sur la diminution d'un là, et inversement "Amissio" la perte, possède un sens salutaire de lâcher-prise, de dépouillement du superflu. La figure "Conjunctio" qui relie le haut et le bas et pourrait se rapporter à l'imagination créatrice, à la faculté inventive, à la communication, se détache sur "Carcer", qui apparaît contraire enfermante, maturante, ce qui veut dire aussi que dans le plus obscur, il y a une ouverture, un germe de lumière, et que la communication peut être aliénante. La substance matricielle de "Carcer" n'est jamais complètement isolée de l'essence de "Conjunctio" qui la traverse. Et nous avons aussi cet aperçu essentiel et d'une actualité brûlante, de la féminité du masculin signifiée par "Albus" et de masculinité du féminin signifiée par "Rubeus". Les zones vides représentent la complémentarité cachée, sous-jacente, "l'autre" concerné par la figure en éminence. Il est essentiel de tenir compte de ces deux aspects qui interpellent la vision bipolaire de l"unicité ; réaliser l'unicité de ces deux aspects c'est habiter sciemment les deux hémisphères du cerveau, et même bien plus, puisqu'à ce moment-là, la conscience observante se tient en arrière. Ce champ du corps de Terre qui s'étend bien au-delà de la peau et des facultés sensorielles limitées est apparu dans la projection soumise au jour et à la nuit, que nous appelons le Songe. Dans la lumière de la conscience, naît et meurt la psyché. Ne subsiste que la Présence qui est cette qualité vigile que nous devons découvrir, car elle est la seule "chose" réellement présente et vivante en-dehors de toute cette mascarade fantasmagorique qui se cherche aveuglément ; elle est la réalité ultime de notre identité. Il nous appartient en propre et en priorité de nous connaître. La géomancie n'est qu'un accessoire de voyage et les constellations qui nous sont prêtées "à titre personnel" ne constituent pas notre véritable identité. Elles ne sont qu'une constellation spécifique d'engrammes synchronistique du moment de notre venue au monde. Tout cela n'est finalement qu'instrumental, que support d'expression. Il nous faut reconnaître l'expression première, originelle, fondamentale, celle qui vient de l'essence même de la Vie, qui a donné naissance à cette existence, à l'univers entier. Tout cela nous l'ignorons parce que nous nous tournons dans le mauvais sens, celui qui ne respecte pas la vie en présence qui l'environne, celui qui s'arrête, s'égare en conjectures, se crée des obstacles en s'identifiant à des formes éphémères, en se parant, en séparant, en se séparant de ce qui est et de qu'il est. La Géomancie n'est pas "asociale", seulement la conscience unitive dépasse l'entendement. "Via" n'est pas autiste ni dangereusement vouée à la tentation prophétique/totalitaire comme le voudrait l'esprit pragmatique. Elle est la voie de l'homme simple qui marche. " La voie qui peut être tracée n'est pas la Voie" (Lao Tseu). "Populus" n'est pas forcément la Djama'a, le concept dogmatique socio-religieux de l'Assemblée tel que défini par l'islam et soumis à la charia, c'est tout simplement le peuple, l'environnement naturel, la multiplicité, mais cette "foule" c'est aussi intérieurement le psychique, le processus bavard du mental, la dualité illusoire engendrant les similitudes, les distinctions ("Populus" : deux colonnes autour de "Via", quatre fois le bipoint) ; et c'est finalement pour "Via" en tant que Solitude essentielle : le Néant. "Via", le Monakhos (Evangile de Thomas) ou le pneumatique, le gnostique, dont la "peregrinatio" débouche au-delà du perceptible et du conceptuel, au-delà des catégories du temps et de l'espace ; et là, la Géomancie de même que la personne qui l'interroge (ou qui s'interroge), et tout ce qui est du monde manifesté, le Songe, est démystifié, "vain" comme le dit Kohélet (dit "L'Ecclésiste"), vain car vide. Nous rangeons les choses et les êtres par catégories mais en tant que personne humaine, nous sommes tous différents. C'est une richesse, une miséricorde. Chacun est doté d'une spécificité qui lui est propre, sans pareille, unique, qui lui concède une manière originale de voir les choses. Dans ces conditions, aucune comparaison, évaluation, possibilité de jugement, en se référant