06.06.2007
Une télévision-méditation est-elle possible ?
Voyez comment à la télé, le "discours officiel" n'est toujours qu'auto-justification, auto-glorification, une mauvaise plaisanterie exprimée sur le ton et dans l'attitude du sérieux. C'est un show, et ça marche !... On ne voit à la télé que le reflet de l'imbécilité, des présentateurs tout-puissants, pareils à des monarques, et des personnalités mondaines invitées, toujours les mêmes - il s'agit d'un clan - très très rarement des "esprits". Tous ceux qui sont capables d'une réflexion profonde sont censurés ou intimidés par la censure existante. Combien de fois a-t'on vu s'exprimer Jean Baudrillard qui fut pourtant l'un des observateurs les plus lucides de la "société de consommation", à la télé ?... On peut les compter sur les doigts de la main. Même récemment lorsque l'on a appris son décès, on ne s'y est pas trop attardé. Trois minutes de son discours auraient été capables de remuer, de faire se poser des questions, d'irriter les gardes-chiourmes du nivellement de la conscience. La télévision des années 50 et 60 était plus ouverte que celle d'aujourd'hui et moins grossière ; on pouvait y voir s'y profiler des specimens d'êtres humains sensibles, attentifs, créatifs, éveillant à la réflexion, à l'intelligence intuitive, tels Arnaud Desjardin, Louis-Ferdinand Céline, Krishnamurti, Antonin Artaud, Mircea Eliade, même Charles Bukowski ivre chez Pivot !... Aujourd'hui il y a un mur à l'entrée, une gestapo, des questionnaires psychologiques pour éviter tout risque de "scoop" en direct. La télé est devenue le bunker de la culture ordurière, et tout le monde le sait. Tout ce qui sort de l'ordinaire et est susceptible de faire un tantinet réfléchir est relégué en pleine nuit jusqu'aux petites heures du matin, à vos risques et périls pour être en forme le lendemain matin. Il y a une routine de l'abrutissement, de la torpeur et de la bétise, basée sur fond de prétention, de mensonge et de peur. De chaînes en chaînes, les programmes se copient les uns les autres dans une invariable platitude, c'est usé jusqu'à la corde et on ne se lasse pas d'en rajouter !... On ne s'imagine pas à quel point il serait possible de créer une télévision entièrement nouvelle, révolutionnaire avec très peu de moyens, en faisant simplement redécouvrir le rythme de la vie, en direct. Un autre regard, dépouillé de commentaires, de blablas, d'attractions à tout prix. Une télévision qui ferait partager la beauté et la dignité du moment présent, laissant filtrer l'impensé, les plages de silence, tout ce que la majorité des gens n'entend plus, ne voit plus, bousculés en permanence dans un hyper-activisme physique et mental. Il n'y aurait nul besoin d'informations internationales, ni de ces génériques tapageurs. Ce serait la vie simple qui serait diffusée, l'improvisation permanente sans besoin d'artifices ni d'exhibitionnisme de personnalités. On se passerait de tous ceux qui se prennent pour quelqu'un, qui pavanent ou se plaignent en permanence. On montrerait au contraire des gens paisibles, bienveillants, joyeux, attachés à remercier ce que la vie nous offre, et non pas ces images rigides de "sois-mêmes" que génère le monde virtuel. Il en existe !. Serait banni tout ce qui se prend pour un français, un catholique ou un musulman, ou un israélite, ou un bouddhiste, ou un homme, ou une femme, ou un homo, ou un riche, ou un pauvre, ou un président, ou un disciple ou un guru. Ce serait du direct focalisé sur la présence-conscience intégrale, sans pose inutile ni bavasserie. Les caméras pourraient être installées en différents lieux de la planète où il existe encore de beaux spectacles naturels. Mais elles pourraient aussi se promener à l'improviste, à l'aventure, dans des endroits qualifiés d'insignifiants; il y aurait sans doute des surprises. Ce serait une télévision sans esbrouffe, parfaitement innocente, qui trancherait avec le brouhaha de toutes celles qui existent actuellement. Ce serait en même temps un reflet du vivant, en dehors du fabriqué, du façonné, du prosélyte. Cela pourrait permettre à des êtres humains très éloignés les uns des autres, non seulement géographiquement, mais ethniquement, de se découvrir, de se dire bonjour. Ce serait la télévision de la rencontre vraie, dont la seule actualité serait la transformation de la conscience. On n'y retiendrait pas les téléspectateurs avec des slogans, des divertissements de bas étage, et c'est peut-être ce qui ferait la différence. Cela s'appellerait aussi la liberté d'expression, non pas ce capharnaüm démocratique où les "grandes gueules" se précipitent en compétition, en mal de revendications, qui n'aboutit jamais qu'à la confusion généralisée, mais la liberté d'un "direct" apaisé, conscient de la conscience, reflet d'une maturité. Mais un telle perspective n'entre certainement pas dans la déontologie marchande et servile établie par les autorités qui gouvernent et contrôlent l'image télévisuelle. Qu'importe !. Nous pouvons nous passer de cette télévision mauvaise-joueuse.
