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24/07/2007

RIEN DE GRAVE A LA POINTE DE GRAVE / 2

(CECI EST LA SUITE DE LA PREMIERE PARTIE FIGURANT EN ALBUM-DIAPORAMA sur le TumTumBlog :) / Ici, sans que cela soit balisé, c'est un espace non seulement naturel mais naturiste. Au cours des jours suivants, entreront dans le champ : la Sirène aux seins nus marchant comme la Reine de Saba, Adonis, la queue ballante, serrant bien son petit cul, une femme en robe d'été croisant un petit satyre rondouillard, et quelques campeurs-randonneurs d'inspiration scandinave. Retournant vers l'embarcadère, je constate que je suis le seul à marcher à pieds. Ils ont tous des véhicules, vttt ou bagnoles, à part ces adeptes du jogging, suant et soufflant tant et plus, prenant le sentier ombragé à la lisière de la pinède pour un terrain d'exercices. Je m'affale devant une bonne bière bien fraîche dans la cour d'un café en attendant l'arrivée du bac. Tous mes voisins sont habillés à l'identique; le t.shirt de l'un porte le même motif que le short de l'autre; on dirait les uniformes d'une colonie de vacances. Je me souviens qu'un matin, sur le bac, un gamin remarquant que je n'étais pas vêtu dans cette tenue, avec mon jean et mes godasses de marche, s'est tourné vers son père, intrigué "Qui c'est ?...un poète ? un poète ?... c'est un poète ?". "Oui !" lâcha son père à voix basse voulant le faire taire. Je m'étais aperçu que j'étais l'un des rares passagers inoccupé, tout le monde faisant fonctionner appareils photos, caméscopes, surveillant les mômes, les sacs... Après un demi-tour sur lui-même, le bac s'éloigne de la Pointe au crépuscule. Des nappes d'étoiles argentées dansent sur les vagues. Je me suis attardé devant une daurade dans le port, observant l'étrange rapport qu'on ces badauds avec les cartes de menus affichées sur pieds, dans la rue. Toujours sur la défensive, bourrés de tics, certains exhibent leur poitrail comme un bouclier avec l'air de dire: "si tu m'cherches; tu vas m'trouver!". Et ça photographie, et ça tripote son et images, "J'existe ! moi, j'existe !...J'ETAIS là ! " toute cette compulsivité impose ses projections dans l'album-photo ou sur l'écran ; "J'étais là, face à ce plateau de fruits de mer !" et les mômes gesticulent, braillent. "Thomas! Thomas! tu vas l'avoir ta paire de claques !!!". Sur le papier d'emballage du sucre est imprimé : Ludwig VON BEETHOVEN (1770-1877) compositeur allemand SUCRE POUDRE Béghin SAY. Le sucre a fondu dans le café et je n'ai entendu ni la 5ème ni la 9ème. Ça aurait pu !... Sous peu, on se penchera sur les panneaux annonçant des promenades en mer afin de détailler les programmes musicaux d'accompagnement, les conducteurs de bateaux se transformeront en disc-jokeys, rivalisant au hit-parade. On s'emmerde tellement !... Un peu plus loin, au coin de la fontaine de la rue piétonne, entourée de ces réverbères globuleux qu'on voit dans tous les endroits similaires, il y avait un orchestre de dixieland jazz. J'en voudrais toujours à ce pousse-café dixieland pour guinguettes à viennoiseries, extirpé à la Musique Noire, l'abrupte et la jaillissante, la vraie, celle du chant et du cri, et non cette turluterie colonialiste pour zozos !... J'ai pris un raccourci, traversant cette plage poussiéreuse et là, à pleine puissance, envahissant tout le front de mer, voilà que jaillit l'un de ces refrains abominable comme j'imaginais qu'il n'en existait plus, style tube-de-l'été/amours de vacances. Salauds ! ...salauds ! j'ai marché vite, dans la direction opposée d'où venait la diarrhée et me suis retrouvé dans ces rues d'arrière-plan, désertées, qui conduisaient à mon hôtel. J'ai pris une douche, écri deux ou trois trucs et me suis endormi, ne songeant plus qu'à gagner au plus vite l'embarcadère, le lendemain matin après le petit-déjeuner, mettre les pieds sur ce bac qui traverse l'estuaire de la Gironde, et aller retrouver les mouettes, les libellules, et un peu d'air frais. Ecrit en 1995, illustré de trois dessins au feutre. Le Diaporama illustrant la première partie du texte a été réalisé en juillet 2007 à partir de photos prises en 2001 où je suis retourné sur les lieux. Espace littoral encore préservé des foules et des habitations, que j'avais repéré en examinant minutieusement tout le tour des côtes de la carte de France, la Pointe de Grave, aux "baignades non-surveillées", où l'on risque la disparition de soi-même dans le silence des pins et le ressac du rivage, est restée dans mon coeur, et malgré la proximité des zoulous (que les assidus du TumTumBlog ont vus figurés dans le dessin du "Schmolldu" et la b.d.: "Un sunpiss dans la sierra") comme un souvenir sacré, un cadeau du Ciel, un clin d'oeil de mon IMMENSE TRANQUILLITE. / TumTum.

