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09/10/2008

LE JEUNE CANADIEN

LE JEUNE CANADIEN L'entretien qui suit s'est déroulé entre Maharaj et un garçon canadien d'une vingtaine d'années. Vous êtes tellement jeune! Depuis quand vous intéressez-vous à la quête spirituelle ? - Aussi loin que je puisse me souvenir, je retrouve en moi un profond intérêt pour l'Amour et Dieu. J'ai toujours été intimement convaincu de leur indissociabilité. quand je suis assis en méditation, j'ai souvent... - Attendez! Qu'entendez-vous au juste par méditation ? - A vrai dire, je ne sais pas. Je m'assieds jambes croisées, ferme les yeux et reste absolument immobile. Mon corps se détend, se dissous pour ainsi dire, tandis que mon mental, ou être, ou quoi que cela soit, se confond avec l'espace et que le processus de la pensée s'arrête peu à peu. - Très bien. Continuez, je vous prie. - Très souvent, durant la méditation, un puissant sentiment d'amour extatique se lève dans mon coeur, m'emplissant de bien-être. Je ne sais pas ce que c'est. C'est au cours de tels instants merveilleux que l'idée m'est venue de faire le voyage en Inde. - Combien de temps resterez-vous à Bombay ? - Je ne sais pas vraiment. Je fais rarement des projets. L'argent que j'ai suffit pour deux semaines de vie frugale, et j'ai mon billet de retour. - Maintenant, dites-moi : que voulez-vous savoir très exactement ? Avez-vous des questions particulières à me poser ? - En arrivant à Bombay, j'étais dans un grand trouble. Au bord de perdre la tête. Je ne sais vraiment pas ce qui m'a incité à entrer dans une librairie, car il m'arrive rarement de lire. Quand je pris en main le premier tome de "Je Suis", le sentiment que j'ai dans mes méditations s'est levé en moi. Au fur et à mesure que j'avançais dans ma lecture, mon être intérieur était comme soulagé d'un poids ; et maintenant que je suis devant vous, j'ai l'impression de parler à moi-même. Et les paroles que je prononce me paraissent blasphématoires. Jusqu'ici je croyais que l'amour est Dieu. Mais maintenant je m'aperçois que l'amour ne peut être qu'un concept. Or, si l'amour est un concept, Dieu est lui aussi un concept. - Qu'y a-t-il de mal à cela ? - (Riant) Ah! si vous le prenez ainsi, je n'éprouve pas de sentiment de culpabilité à transformer Dieu en concept. - Vous avez dit que l'amour est Dieu. Qu'entendez-vous par le mot "amour" ? Ce mot évoque-t-il pour vous l'opposé de la haine ? Ou bien autre chose, encore qu'aucun mot ne puisse décrire "Dieu". - Non, par le mot "amour" je n'entends sûrement pas l'opposé de la haine. Mais plutôt l'amour qui s'abstient de discriminer "moi" et "l'autre". - Autrement dit, l'unité de l'être ? - C'est cela. Par conséquent, qu'est-ce que "Dieu" que je suis censé invoquer dans la prière ? - Nous parlerons de la