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02.06.2007
Le Huit de Pique - 3
Comment pouvez-vous avoir la preuve vivante d'une autre dimension? ne cessait-il d'interroger, de cette façon ignorante dont les cartes s'accommodent, projetant partout leur obnubilation d'une dépendance. - vous n'êtes qu'une collection de chromos maintenus ensemble par la mémoire ! lui répondait le gardien de la passe réveillé en pleine nuit, vous passez votre temps à produire des associations, que vous brandissez, frétillantes, comme le plus vil représentant de commerce; n'étant pas intéressé par la réalité, vous dispensez votre boniment pour attirer l'attention sur les objets du magasin : nom et formes. Du toc d'un bout à l'autre !. Comment pouvez-vous parler d'une quelconque "dimension" alors que vous êtes noyé dans les images !. Ici et maintenant, il n'y a rien à prendre, à exploiter; vous n'avez jamais à faire qu'à des apparitions. Ce que vous proposez n' est qu'un éventail de réactions, de vieux schémas, de projections idéalisées, de cataplasmes !. Rien d'intéressant. Ça ne vaut pas un clou !. - je me sens seul ! très seul ! répondit le Joker. - qui se sent seul ? - moi-même pardi ! - ce moi-même, est-il là lorsque vous n'y pensez pas ? Le Joker, carte/non-carte n'était capable de voir que des cartes dans un jeu de cartes. Sa qualité de non-carte lui aurait donné la possibilité de n'être plus rien, de le délivrer même de l'idée du rien, s'il ne s'était senti obligé de jouer son rôle de non-carte. Ainsi avoua-t'il cette nuit-là, malgré sa morgue habituelle, sa souffrance et son sentiment d'incomplétude au gardien de la passe. - informez-vous, mon vieux ! vous verrez que ce sentiment de solitude est un cadeau, une aubaine, qui vous pousse à vous informer. Le sentiment d'être irrelié vous conduit à un face à face dans lequel la carte Joker disparaît. Vous entrez alors en relation directe avec ce qui est; tout du moins : votre solitude se confie à la bonne porte. Si la carte ou la non-carte ne ressurgit pas, il y a tout à parier à ce que vous soyez entendu. Mais n'attendez rien !. Comme nous discutions ensemble à la veillée, le gardien et moi, celui-ci m'assura un jour que l'amour, la compassion et l'humour relevaient d'un domaine inanalysable qui n'apparaîtrait jamais que comme un mystère pour le cerveau avide de compréhension. Vous le saviez n'est-ce pas ?... et ceci ne peut être expliqué, même avec la meilleure volonté du monde. He bien figurez-vous qu'un jour, le Joker tenta de relever ce défi. Il prit évidemment ces mots selon son entendement et commença par m'expliquer que quand on joue un bon tour à quelqu'un, on n'en dévoile pas immédiatement les ficelles; "ça fait partie de la leçon". Qu'entendait-il par humour ?. Il voulait me dire par là : moquerie, donner des leçons, et comprenne qui pourra, ce qui est encore une façon de se moquer. Sur la compassion, il me dit que "c'était du théâtre"; il était au courant, lui, l'acteur. Il ajouta même que "cela cachait quelque chose", mais dans le cas où c'était sans mobile apparent, il demeura perplexe, se contentant de répéter : "je n'y crois pas". Enfin sur l'amour, il me débita d'invraissemblables enfantillages, enfin plutôt des ragots d'adolescents si vous voyez ce que je veux dire ; je préciserai même : des ragots de cartes à jouer !. des histoires de valets de Coeur, de rois de Trèfle, de dames de Pique... Il m'avait répondu avec son agenda ! rien que du décoratif !. Bon, passons !. Je l'invitai à me répondre en y mettant un peu plus de réflexion, et je m'aperçus qu'il avait bien du mal à s'en tirer de la même manière. La dimension de l'amour existe bel et bien avant celle de l'attirance qui pousse deux êtres à se rencontrer. Cela commence avec la présence irréfutable de l'environnement qui comprend aussi bien cet oiseau qui chante dans cet arbre, la respiration de ce corps qui marche, ces échos lointains, cet insecte qui traverse le sentier, ce nuage qui passe dans le ciel ou cette sensation dans les mollets... L'expression de votre être non-limité s'étend à l'infini; vous pouvez la voir dans les étoiles