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13/06/2007

Voyage à la fabrique (7)

"Merde ! Merde !" ...mais voici que des clients hautains se pointent à l'entrée; un rendez-vous oublié. Il tourne les talons, se compose à la hâte une grimace accueillante en les conduisant à son bureau en désordre où il constate qu'il n'a eu le temps de rien préparer. Durant l'entretien qui s'éternise toujours plus que prévu, il n'est plus question d'excréments mais de complaisances enrobées de suggestions chiffrées. Ce cérémonial le transporte pour un temps dans les limbes de son savoir-faire à la cour des châtelains pétris de bonnes manières. S'il juge ceux-ci trop fiers, à peine les a-t'il reconduit à la porte dans un dernier échange de politesses qu'il pousse un violent soupir, les traitant à voix haute et sans retenue, de toutes sortes de qualificatifs injurieux. Si l'affaire marche et que ses pointes d'humour à ras du sol n'ont pas fait l'objet d'une moue glaciale qui l'aurait vexé, il se comporte comme un étudiant promu à la meilleure note et demeure pour un temps absorbé dans son fief, ou bien se frotte les mains en voulant faire partager son succès (qui n'intéresse que lui) à l'entourage indifférent.

Le "voyage à la fabrique" méritait-il d'être exhumé ?. Un ami poète m'a assuré qu'il recélait des informations édifiantes sur les conditions du travail dans les entreprises.

19:29 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0)

Voyage à la fabrique (6)