prière plus tard. Pour l'instant, dites-moi ce qu'est exactement ce "Dieu" dont vous parlez. N'est-il pas la conscience même, notre sens d' "être", qui vous permet de vous poser des questions ? "Je suis" en soi est Dieu. En cherchant, vous découvrez que "vous" êtes indépendant du complexe corps/mental. Si vous n'étiez pas conscient, le monde existerait-il pour vous ? Pourriez-vous concevoir l'idée de Dieu ? La conscience en vous et la conscience en moi sont-elles différentes ? Ne sont-elles pas uniquement séparées par des concepts, recherchant l'unité non conçue ? Et cette unité, n'est-ce pas l'amour ? - Je comprends maintenant ce que signifient ces mots : "Dieu est plus proche de moi que je ne le suis de moi-même." - Rappelez-vous également ceci : On ne peut pas prouver la Réalité, on ne peut que l'être. En fait, vous êtes la Réalité, et vous l'avez toujours été. La conscience disparaît à la mort du corps (elle est donc liée au temps), et avec elle disparaît la dualité, le fondement de la conscience et de la manifestation. - Qu'est-ce, par conséquent, que la prière ? Et à quoi sert elle ? - La prière, en son sens courant, n'est que mendicité. En réalité, la prière signifie communion, unir, yoga. - Tout est si clair maintenant ! Comme si un tas de choses inutiles se trouvaient subitement jetées hors de mon organisme, qu'elles étaient soudain mortes en moi. - Voulez-vous dire que tout semble s'être éclairci ? - Non, pas semble ! Cela est clair, tellement clair que je m'étonne que les choses n'aient pas toujours été ainsi. Diverses assertions de la Bible, qui me paraissaient importantes mais vagues, sont devenues pour moi claires comme de l'eau de roche - des assertions comme : "Avant qu'Abraham fût, je suis" ; " Mon père et moi sommes un" ; "je suis celui qui suis". - Bon, Maintenant que vous avez tout compris, quelle sorte de sadhana allez-vous faire pour vous libérer de vos "liens" ? - Ah, Maharaj ! Vous ne pouvez que vous moquer de moi ! ou alors vous me testez. Maintenant j'ai compris, je sais vraiment que je suis cela - je suis ce que j'ai toujours été et que je serais à jamais. Aussi, reste-t-il quelque chose à faire ? Ou à défaire ? Par qui ? Et dans quel but ? - Parfait. Soyez, sans plus. - Je serai, vous pouvez en être assuré. Après avoir prononcé ces paroles, le jeune homme canadien se prosterna devant Maharaj, les yeux brillants de larmes de gratitude et de joie. Maharaj lui demanda s'il reviendrait, mais le jeune homme lui fit cette réponse : "Franchement, je ne sais pas." Il se leva et quitta la pièce. Maharaj avait les yeux fermés, un sourire très doux aux lèvres. Quelques minutes s'étant écoulées, il murmura : "Un être rare." Le jeune canadien ne revint jamais plus. Extrait de la Revue "ETRE", 1983, n°3 - Traduit de l'anglais par Béatrice Jehl.