et dans les cellules microscopiques; cette profondeur n'implique nullement que vous cherchiez à "vous y situer". Cela ne vient même pas à l'esprit, sauf pour le scientifique qui se demande "mais qui voit tout cela ?" et cette question à laquelle nul ne peut répondre suffit à remettre en question toute la validité "objective" de ses observations. La sensibilité amène directement à l'amour. Approcher votre être en sa présence dispense de la nécéssité d' une quelconque compréhension. Le choix ne se pose plus. Amené bien au-delà du concept d'expérience, du besoin d'explication, de justification, s'opère en soi une dissolution créative. La réalité vraie n'est pas concevable.
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Le Huit de Pique - 4
La dimension de la compassion : simple présence d'être, avec ce qui est - accompagnement, aboutit aussi à cette dissolution. Si je ne me sens pas parfaitement tranquille intérieurement, l'approche est inutile et même préjudiciable. cela commence par là : voir que c'est d'abord ma propre tranquillité intérieure qui peut venir en aide. Voir l' espace dans lequel cela se manifeste. Ecouter les tensions ; cela se modifie. Il ne vous appartient pas de décider de ce qui doit être fait, ni d'alimenter la conversation. L'attitude juste est humainement indéfinissable, inconcevable. Alors plutôt que de chercher à réagir, à vouloir mettre fin dans le plus court délai aux choses pénibles ou embarassantes, commençons par vivre avec, les res-pec-ter, les accompagner, participer à leur éclosion jusqu'à ce qu'elles montent enfin à la surface et disparaissent. Oui, là on peut dire que "cela cache quelque chose", mais du tout dans le sens où le Joker l'entendait. Et c'est extrêmenent instructif. L'humour accompagne la sensibilité naturelle mais il n'est pas forcément volubile; sa présence peut se déceler d'une manière plus diffuse. Il n'est ni provoqué ni conçu ; il survient de lui-même, spontanément, comme l'inspiration, sur fond de tranquillité, sans qu'il y ait recherche. Il accompagne la vision, déjoue l'hypnose, déshabille le relatif. L'humour transcende les situations figées, positions, attitudes, nous éveillant des états-noms- formes qui sont des prisons, de même que tout qui s'impose en norme. Là encore, il échappe à la raison qui ne voudrait voir en lui qu'une prolongation des humeurs ou une disposition d'esprit. Là où l'humour du Joker est le meilleur, c'est lorsqu'il se départit de tous ses prétendus pouvoirs de non-carte et demeure inemployé. Il ne cherche plus à s'attribuer aucune fonction, et cette apparente inutilité qui le libère, cette incompréhensibilité, vue du terrain logistique du jeu de cartes, le gratifie d' un sourire. Mais il n'est plus le Joker et la farce est éventée. Et vous-même, demandai-je au gardien, quel est votre rôle dans cette histoire ? - Entretien ! ...Le répondeur est toujours branché; et vous pouvez le trouver partout dans la nature, au détour des chemins, à condition de ne pas le confondre avec le Joker qui s'y entend très bien avec ses dons de non-carte pour se faire passer pour lui. Autrefois, c'est à moi que l'on adressait son testament, au seuil du non-limité. Je tenais un peu le rôle d'un notaire, bibliothécaire. Attention : je n'acceptais pas toutes les copies !. Du reste, la plupart ne consistait qu'en conseils navrants, relatifs au jeu de cartes, épilogues pompeux de savoir-faire, recettes, lieux communs, billevesées !... Quelques-uns seulement ont relaté le fruit d'observations qui ne devaient rien aux cartes. Observations intemporelles, inspirées par la vacuité, qui renvoient à ce non-état premier inconnaissable, sans nom, inaltérable, qui est en nous, à la source de tous les temps. TumTum
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Le Huit de Pique - 2