à soi-même ou à autrui, ou à des notions catégoriques sommaires, empruntées, des propagandes, n'est justifiable. La personne n'est pas un refuge. Cette multiplicité de l'unique est un mystère qui ne peut être abordé qu'intérieurement, par l'esprit, libre de structures et de systèmes. Car notre très relative "multiplicité personnelle" est une expression "colorée", elle ne peut servir de modèle, on ne peut s'en emparer comme d'un étalon de mesure. On ne peut s'y fier pour interpréter ce que l'on percoit. Il y a une incompatibilité formelle. Par contre, elle est sûrement, dans le fond, l'instrument du Soi lorsque la source pérenne de toute expression est entrevue. Il faut explorer, remonter à l'essence originelle, unique, incolore, universelle. On prend conscience qu'il y a deux mouvements - là encore : deux - expansion et résorption, le souffle, le souffle vital, et que ces deux mouvements se produisent dans l'éphémère mais constamment renouvelée création de l'instant. La personne humaine ignorante de l'univers dans lequel elle vit et des énergies qui l'habitent, devient parasitaire, prédatrice, exclusive, et cet autisme tend à s'objectiver rationnellement dans un immanentisme monstrueusement "solidifiant", dominée par le fascisme techno-totalitariste. "Le monde corporel ne peut pas être considéré comme un tout se suffisant à lui-même, ni comme quelque chose d'isolé dans l'ensemble de la manifestation universelle" écrivait René Guénon. Dans le monde manifesté, cette différence de la personne ne doit pas être confondue avec l'ego qui se l'appropie et l'altérité que suppose une conception dualiste, qui prétend la juger et la situe sur une échelle de valeurs, compte tenu de ses propres critères. La créature, imbue de sa personne, égarée dans ce qu'elle n'est pas, prostitue ce qui vient de l'Esprit, victime d'une subjectivité éprise de ses fantasmes. Une telle situation n'a jamais fait qu'accentuer le désordre et la confusion. C'est en nous, tout de suite, que l'univers se crée, s'éclaire ou s'obscurcit, que l'homme peut s'élever, et creuser dans sa Terre intérieure, et non par le biais des artifices répandus à la surface où croupit une espèce humaine fracturée, livrée à la barbarie, la prédation efrennée, la saleté égocentrique, le mépris, le mensonge, l'exploitation, la privatisation et la corruption. La "mensie" de la Terre nous avertit qu'il y a toujours un "autre versant" de la réalité, et cette altérité qui est le propre de la dynamique yin-yang de la condition terrestre n'autorise jamais à conclure, à se conforter dans une attitude, selon le processus représentatif. Lorsque Jésus est questionné sur l'arbitrage à donner à propos de la femme adultère, qui occasionne scrupules et divcisions dans l'opinion populaire, il trace des signes sur le sable et se relevant, énonce une parole qui renvoie l'accusation à la "terre" dans laquelle elle s'est formulée. Un manuscrit illustré du XVIIIème siècle montre les figures géomantiques sous formes de plantes portant fleurs et fruits ; il en est de même des "vrittis", des pulsations qui viennent percuter le cerveau à tout moment et prendre formes de pensées, ou semences et impressions qui vont se développer, suite à une excitation interne ou externe, comme les vagues à la surface de l'océan. Jardiner , spirituellement parlant, c'est aussi veiller à ce qui pousse sur le terrain, dans l'humus, en se servant de notre être, jusqu'à ce que nous soyons ravis par cette certitude que tout ce qui pousse est enraciné dans l'Un. Pour terminer, et en revenant à ce propos sur les "marchands de sable", on ne saurait trop leur conseiller d'examiner ce qu'ils font. On ne joue pas impunément avec les images, fussent-elles tracées dans le sable. La Géomancie n'a absolument rien à voir avec cet état d'esprit mystico-magique qui est une véritable pollution fantasmatique de l'ego égaré de son essence qui est présence lucide . Elle devrait toujours s'inscrire en prélude à une connaissance dans laquelle sa fonction perd toute cohérence, par un dépassemenr qui est émergence vivanre, où le questionnement est réintégré dans un maintenant atemporel, aspacial, qui n'éprouve pas ce besoin d'approbation, de justification : insondable félicité !.