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08/07/2008

Johnny OTIS / 3

TAPIS ROUGE, FESTIVALS & COUPS DE GUEULE A la suite d'un accident qui l'a contraint à abandonner la batterie, Johnny OTIS adoptera le vibraphone, cher à Lionel Hampton, et présente en concerts, à la radio et à la télévision dès 1955 des artistes tels que: Ray CHARLES, The COASTERS, Sam COOKE, Ike & Tina TURNER, The DRIFTERS, The THREE TONS OF JOY, Marie ADAMS, Chick BERRY, Etta JAMES... spectacles désormais cosmopolites. Son fils Shuggie devient le guitariste omniprésent de l'orchestre au cours des années 60. Lorsque le Johnny OTIS Orchestra s'envole pour la première fois à destination de l'Europe, Johnny est surpris par le tapis rouge installé à son intention,à la descente de l'avion, ayant pensé qu'un chef d'état ou un roi comptait au nombre des passagers. "Nous étions mieux traités qu'en Amérique!... Des milliers de gens emballés nous acclamaient!". Au Festival de Monterey de 1970, Johnny réunira sur un même plateau: Pee Wee CRAYTON, Big Joe TURNER, Ivory Joe HUNTER, Eddie "Cleanhead" VINSON, Roy BROWN, Little Esther PHILLIPS, Margie et Delmar EVANS, Gene "Mighty Flea" CONNORS, Big Jim WYNN, Clifford SOLOMON et Preston LOVE. Le prétendu "mauvais goût" que reprocheront certains critiques à ses shows ultérieurs ne dénote qu'une réticence envers l'esprit populaire de la Musique Noire, immédiatement festive, parfois animée d'attractions jugées "passéistes"; cela ne l'empêchera pas de recevoir en 1993 une série de nominations, aux R&B Hall of Fame, Rock and Roll Hall of Fame, Grammy Awards. Cette Musique Noire qu'il a fait connaître au monde entier, renouvelant continuellement ses programmes à la faveur de nouveaux talents, apportait toujours une bouffée d'oxygène, une extraordinaire charge d'optimisme, tout en démontrant de multiples manières que la créativité artistique avait droit de cité dans un monde géré par des hommes de pouvoir, des marchands, dépourvus de qualité de conscience aussi réllement démocratique qu'ils le prétendent (lire: "American Fascism", "What's Hitler Doing" dans son livre: "Upside Your Head" de 1993). Déjà, en 1967, à l'occasion des émeutes de Watts, son pamphlet: "Listen To The Lambs" avait été jugé "particulièrement violent", ce qui ne l'empêcha nullement de se faire ordonner pasteur de la Landmark Community de Los Angeles et de devenir Député-Chef de Mervin Dymally puis politicien californien, ardent orateur contre le racisme. Le film "Color Purple" censé raconter l'Histoire du Peuple Noir déclenche à nouveau son indignation: "C'est une insulte! Une tartufferie hollywoodienne de très mauvais goût! L'intégration qu'on y promulgue ne pourrait, ne voudrait, et ne devrait arriver en un million d'années!. Ces cententaines et centaines de milliers de gens qui continuent à vivre dans la pauvreté, sans espoir ni aide, CHANTERONT TOUJOURS!... Aujourd'hui les T-shirts de Malcolm X sont populaires, la philosophie de Malcolm est enregistrée en rap par de jeunes artistes. J'ai assez de bon sens pour m'apercevoir que si nous ne maîtrisons pas d'urgence, d'une façon drastique, l'explosion envahissante de la race humaine, nous n'aurons à être concernés ni par les guerres, ni par le racisme, le manque d'abri, les haines religieuses, les drogues, les crimes, les cataclysmes, tremblements de terre, génocides, l'économie, le budget déficitaire, les requins, le communisme totalitaire, le capitalisme prédateur, ou le fascisme ...parce que nous ne serons plus là!". SEMI-RETRAITE DU "RENAISSANCE-MAN" Aujourd'hui, à 81 ans passés, Johnny OTIS vient de sortir un livre de recettes culinaires: "Red Beans & Rice and Other Rock'n'Roll Recipes" (Ed.Pomegranate). Bien que dans une semi-retraite, toujours occupée à la sculpture, à la peinture, après avoir organisé au cours des années 90 des animations pédagogiques autour du Blues, se terminant en concerts "live", et continué son "Saturday Morning Show" sur la radio KPFA 94.1 FM, aidé par Cam Parry, il oeuvre aux touches finales de sa comédie musicale style-Broadway: "You Made MeTo Love You" tout en passant des jours paisibles dans sa demeure de Sébastopol (Californie). "Une des choses que j'essaie toujours d'enseigner, c'est important: respecter les gens; respecter la musique, mais respecter les gens qui font de la musique". Les internautes néophytes de l'oeuvre de Mr.OTIS pourront avoir un aperçu de l'envergure de ses créations sur son site www.johnnyotiswoorld.com ou sur www.hoyhoyhoy. Quand aux illustrations sonores, je vous recommande chaudement les LPs Jukebox Lil JB66, Savoy S JL 2230, SJL 2252, Edsel DED 266 (Live Monterey 70), les CDs Wolf 12 0612, le coffret Bear Family 92859 (qui reprend les LPs Savoy), signalant que la collection jazz: Classics qui vient de sortir le vol.1 (Epoque Big-Band) envisage une réédition chronologique complète. Je n'en voudrais pas à ce grand bonhomme "presque âgé, maintenant" comme le qualifient ses amis, de ne pas avoir répondu à un récent courrier où je lui faisais part de toute mon admiration et de l'existence de "Rock And Roll Revue" qui allait lui consacrer cet article. Après une vie aussi bien remplie, passez de beaux jours tranquilles, Mr.Johnny OTIS !. article de Phil Dubois paru dans ROCK AND ROLL REVUE n°32 (juillet/octobre 2002)