Je ne suis donc pas le Huit de Pique, c'est évident, sinon d'une façon éphémère, tout à fait accessoire et occasionnelle, plutôt gênante, vis-à-vis de laquelle je n'hésite pas à user d'une certaine frivolité parce qu'un mensonge si massivement dispensé, incrusté dans les moeurs, établi en norme, régi en forme de langue de bois, de règle d'un jeu de société, escamotant en permanence la vision immédiate et globale, prête à plaisanteries. Un jeu nombriliste auquel chaque carte est sensée donner appui, consistance. Une substitution grossière de ce qui se ressent dans l'ouverture, dans le frais de l'accueil instantané et la nudité originelle. Le Huit de Pique n'est manifestement pas ma vie profonde, dont ce jeu a toujours refusé de tenir compte. Il me retenait dans ses calendres, comme un paparazzi, m'encartait dans un rôle envahissant et terriblement gauche : sélecteur, pion, factionnaire, représentant de ses oeillères et de son marasme. Tout ce que la pensée du Huit de Pique était capable de comprendre et d'envisager n'était jamais que reproduction à l'infini de ce système d'encartage; fabrications d'états, civils, topographiques, historiques, spécifiques, psychologiques, idéologiques, juridiques, d'institutions, d'établissements, figurations, constructions, châteaux & tours de cartes !... Nier cette évidence signifierait que la réalité virtuelle du jeu de cartes m'hypnotise encore. Ce qu'elle fait en profitant de ma distraction, lorsqu'un semblant de légende ou de qualification vient me narguer, se surimposant au paysage. La titromanie turbulente !. Du lard ou du cochon ?. Du pique ou du carreau ?. Le 7 ou l' As ?. Je ne suis pas dans ce processus. Je le laisse se dérouler comme un clip de pub, vaine ébullition, gaz qui ne trouvant aucune étincelle se dissout dans l'air. Avez-vous remarqué comme les vieux abonnements, même périmés, mettent un certain temps avant d'admettre leur caducité (et se retirer) ?. Pourquoi avoir voulu voir autre chose que ce qui est là ? demanda le répondeur. - un enregistrement a répondu à ma place. Ça fonctionne hélas comme ça dans le jeu de cartes !. - alors qui est ici maintenant ? - toi * ! - et comment me vois-tu ? - il n'y a personne pour voir * (Je voulais dire par-là : l'ouverture, le répondeur qui est déjà là, ni une entité personnelle ni une machine, et qui ne se lasse pas d'entendre des sornettes. Aussi : ce qui précède la parole, ce qui est absence de soi (donc : pas plus "toi" que "moi" ou qui que ce soit), et dans cette absence de qui que ce soit : absence de l'absence, c'est-à-dire présence, autonomie, circulation d'amour dans la seule réalité où l'amour puisse être : hors du temps et de toute attribution, dans l'instant présent, un et sans second. Aussi : ce qui précède, apaise, éclaire, harmonise. Une plénitude rayonnante dépourvue de centre ! Aaaaah ! la merveille des merveilles !. La plus formidable surprise de toutes les surprises, celle-là ! ). A cet instant, l'ouverture se sentit déployée et le répondeur disparut dans la réponse qui nous invitait à nous sentir à notre aise dans un univers regorgeant de sujets d'étonnement et de ravissement, et il se fit comprendre à l' arrière-plan que le bouquet entier de ces perles de lumière tirait sa source du silence et du sommeil profond. La vision hors du jeu de cartes n'avait jamais demandé son assentiment au Huit de Pique, encore moins son avis, pour se manifester. Elle était déjà là avant son apparition. Elle ne provenait ni du cerveau, ni d'un corps-esprit, n'appartenait à personne; d'où sa joie intense, sa beauté inénarrable et sa liberté, dans la multiplicité indivise et toujours renouvelée de ses clins d'oeil. Une réelle symphonie !. La seule chose dont il y avait lieu de se méfier, désormais, c'était de l'apparition du Joker, sorte d'espion, intermédiaire entre la vision et le jeu de cartes, qui revendiquant son autonomie, en tant que non-carte, passait son temps à caricaturer, à inciter à la nostalgie de la volition. Il rôdait dans les déserts et autres lieux désolés, ulti- me missionnaire du mécanisme fractionnaire. La fascination était son arme secrète et sa condamnation: il ne se rendait pas compte que sa faconde de prestidigitateur se remarquait à cent pas. Hanté par le phénoménal, qu'il accentuait à tout moment, avec l'ostentation et l'emphase d'un dramaturge vieillissant, le Joker se prêtait à la valeur que lui choisissait celui qui croyait encore la posséder.