23/10/2008

LA GEOMANCIE par Philippe Dubois

Quel intérêt peut-on accorder, à notre époque, à la Géomancie ? Une curiosité naturelle, qui s'avère bien souvent "encarcassée" dans des disciplines ou récupérations confessionnelles privatives, restrictives, issues de concepts rationnalistes ou de croyances, qu'il s'agisse d'études mathématiques, psychologiques, d'"analyse formelle" ou d'ésotérisme. et dans le pire des cas d'occultisme et de fonds de superstition. Nul ne semble avoir accueilli l'approche métaphysique que l'on décèle en Occident esquissée par un Robert Fludd (1574-1637), et trois siècles plus tard dans les travaux du polytechnicien Francis Warrain (éditions Vega, 1938), la majorité des auteurs ne se bornant qu'à son usage divinatoire. De même que l'on ne peut séparer le Yi-King du Tao Te King, le premier "expliquant le mystère de L'Etre et le second celui du Non-Etre" comme l'écrit Daniel Giraud dans sa traduction réunie des deux "vade mecum" pour "Voyageur des routes tant intérieur qu'extérieures" (éditions Le Courrier du Livre, 1987), le corpus géomantique issu d'une très ancienne phénoménologie de l'Espace-Temps et des qualités d'énergie sensibles de "la vie à la surface de la Terre" (F.Warrain) exprimées graphiquement, s'accompagne d'une intuition métaphysique mettant en relation le spirituel et le matériel qui trouve écho dans la Gnose, chez les Présocratiques de même que dans l'Evangile de Thomas, autant que chez les Sages du Tao. L'oracle géomantique aurait pour fonction le dépassement des questions horizontales du petit "moi de saisie" égaré dans une identification erronée, rappelant à un éclairement spirituel procédant du Guru-en-soi. C'est ce que j'ai tenté d'évoquer d'une manière que je reconnais un peu sommaire et brouillone à travers mon livre épuisé (et passé au pilon pour cause de non-rentabilité) : "Géomancie - Pratique et interprétaions" (Albin Michel, 1987). La Géomancie, mise en thème (ou en "écu"), a le mérite de refléter le jeu des formes-moules passagèrement constellées dans la psyché, et d'en soumettre le tracé à la Mens, siège de l'intuition non-séparée de l'Esprit, intermédiaire entre le vécu spatio-temporel et la connaissance supra-sensible, faculté imaginale révélatrice et détentrice d'instruction. Si nous observons avec suffisamment d'attention les "achkales", nous constatons qu'elles coïncident avec un vécu apparent, une trame sensible, éprouvée en ressenti, et d'une manière plus englobante avec certaines propriétés phénoménologiques identifiables, ce qui a le mérite de rompre l'illusion d'isolation, de cristallisation situationnelle, et de laisser émerger la dimension du relié, dans laquelle la méditation silencieuse de l'expérience directe trouve sa pertinence. L'exercice de synthèse du regard, qu'elle sollicite, franchit les limitations ordinaires de la psyché qui surimpose et divise l'unicité fondamentale de l'essence, en s'endormant dans le songe et en peuplant celui-ci de l'affabulation de ses propres projections, au lieu de s'éveiller à sa vraie nature. Le Guru-en-soi, en la circonstance, est le spectre de la présence-témoin, la vision bipolaire, transitoire par rapport à ce qui émane de l'arrière-plan, du Soi. L'oracle des "achkales" (francisation du terme arabe: chk'l - "figure du sable") n'a pas seulement le pouvoir d'indiquer le caractère de la synchronicité qui s'éprouve, mais de renvoyer à la conscience observante, d'aiguiser un discernement plus essentiel qui s'appelle : connaissance de soi. Et là, il y a décollement du concept d'un monde objectif, le regard se retournant vers lui-même et pointant vers la réalité de l'être. Il y a une invitation à une épuration de l'attention, synthèse dissolvante et transfiguratrice, assignant à une régénération de la vigilance, dans la nudité de la perception pure ici-maintenant. éloignée de tout concept ou projection figurative objectivante, et pour ainsi dire injonction à la qualité de présence observante du sujet. La géomancie rappelle à l'âme, à l'existence de l'Esprit pur, qui ne doit pas se confondre dans les reflets. Miroir du "jeu du je", elle rappelle au miroir que nous sommes et qui les accueille sans s'identifier en eux. Elle préfigure le geste spirituel qui permet de résoudre la dualité dans l'unité vivante. Philippe Dubois. Octobre 2008

 
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