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JOHNNY OTIS / 2

PREACHIN' THE BLACK ART Johnny OTIS est entouré de musiciens qui pour la plupart sont incapables de lire une partition: les cuivres Don JOHNSON, Lorenzo HOLDEN, la pianiste Devonia "Lady Dee" WILLIAMS, Pete "Guitar" LEWIS; ce-dernier comme le remarque Preston LOVE, s'avèrera le plus créatif. Il faut saluer les talents d'arrangeur de Johnny qui parvient malgré tout à offrir à ses auditeurs un Rythm And Blues étoffé, élaboré avec minutie, et laissant s'exprimer chacun des solistes. Gravé le 13 août 1952 le "Hound Dog" d'Ella Mae THORNTON signé Leiber, Stoller & Otis devient l'un des plus grands hits de l'année suivante. Johnny révolté par les paroles de Leiber & Stoller s'était empressé de remanier le morceau en pestant: "Avec des lyrics aussi mal fagotés, insultants,, les gens vont s'imaginer que les Noirs ne sont que des bons-à-rien!... ". Il regrettera plus tard d'avoir été obligé de vendre sa part de droits sur ce morceau repris par Elvis et joué encore de nos jours, pour envoyer ses enfants dans le collège fréquenté par les blancs. Devenu producteur pour les labels texans Duke et Peacock, Johnny va créer aussi sa propre maison de disques. Obtenant quantité de hits à répétition avec ses enregistrements pour Exelsior, Savoy, Californian, Regent, Mercury, Dig, capitol, Edo, King, Atlantic, Columbia... et un succès grandissant avec ses tournées de Dance Shows, il devient un personnage omniprésent sur la Côte Ouest dès le début des années 50, et se lie d'amitié avec les plus illustres représentants de l'expression Noire: Illinois JACQUET, Lester YOUNG, Ben WEBSTER, Lionel HAMPTON, Charles BROWN, Count BASIE, Big Joe TURNER, Joe LIGGINS, T.Bone WALKER (qu'il accueillit dès ses premiers incursions sur la Côte Ouest, au Club "Alabam"de Watts), Louis JORDAN ...ainsi que les intellectuels tels Malcolm X dont il préfère les idées plus radicales que celles de Martin Luther KING, l'écrivain Langston HUGHES,etc...Mais Johnny est aussi un présentateur d'émissions radiophoniques et se souviendra toujours de ce manager texan du nom de Fetch, qui sans le connaître lui lanca: "Allez-vous cesser de passer pas cette putain de musique de nègres!". Il rencontra de nombreux obstacles de ce genre sur sa route, l'amenant à séjourner en prison pour avoir pris la défense d'un gamin noir malmené par les cops, à payer la police et les pompiers corrompus par les ligues morales intégristes qui se plaignaient de l'afflux de chicanos et autres mélanges raciaux d'adolescents à ses Dance Shows où les blancs affluaient de plus en plus. "On se retrouvait exactement comme au bon vieux temps de la Prohibition!" remarque-t'il,"et ils prétendaient que la musique excitait la bestialité!...". Son immense respect et ses égards pour les artistes Noirs, méprisés par la majorité blanche vont l'inciter à pousser le bouchon plus avant, et lutter intensémant pour les Droits Civiques."J'ai toujours détesté cette idée de s'asseoir dans un restaurant ségrégué et de voir ces types blancs qui vous versent du café sur la tête et vous lancent de la cendre de cigarette à la figure" (...) " Une société blanche dominante obligera toujours un artiste de couleur à se caricaturer, à prostituer son style afin d'atteindre la plus vaste audience et les médias, et ce, malgré l'abolition des lois raciales". JE DETESTE CE MOT: JAZZ Pour Johnny OTIS: "Ce sont les NOIRS qui ont créé l'UNIQUE GENRE POPULAIRE NOUVEAU DEPUIS BEETHOVEN" (...)" L'art afro-américain est une création d'Afro-américains Noirs. Le talent des Blancs, aussi formidable soit-il, n'y fait rien. C'est une autre culture!. Aujourd'hui ces jeunes musiciens ne sont plus racistes; ils veulent entrer dans les groupes noirs, mais ils sont tellement policés, sortant de bonnes écoles, ils ont fort bien appris, sont au courant de tout; ils ont tout, sauf ce petit élément, ce je-ne-sais-quoi, et c'est là toute la différence!. Il y a longtemps, dans les années 20, quand les Noirs ont inventé cette musique, la société blanche a tout naturellement voulu lui coller une étiquette infâmante, et déniché le mot: jazz. Duke (Ellington) n'aimait pas ce mot, ni Basie. Je n'ai jamais été à leur niveau, mais là, je les rejoins: je DETESTE aussi: jazz. Je regrette aussi sa condition actuelle; tout ce que j'aime en jazz a aujourd'hui disparu!. Nos jeunes ont été manipulés, c'est cruel à dire; c'est cette pseudo-intégration et cet écran de télévision qui ont créés une culture homogène, édulcorée, et qui n'a plus cette richesse et cette beauté noire du blues et du jazz des origines. Nous sommes cependant fort reconnaissants aux Européens de nous avoir envoyés Beatles et Rolling Stones; grâce à eux, il n'a pas été possible de nous mettre les menottes!...".

19:29 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0)

 
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