L'obscénité, la gardechiourmerie institutionalisée. "C'est une question d'adaptation !" plaisante Porcelet. On titille la psy avec l'assurance menacante qu'elle se rangera du bon côté. Circuit fermé. Pas tout à fait parce que l'abrutissement gagne de l'ampleur. Rendement, rendement, rendement. Le capitaine passe un temps fou à m'observer, délaissant ses occuparions ordinaires. J'ai appris qu'il y a peu, il a viré sur-le -champ une "brebis galeuse". Il était fier d'en parler et ses acolytes fiers de l'approuver. Il pense certainement qu'avec moi, il a affaire à un idiot, un type à qui l'on ne peut confier la moindre responsabilité. Je n'ai rien compris à son "sens de l'entreprise" comme je ne comprenais rien à cet "esprit de corps" que vantaient les militaires endurcis. Ou mène donc cette funeste mascarade ?...
La crispation quotidienne a effacé tout sourire vrai; les ouvriers sont au bagne, les employés au secret, à la quarantaine. Il n'a guère été possible d'engager la moindre conversation avec eux sur leur vie familiale, leurs sentiments; le "tripalium" semble les avoir tous lobotomisés. Lorsque vous leur adressez la parole ils donnent des réponses stéréotypées. Ils ont refusé mes invitations à prendre un verre ensemble. Hors des murs de la fabrique, ils se réunissent encore le weekend pour débattre du planning de la semaine. Toute leur vie est au boulot. Hypnose collective. Pas un seul d'entre eux n'aurait pu comprendre mon détour de la matinée. "Quoi le petit bois de peupliers ?". Je vois d'ici leurs faciès ahuris. "Quoi le petit bois de peupliers ?"...
Le petit bois de peupliers, gelé, c'est la seule image que j'ai gardé de ce voyage aux bordures du Nord-Ouest, dans cette immonde fabrique. On ne se rend pas dans un tel endroit dans n'importe quelles circonstances. Peu de temps après, ayant regagné mon poste de "chef de studio" dans la capitale, ils s'arrangèrent pour que la direction commerciale supervise un peu plus le département créatif auquel j'appartenais. Ils engagèrent même un vizir, une sorte d'éclaireur en milieux kafkaïens, qui s'efforcait tant bien que mal de faire la liaison entre la fabrique et le bureau parisien. Le grand problème pour eux, dont on entendait parler constamment, c'était "la gouverne", l' "encadrement"; ça les tracassait d'une manière inimaginablement corrosive. Ça leur créait des maladies, très régulièrement. Le vizir fut tellement débordé par l'enchaînement des "questions-à-résoudre" qu'il me laissa tranquille un bon bout de temps. Il était question d'un "long entretien" à venir entre nous. J'avais des arguments à faire valoir et il dut s'en apercevoir, ce qui fit qu'il ajourna à plusieurs reprises ce moment. J'avais observé qu'entre la fabrique et le bureau parisien, le courant passait très mal; il y avait d'incessants malentendus, on se comprenait de travers, interprétant les choses différemment, comme si les habitants de deux climats ambiants entièrement étrangers essayaient de communiquer. Ce qui était un peu vrai. En réalité, le problème de communication qui s'était créé venait du contraste entre un espace créatif et un espace de rendement forcené. Cela aurait pu être une affaire de psychologie, mais le capitaine n'appréciait guère ce rayon qu'il classait au rang des superstitions.
"Mets-toi à l'écoute de tout ton être de façon à devenir pareil à une coquille d'huître" m'avait conseillé Rholof, "c'est une vieille tactique de berbère qui du fond de la coquille passagère émet : "Chkoun ?"- qui est là ?. "C'est moi ! " répondit un homme se rendant chez son amie. La porte demeura close. Puis quelques instants plus tard, il répondit : "C'est toi !". Alors la porte s'ouvrit.
Le vizir fut engagé comme "homme d'initiatives", dévolu au "perfectionnement structuraliste", parfait exécutant féodal, issu de ces nouvelles générations qui n'hésitent plus à liquider leur enfance sous le joug du terrifiant "réalisme objectif du marché économique". Il se dépensa beaucoup en incessantes "navettes", le doute sur certains points de sa "mission" grandissant au fur et à mesure de chacune d'entre elles. "Démerdez-vous !" - voilà tout ce que le capitaine, furibond, avait trouvé à lui dire, excédé.
Ce bureau parisien était fréquenté par une clientèle souvent raffinée et parfois même affectée d'une
exigence aristocratique bourgeoise. On y trustait non pas des imitations de séries mais des oeuvres d'art. Cela allait de fines miniatures peintes à l'aide du pinceau double-zéro à de savantes compositions ornementales. Quelques personnes dont je faisais partie consentaient pour un salaire de misère à céder à l'entreprise une part de leurs talents graphiques et de leur sensibilité. La superficie des locaux ne dépassait guère celle d'un petit deux pièces. Nous étions un peu les uns sur les autres. Ajoutons à cela d'incessantes sonneries de téléphone sur plusieurs lignes, une photocopieuse tournant quasiment sans répit et un fax, qui tombaient régulièrement en panne, des centaines de dossiers, des meubles de rangement contre lesquels on ne cessait de se buter ... L'affairisme vitupérant des commerciaux empiétait souvent sur l'espace déjà restreint conféré aux "artistes". Pratiquer son métier dans une telle promiscuité obligeant à des "tours de force" occasionna des démissions. "Merde ! Merde ! MERDE !" lançait continuellement le petit zigoto braillard attitré de la fonction de directeur commercial. Les travaux méticuleux et souvent plus longs qu'il ne l'aurait souhaité l'énervaient sans cesse. Son exaspération se transformait en pitreries qui ne faisaient qu'accentuer le retard qu'il avait entrepris de rattrapper par sa seule volonté de pression. Abandonnant son travail personnel, il venait se poster derrière les tables de dessin en essayant de communiquer sa mauvaise conscience, son impatience. Il s'y prit de telle manière, en s'agitant en quête d'un résultat prompt et bâclé, qu'il occasionna la ruine de plusieurs heures de travail sur certains projets. --- (à suivre)

19:27 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0)

 
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