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Le Huit de Pique - 1
Qui êtes-vous ? demanda le répondeur. - Le Huit de Pique ! - Voyez-vous ça !.... Bon, très bien; puisqu'il en est ainsi, je vais vous dire une chose : c'est à travers le Huit de Pique que vous établissez vos contacts avec l'entourage; le Huit de Pique rencontre la Dame de Carreau, le Huit de Pique recherche sécurité, amour, considération, et ainsi de suite. Vous avez passé toute votre vie dans le jeu de cartes.; vos parents vous ont dit que vous y étiez né et vous ont donné le chiffre Huit, de la famille des Pique, et vous ont appris les valeurs de chaque figure et de chaque famille, et les différents usages du jeu de cartes; tout votre vécu se rapporte à ce qui est arrivé au Huit de Pique, à l'intérieur de ce jeu de cartes. Vous faites de la publicité pour ce roman du Huit de Pique, entièrement né de votre imagination. - Comment cela : de mon imagination ? - Allons ! comment-voulez vous que le verrou se débloque avec une réponse semblable ! Soyez sérieux !. Ce que vous êtes ne se résume pas au Huit de Pique ! Cette histoire fit rire pas mal de sonneries clignotantes parce qu'en "déclinant ainsi mon matricule" d'en- carté, comme un bleu, sans réfléchir, sans même entendre la question, j'avais répondu comme il m'avait été demandé de le faire déjà de nombreuses fois durant le cours de ma vie, verbalement ou par écrit, en remplissant des formulaires, "obtempérant" en quelque sorte; j'étais passé pour une carte-à-puces !. Nul n'ignorait que cette question était un piège destiné à faire réfléchir robots, endormis, et petits malins qui s'imaginaient cartes, multicartes et dotés de tous les passe-droits. J'aurais eu honte d'avoir exposé pareille ânerie au grand jour, si les sonneries clignotantes avaient été jurés ou juges, mais ces-dernières, simples cellules mobiles, participant d'une totalité indivise, ne m'en tinrent pas rigueur. Voyant cela, je me dis : "allez basta ! arrête ton char ! tout ça ne tient pas debout !" et je n'ai plus cru du tout à cette histoire. Je m'étais bien douté, que le Huit de Pique et tout ce qui s'en suit, c'était du bluff. Le Huit de Pique m'escamotait singulièrement le panorama. Tout tournait inlassablement autour de sa petite personne, menacée d'être un bluff, obligée de se justifier, de se valoriser sans cesse, en fonction du jeu de cartes, qui se nourrissait d'ailleurs copieusement et insidieusement de son désarroi, de ses prétentions. Un peu plus et il n'y en aurait plus eu que pour le Huit de Pique, le Huit de Pique, toujours le Huit de Pique, comme il y en avait déjà pour le Valet de Trèfle, le Valet de Trèfle, toujours le Valet de Trèfle. Et demain l'As de Carreau. Assomant à la fin ! Stupéfiant, hypnotisant. On en revient !. Le Huit de Pique était programmé pour fonctionner, tout comme le Valet de Trèfle ou le Roi de Coeur, en tant que pivot d'un continuel tourbillon d'attraits et de répulsions, de projets, d'incessantes activités sensées valoriser la faculté imaginaire de "se sentir vivre" dans un écoeurant dessin animé qui ne laissait finalement qu'un goût amer, au détriment de la symphonie présente. Le Huit de Pique s'était pris pour l'acteur, le réalisateur et le producteur. Une aliénation et un beau gâchis !. Le jeu de cartes n'avait d'ailleurs aucun parfum. Certains disaient qu'il sentait le vieux doigt, l'administration pénitentiaire poussiéreuse, le commissariat de police, le bureau d'état civil, l'encaustique d'état-major, le casier judiciaire, la fiche de données informatiques, la geôle quoi !... Partout où tripoter les cartes, gratter le papier ou taper le carton semblaient offrir quelques menues compensations, l' histoire sentait le renfermé.
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